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    Economie

    Reportage dans le Haut Atlas: Le supplice quotidien des enseignantes

    Par L'Economiste | Edition N°:646 Le 25/11/1999 | Partager

    · Dans ces régions, la femme est difficilement acceptée comme institutrice

    · L'éloignement de l'école l'expose souvent à des provocations

    · La langue berbère est un des principaux facteurs d'exclusion


    PAS évident d'enseigner dans le Haut Atlas lorsqu'on est une femme. En témoigne le comportement, parfois hostile, des populations locales (provocations, agressions parfois physiques). Le traitement réservé par les habitants aux institutrices témoigne ainsi de la place accordée par cette communauté à la femme.

    Une intervention du caïd


    Comme l'expliquent Ilham et Siham, respectivement de Casablanca et de Souk Sebt, toutes les deux enseignantes depuis trois ans dans la région de Bougammaz dans le Haut Atlas (80 km au Sud-Est d'Azilal), la vie quotidienne est souvent rythmée de "malentendus avec les habitants qui n'acceptent pas l'idée qu'une jeune femme peut enseigner. Pour eux, seul un homme peut remplir cette fonction".
    Et d'ajouter que cette situation suscite même des débats intervillages. Ces derniers rivalisent pour obtenir le nombre le plus élevé d'enseignants hommes. Ils organisent de véritables lobbyies auprès de l'administration de l'école. Pour la population locale, la femme n'est bonne qu'à traire les vaches et ramasser du bois, ajoutent-elles.
    Les conditions des enseignantes sont encore plus difficiles, particulièrement lorsque leurs classes sont situées en dehors du Centre Tabant. "Avant de rejoindre le Centre Tabant, je devais quotidiennement marcher une quarantaine de minutes pour rejoindre ma classe", explique Siham. Elle ne s'est pas installée dans le village abritant l'école car «les habitants tolèrent rarement qu'une fille s'installe seule». C'est pour cela d'ailleurs que le père de Nadia, une autre collègue, est venu habiter avec sa fille. Nadia, mariée, attend aujourd'hui un bébé (son mari travaille dans une autre ville). Quotidiennement, et pour assurer ses cours, elle doit escalader, en l'absence de moyens de transport, un sentier montagneux de 35 minutes.
    Ces problèmes d'intégration sont encore aggravés par les difficultés de communication qui ne facilitent pas leur intégration dans la communauté locale. Elles s'interrogent: "Pourquoi ne pas affecter dans les régions berbères des enseignants maîtrisant la langue locale? Cela aidera à leur insertion".

    Ces maîtresses ne sont pas au bout de leur peine. Leur statut de "femme" les expose à des provocations. "Parfois, de jeunes villageois viennent se regrouper juste devant les classes et perturbent les séances de cours". Les enseignantes racontent même qu'une de leurs collègues "a été agressée au couteau un soir sur le chemin de retour".
    Ces provocations ont une fois "nécessité l'intervention du caïd de Tabant pour calmer les esprits au village de R'bat (deux heures à dos de mulet de Tabant)", indiquent-elles.
    A cela s'ajoute le climat peu clément de cette région. "En période des conditions rigoureuses, nous sommes obligées, et en l'absence de moyens de transport de rejoindre nos classes. Après 40 mn de marche en pleine neige, nous arrivons gelées dans des salles souvent dépourvues de chauffage".
    La liste des mésaventures s'allonge. Si ces trois enseignantes ont la chance de vivre dans des locaux connectés au réseau de l'électricité (5 heures réparties entre le jour et la nuit) et que les sources d'eaux sont proches de leur habitation, d'autres dans des coins "oubliés" doivent vivre sans ces équipements «modernes».
    Pour plusieurs membres du corps enseignant, notamment en milieu rural, ce type de problèmes ne peut être saisi par les responsables de Rabat, uniquement à travers des études menées à partir de leurs bureaux. C'est un déplacement sur le terrain qui leur permettra de connaître la réalité de la situation.
    En comparaison avec leurs salaires, la mission de ces enseignants s'assimile plus à un volontariat forcé, estiment-ils.


    Faire avec


    DANS quelles conditions est-il possible d'assurer un cours lorsque la température enregistre moins zéro degré et que le chauffage est défaillant ou encore inexistant? Dans les montagnes marocaines, cette situation est souvent la règle. Les enseignants et leurs élèves vivent alors, durant toute la période de l'hiver, un véritable supplice qui ne cesse qu'avec l'arrivée du printemps.
    Lorsqu'à cette situation vient se greffer celle du manque des moyens pédagogiques, l'éloignement de l'école (pour l'enseignant et l'élève), l'absence d'électricité et de l'eau, des latrines, il devient alors facile d'imaginer la qualité du savoir qui sera transmis dans ces classes.
    Le comble est atteint lorsque un enseignant non amazigh est affecté dans une région berbère et qu'il a en charge la première année du fondamental. La séance se transforme alors en cirque.


    La Cosef et le tamazight


    DANS son rapport de 66 pages sur la réforme générale du système de l'enseignement, la Cosef (Commission Spéciale Education-Formation) ne réserve qu'un petit paragraphe à la langue tamazight au niveau de l'Education Nationale. En intitulant ce passage «Ouverture sur le tamazight», le rapport indique que «les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l'utilisation de la langue amazigh ou tout dialecte local dans le but de faciliter l'apprentissage de la langue officielle au préscolaire et au premier cycle de l'école primaire». Le rapport ne va pas plus loin et ne traite nullement, par exemple, le rôle de la régionalisation à travers l'affectation, dans les régions berbères, d'enseignants de la même région ou maîtrisant le tamazight.

    Aniss MAGHRI

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