×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Ressusciter les «esprits animaux»
    Par Robert J. Shiller

    Par L'Economiste | Edition N°:2919 Le 12/12/2008 | Partager

    Robert J. Shiller est aujourd’hui la référence principale des critiques contre le système financier américain et la crise dans laquelle il est plongé. En effet, il est le père de la célèbre expression «l’exubérance irrationnelle», qui dit que les marchés boursiers n’obéissent pas seulement à des raisons économiques. En particulier, la hausse ou la baisse s’auto-entretient, sans référence à la réalité de l’entreprise cotée. Ce phénomène porte le nom scientifique de «théorie de la rétro-action». Schiller enseigne à l’université de Yale aux USA et dirige un bureau d’études, Macro Securities Research LLC. Dans la réédition de 2005, de son livre sur l’exubérance irrationnelle, Schiller avait annoncé la crise des subprimes, expliquant, que l’on ne pouvait pas raisonnablement fonder un marché sur la hausse constante et sans fin de l’immobilier. Son dernier ouvrage est The Subprime Solution: How Today’s Global Financial Crisis Happened, and What to do about it (La solution des subprimes : le pourquoi de la crise financière actuelle et comment y remédier). Son cours vidéo sur les marchés financiers est librement accessible sur le site de l’université: «oyc.yale.edu» La perte de confiance est directement liée au chaos des marchés financiers, qui a débuté en 2007 pour s’aggraver sérieusement en septembre dernier. Le spectre de l’effondrement des institutions financières dans le monde, et les efforts désespérés de renflouage de ces institutions par les gouvernements, ont donné naissance à un sentiment de danger généralisé.Les «esprits animaux» sont aussi influencés par ce que la mémoire collective a enregistré. Tout le monde en sait assez sur la Grande Dépression pour comprendre qu’il existe des analogies avec la situation actuelle. Certains savent que les taux d’intérêt à trois mois des bons du Trésor américains sont devenus légèrement négatifs en septembre 2008 - pour la première fois depuis 1941. Les gens savent aussi que les marchés financiers n’ont pas été aussi volatiles depuis la Grande Dépression (avec l’unique exception d’octobre 1987). De leur côté, les chefs d’Etat défendent des mesures de renflouage exceptionnelles en évoquant en termes à peine voilés le spectre de la Grande Dépression. Dans une enquête que j’ai réalisée juste après le krach de 1987, j’ai découvert que la préoccupation la plus importante des investisseurs privés et institutionnels américains était que la Bourse était surévaluée. Après que le krach eu corrigé ce problème, il semble que la majorité ait jugé inutile de s’inquiéter. La seule analogie avec la Grande Dépression était l’ampleur même de la chute. De plus, plusieurs analystes financiers ont estimé que le krach de 1987 était dû à des systèmes automatiques d’achats et de ventes d’actions, notamment du système d’immunisation de portefeuille, dont beaucoup pensaient qu’ils prendraient fin sous peu.Les événements récents ne peuvent toutefois pas bénéficier d’une lecture aussi optimiste. L’ampleur stupéfiante des récentes chutes des indices ne peut être ignorée comme une simple anomalie d’un seul jour causée par un problème technique boursier. La semaine comprise entre le 3 et le 10 octobre a été la pire semaine que les Bourses américaines aient connue depuis la Grande Dépression, tandis que la Bourse japonaise se comportait plus mal que lors de la pire semaine de la crise financière asiatique il y a dix ans. De la même manière, la Bourse mexicaine a souffert autant que durant la pire semaine de la crise financière mexicaine de 1995, et enfin, la baisse de la Bourse de Buenos Aires a correspondu à peu près à la pire baisse hebdomadaire de la crise financière de 1997-2002. Une extrême volatilité des marchés, à la hausse et à la baisse, a persisté depuis lors. Les mesures incitatives et les plans de renflouage ont été mis en œuvre en réaction à cette horrible semaine. Le 10 octobre, les pays du G-7 ont annoncé un plan coordonné pour sauver l’économie mondiale et le week-end de la même semaine, les pays du G-20 ont approuvé le plan. Mais en novembre, les Bourses en sont à peu près au même point. En Chine et en Inde, elles ont encore baissé. L’érosion des «esprits animaux» se nourrit d’elle-même. Une volatilité extrême des marchés ne fait qu’accentuer le sentiment chez les acteurs économiques et sociaux que la situation échappe vraiment à tout contrôle. Un cercle vicieux s’installe ensuite : plus le marché est volatile, plus les acteurs économiques pensent devoir prêter attention au marché, et plus les échanges deviennent imprévisibles. Le bon côté de la situation est peut-être que les «esprits animaux» peuvent faire et font parfois des changements impromptus de direction. La confiance est un phénomène psychologique caractérisé par des sautes d’humeur aussi bien vers le haut que vers le bas. Le facteur le plus prometteur d’un retour de la confiance des acteurs économiques serait celui d’une source d’inspiration publique. Aux Etats-Unis, le président Barack Obama semble être suffisamment charismatique pour jouer ce rôle et le point tournant historique qu’est l’élection du premier président africain américain pourrait avoir un impact psychologique important aux Etats-Unis même et dans le reste du monde.Quoique nous réserve l’avenir proche, les nombreux plans en discussion aujourd’hui pour faire face à cette crise mondiale doivent être évalués à l’aune de l’influence insaisissable et inexplicable qu’ils peuvent avoir sur la confiance. Les «esprits animaux» que Keynes a évoqués il y a quelques générations sont encore avec nous aujourd’hui.


    Indices de confiance catastrophiques

    Une partie du problème, dans la résolution d’une crise de confiance, est que la confiance est difficilement quantifiable. L’indice de confiance des consommateurs aux Etats-Unis, noté par l’organisme The Conference Board, a atteint son point le plus bas depuis sa création en 1967. Et selon une enquête réalisée par la société Nielsen dans 52 pays, l’indice de confiance des consommateurs est passé de 137 lors de la première enquête en 2005 à 84 aujourd’hui.Mais ces études, qui compilent des réponses courtes à des questions simples, ne nous disent rien sur le point auquel les sondés croient à leurs opinions, sur la manière dont de nouvelles circonstances pourraient modifier le degré de confiance ou sur ce que feront vraiment les individus au moment de prendre des décisions importantes dans les mois ou années à venir.


    Ce que disait Keynes sur les «esprits animaux»
    Le principal problème économique actuel est celui d’une perte totale de confiance de tous les acteurs économiques. Les banques commerciales et d’investissements, et les fonds spéculatifs peuvent tous imputer leurs problèmes à sa disparition, disparition qui à son tour compromet les projets de création d’entreprises ou d’investissements et plombe la consommation des ménages.Nos «esprits animaux», pour reprendre un terme rendu célèbre par l’économiste John Maynard Keynes pour décrire une forme particulière de confiance ou d’optimisme naïf, se sont affaiblis. George Akerlof et moi-même avons dernièrement écrit un livre portant ce titre, mais lorsque Animal Spirits paraîtra cet hiver, il est probable que l’économie mondiale sera dans un pire état qu’elle ne l’est aujourd’hui.Dans tous les pays, les gouvernements commencent à mettre en œuvre des mesures incitatives et des plans de renflouage, sans pour autant influer sur les perspectives économiques qui restent toujours aussi moroses. Les dernières estimations du FMI prévoient que les économies avancées connaîtront une contraction de 0,3 % de leur PIB en 2009 - la première baisse de ce type depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.Les «esprits animaux» ne sont pas toujours terrassés par des événements économiques exceptionnels. Mais il est vrai que les convulsions économiques ne se ressemblent pas nécessairement. Le krach du 19 octobre 1987 était par exemple la plus importante baisse des indices boursiers jamais enregistrée en un seul jour. L’indice Composite de Standard & Poor’s a chuté de 20,5%, le FTSE 100 de 12,2% et le Nikkei 225 de 14,9% le lendemain. La crise s’est propagée au reste du monde, sans pour autant le plonger dans une récession. Au contraire, les Bourses se sont rétablies, et ont créé une bulle spéculative qui a atteint son apogée 13 ans plus tard, en 2000.Copyright: Project Syndicate, 2008Traduit de l’anglais par Julia Gallin

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc