Economie

Réunions du FMI et de la Banque Mondiale : Corruption et argent sale en accusation

Par | Edition N°:249 Le 10/10/1996 | Partager


C'est un Michel Camdessus rayonnant qui a résumé les actions du Fonds Monétaire International pour l'année écoulée et tracé un rapide plan pour celle qui arrive. L'exercice 1995/96 du FMI, qui s'est achevé en avril, a été extrêmement chargé, et l'appui financier aux Etats membres a atteint un niveau sans précédent.

L'atmosphère était presque bon enfant et beaucoup plus décontractée que ne le laisserait croire une conférence de cette importance.
La lutte contre la corruption et contre le blanchiment de l'argent «sale» a été évoquée et ce, pour la première fois d'une façon aussi claire. Le premier thème est délicat car cela veut dire que le FMI reconnaît que la corruption existe dans des pays membres et qu'elle est un mal à combattre. Or cela voudrait dire que le Fonds s'immiscerait dans la politique intérieure de certaines nations, ce qui est contraire aux règles de son fonctionnement. Pourtant, le directeur du Fonds a réaffirmé que seul l'excès de réglementations ouvre la voie à la corruption. En éliminant le plus possible et en privatisant au maximum un certain nombre d'administrations publiques, la corruption diminue presque naturellement d'elle-même.
En outre, un accord a été évoqué entre le Fonds et plusieurs membres qui lui donnerait la possibilité d'intervention dans les problèmes de corruption.
Le blanchiment de l'argent sale est aussi délicat à traiter dans la mesure où cela sortirait le FMI de son rôle de financier. Mais ici aussi les responsables de l'institution insistent sur la réorganisation des systèmes bancaires, nécessité indispensable à laquelle beaucoup de pays doivent s'attaquer. Il ne faut pas oublier que beaucoup de banques sont des relais importants à l'acheminement des flux de capitaux des grands centres et organisations financiers internationaux jusqu'à la campagne la plus isolée d'une région qui ne l'est pas moins. Or, sans un système bancaire moderne, efficace, sérieux et rapide dans l'exécution d'opérations courantes ou non, une économie risque de voir son démarrage retardé considérablement.
Enfin, le directeur du Fonds a également évoqué deux autres sujets moins consensuels: l'augmentation des quote-parts des membres et surtout la vente d'une quantité d'or afin d'accroître ses ressources et par là-même renforcer son rôle.
Aucune décision n'a été prise pour le moment mais les discussions sont engagées afin d'arriver à un accord le plus tôt possible.

Bilan de la Banque Mondiale


Côté Banque Mondiale, l'un des premiers résultats notables depuis l'arrivée de James Wolfensohn à la présidence du groupe est sans contestation possible l'ouverture de l'organisme international au public en général et à la presse en particulier. L'objectif étant de simplifier les contacts entre les fonctionnaires de la Banque et l'extérieur afin que celle-ci améliore son efficacité: certains directeurs de départements géographiques ont été installés sur place, dans les pays emprunteurs. Il s'agit aussi d'accorder davantage d'attention aux besoins des clients en leur offrant des services-conseil sur mesure, de nouveaux produits importants et d'accélérer les procédures. Le président Wolfensohn vise à édifier une banque qui puisse travailler avec un maximum d'efficacité dans le monde entier. Pour cela, il a proposé quatre thèmes de réflexion lors de la conférence annuelle de 1995 mais qui restent d'actualité pour le futur. Ce sont:
- L'établissement d'un nouveau contrat entre bailleurs de fonds, investisseurs et bénéficiaires de manière à disposer de ressources suffisantes pour répondre aux besoins des plus déshérités de la planète. Il faut aussi veiller à ce que ces ressources soient utilisées de manière efficace et transparente.
- L'adoption d'une approche plus large et mieux intégrée du développement pour en assurer la viabilité à long terme.
- Le renforcement du partenariat et son élargissement à l'échelle locale ou mondiale.
- Enfin, le changement de la culture de la Banque en privilégiant l'excellence et les résultats.
Le président Wolfensohn a donné une longue liste de projets que la Banque a soutenus, financés, appuyés, qui ont été réalisés grâce à son intervention directe. Et d'insister sur la nécessité de coopération non seulement entre la Banque et le FMI, mais aussi entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement car, dit-il «ces derniers, avec leurs 4,5 milliards d'habitants, constituent les marchés de demain».
D'autre part, de la même façon que le FMI, la Banque Mondiale met un accent particulier sur les cofinancements de projets, surtout dans les pays en développement, afin d'y stimuler les investissements. D'autant que c'est le meilleur moyen et instrument de mobilisation de ressources. Pour l'exercice 96, qui n'est pas encore fini, c'est 131 projets, c'est-à-dire la moitié de ceux qu'elle a approuvés, qui ont été cofinancés, l'ensemble pour un montant de 8,35 milliards de Dollars.
Quant aux partenaires dans ces projets, ce sont des pays, le Japon en premier lieu, mais aussi d'autres établissements bancaires comme la Banque Inter-Américaine de Développement.

Trouver des ressources


L'autre nouveauté de la Banque est la création d'un groupe de Développement du Secteur Privé dont le but est de coordonner la stratégie d'ensemble de financement de ce secteur. Ce groupe est constitué des plus hauts responsables de la Banque, de la SFI et de l'AMGI qui vont stimuler la synergie de toutes les activités du privé. L'efficacité est ici aussi le but de ce nouveau groupe. Il devra, entre autres, coordonner les stratégies d'assistance des pays en facilitant les opérations du secteur privé qui nécessitent l'implication de deux institutions de la Banque Mondiale ou plus.
Un autre problème évoqué est celui des ressources du groupe. Certes, la BIRD dégage un revenu net considérable et la tendance devrait se poursuivre. Pourtant, il faut que la répartition de ce revenu maintienne la position financière de la Banque par la constitution de réserves suffisantes. D'un autre côté, il y a l'Association Internationale de Développement (AID) qui, tout en recevant une contribution importante de la BIRD, devrait disposer à long terme de financements appropriés indépendants. Et c'est une fois de plus l'appel à l'augmentation des contributions des pays membres, qui déplaît à certains, les Américains en premier lieu. Le message est donc de réfléchir à ce problème et d'arriver à des solutions qui aient l'accord de tous.
Le président de la Banque Mondiale a également fait référence à la corruption dans certain pays. «Certes, ce sont les nations elles-mêmes qui doivent lutter contre ce fléau, mais le Groupe Banque Mondiale aidera tous ses membres qui veulent mettre en place des programmes nationaux destinés à décourager ces pratiques. L'institution ne peut intervenir dans les affaires politiques internes aux membres, mais elle peut donner des conseils, des encouragements et un soutien aux gouvernements désireux de lutter contre la corruption». Et de finir par une note ferme, martelant que la Banque ne tolérera aucune corruption dans les programmes qu'elle appuie. Des mesures particulières sont prises afin de veiller à la parfaite intégrité de ses activités.

Fayçal BENHASSAIN,
notre correspondant
aux Etats-Unis




Maroc: "Conclusions positives"


LES pays de la zone MENA (Middle East-North Africa) sont divisés en ceux qui ont entrepris les réformes économiques et structurelles tôt et ceux qui viennent de les commencer. Parmi la première catégorie, le Maroc a montré depuis plusieurs années déjà son sérieux dans les réformes qu'il a engagées, et pour le FMI et la Banque Mondiale, il est sur la bonne voie. Des problèmes demeurent et leur traitement demande du temps, de l'énergie et de la continuité. L'une des grandes faiblesses est l'enseignement. Certes, les débats sur ce sujet ont commencé à prendre de l'ampleur mais le Maroc a un retard qui peut s'avérer difficile à combler. Les deux organismes FMI et BM ont eu souvent à plancher sur la question suivante: qu'est-ce qui fait que certains pays ont une croissance plus rapide et avec un taux plus élevé que d'autres? L'une des réponses est que la qualité de l'enseignement de base joue un rôle très important. Les exemples que le FMI et la Banque Mondiale prennent sont les pays du Sud-Est asiatique. Les populations y sont généralement plus instruites que dans des pays relativement comparables. Ce n'est pas un hasard. Les autorités marocaines sont au fait de ce problème, car elles sont toujours à l'écoute des avis des responsables de ces deux organismes financiers. Mais si remonter la pente reste difficile, ce n'est pas impossible selon des spécialistes de la Banque Mondiale qui s'occupent particulièrement de ces questions. D'autant que l'enseignement supérieur est considéré comme de bonne qualité. Or, il s'agirait principalement d'une distribution très inégale des ressources entre l'enseignement de base et le supérieur. Pour certains, une meilleure réallocation de l'argent pourrait, sinon régler le problème, du moins en diminuer l'impact négatif sur l'économie générale du Maroc.

Accélérer les privatisations


C'est d'ailleurs ce qui expliquerait le taux de chômage élevé que le Maroc connaît malgré de bonnes réformes menées avec succès: le taux de croissance de l'économie nationale n'est pas assez élevé pour absorber tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Il faudrait au moins 5 à 6% de croissance annuelle sans exception pour cela.
L'autre problème du Maroc: la trop grande dépendance du pays par rapport à son agriculture, particulièrement aux pluies. La diversification est indispensable, notamment dans l'industrie et les services. Si celle-ci est observée depuis 15 ans, elle reste encore insuffisante car le poids du secteur textile est trop important. Aujourd'hui, l'un des conseils donnés par le FMI et la Banque Mondiale est d'accélérer le processus et également les privatisations.
Le secteur privé est considéré comme dynamique tout en ayant besoin de plus de libertés, de règles claires et aussi de réformes fiscales et judiciaires.
Les conclusions concernant le Maroc sont plutôt positives. Tous les spécialistes de cette région du Maghreb s'accordent pour dire que l'un des atouts que le Maroc possède est la stabilité politique. Sans elle, beaucoup de progrès réalisés par le Royaume n'auraient jamais pu l'être. En fait, c'est un pays qui ne pose pas de problèmes majeurs pour le FMI et la Banque Mondiale. Ils sont tous d'accord pour admettre que rien n'est jamais gagné pour toujours, mais que certaines transformations profondes d'un pays passent par des étapes plus ou moins lentes. En conclusion, le Maroc est félicité par tous ceux qui travaillent sur notre pays. Les seules critiques portent plutôt sur des erreurs que les gouvernants ont faites bien involontairement dans l'enseignement et dans le secteur rural. Or, certains projets de la Banque Mondiale portent directement sur leur amélioration. Toujours est-il que le Maroc ne pose de problèmes sérieux ni sur le plan économique, ni politique. Les efforts qu'il a entrepris sont loués par tous, et la bonne volonté ainsi que le sérieux des autorités lors de l'étude d'un dossier sont à mettre au crédit du Maroc.
Est-ce parce qu'un climat optimiste a dominé pendant la conférence annuelle conjointe de la Banque Mondiale et du FMI qu'aucune critique sérieuse n'est venue assombrir les débats? Est-ce parce que la situation internationale est vraiment dans une courbe ascendante? Un peu des deux probablement. Mais la notion de consensus dont ont longuement parlé Michel Camdessus et James Wolfensohn est ce que l'on retiendra de la 51ème conférence annuelle des deux organismes financiers internationaux.

F. B.

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