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Economie

Rues désertes, hôtels vides : L'Ourika, un an après, pleure ses touristes

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


Les travaux dans la vallée de l'Ourika s'accélèrent. Les chantiers ont été endommagés en mars par la fonte des neiges. La route est globalement praticable, mais les estivants sont rares. Les habitants croient beaucoup aux potentialités de la région.


Des maisons en ruines, des rues désertes, une piste boueuse et rocailleuse. Un an après la catastrophe, la vallée de l'Ourika est toujours aussi sinistrée. "Il faut commémorer cette journée en organisant une "sadaka", dit un cafetier de Siti Fatma, qui ose à peine parler de cette soirée du 17 août 1995. Une journée dont le souvenir vient d'être rafraîchi par la catastrophe du camping de Biescas en Espagne, similaire à plus d'un point à celle de l'Ourika.

"Près de 80 personnes s'étaient réfugiées chez moi, ce soir là", raconte-t-il d'une voie à peine audible, perpétuant ses gestes quotidiens, nettoyant et embellissant son petit café. Puis, il prépare 2 tajines qu'il met à cuire sur un feu de charbon de bois pour parer à la faim d'éventuels randonneurs. Il montre du doigt les traces de l'Oued et la localisation d'autres lieux de restauration, qui eux, n'ont pas eu la chance de résister à la traînée de boue.

"Mais la vie doit continuer pour nous, il faut gagner notre pain", conclut-il. "A chaque fin de siècle, d'ailleurs, affirme un octogénaire, les catastrophes naturelles se multiplient".

Hôtels vides


"Nous préparons le Moussem de Siti Fatma", soupire un commerçant. Il espère avec un espoir à peine réaliste que ce moussem attirera quelques estivants.

La volonté de redonner à cette région un visa touristique est présente. Les va-et-vient des camions bennes et des tracs attestent de l'accélération des travaux. La difficulté est grande, car c'est d'un combat entre l'Homme et la nature dont il s'agit. Face à un fleuve qui modèle et change le paysage au gré de ses caprices, l'Homme a dressé des murs côté montagne pour parer les éboulements de terrains et des murs en béton armé côté fleuve pour contenir les débordements. Mais en mars dernier, l'Oued a montré qu'il était le plus fort en détruisant tous les travaux entrepris. Aussi la route demeure-t-elle toujours difficilement praticable avec par endroits des pistes rocailleuses. L'accès à Siti Fatma est possible, les voies sont dégagées. Le goudron a été remplacé par des plaques de béton, en souhaitant que cette fois-ci elles auront raison de l'Oued.

Un oued qui, lui, poursuit son chemin imperturbablement, avec toujours ce même murmure dont la signification ne sera plus jamais la même. En effet, la fascination et l'admiration ont cédé la place à la méfiance. La rareté des estivants en témoigne.

La plupart des hôtels, bien que situés loin de l'Oued, vivotent. L'extension de l'hôtel Amnougour avant Oulmès est arrêtée depuis la catastrophe.

L'hôtel Ourika à l'entrée de la vallée tourne pratiquement à vide.

"Les clients se méfient maintenant de la région", affirme le réceptionniste.

Quant aux auberges qui ont échappé à la catastrophe, elles sont complètement délaissées. "Les rares clients sont de passage et ne dépassent guère une journée", indique un gérant. "Pourtant, il n'y a aucun risque chez nous, la preuve est que nous n'avons subi aucun dégât", poursuit-il pour me rassurer. En fait, c'est plutôt par chance que l'auberge a été épargnée, car les habitations avoisinantes ont pour la majorité été rasées.

Reconverti agriculteur


Il y a ceux qui ont subi des dégâts minimes et qui retapent leurs gîtes à usage locatif en attendant des jours meilleurs. Les autochtones croient énormément aux potentialités de cette région.
D'ailleurs, à quelques kilomètres de l'entrée de la vallée, un camping a ouvert l'été dernier, le Camping Amassine Ourika. Il est situé dans la montagne, loin de l'Oued. Mais pour son propriétaire, Haj Allal, qui souhaite réhabiliter la région, la tâche est rude.

Et puis, il y a ceux qui ont tout perdu. Ils se retournent vers l'agriculture, principalement des cultures de maïs et maraîchères, le long de l'Oued, en sachant pertinemment que le moindre de ses caprices détruira leurs longues heures de travail. Des cultures essentiellement destinées à leurs besoins propres.

"Il faut bien vivre", soupire un aubergiste reconverti en agriculteur.

En fait, c'est de survie dont il est question pour cette région, car la solidarité nationale s'est limitée pour l'heure à une aide alimentaire variable selon l'ampleur des pertes subies (farine, dattes, lait, huile, sucre, savon et quelques couvertures). "Il fallait subdiviser l'aide qui parvenait en vrac par village et par kanoun (cuisine-foyer), sans analyser si le foyer était sinistré ou non. Parfois, les quantités étaient si insignifiantes que l'on a préféré ne pas les distribuer. A titre d'exemple, pour l'huile, chaque kanoun avait droit à environ un verre et demi. Aussi l'huile a-t-elle été vendue pour payer le transport de cette aide entre Tinine, point de stockage et le reste des villages de l'Ourika", indique l'une des personnes chargées de la distribution des vivres.

Fatima MOSSADEQ

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