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Société

Reportage dans le Gharb inondé
«Du sang à Gaza, de l’eau à Sidi Slimane!»

Par L'Economiste | Edition N°:2960 Le 10/02/2009 | Partager

. Les aides ne répondent pas aux vrais besoins . Le problème, c’est se mettre à l’abri. Des opérations de communication choquantesSauve qui peut!! Un «tsunami d’oueds» est tombé sur les habitants de Sidi Slimane et les douars avoisinants. L’état est dramatique (cf. L’Economiste du 9 février, en particulier notre reportage photos). Depuis mardi dernier, Resagla, Oulad Radi, Derkaoua, Mraouna, Mradsa, Sfafâa, Oulad Ben Aich, et Oulad Said sont sous les eaux. Les eaux peuvent atteindre par endroit 1m50, voire plus. Une inondation qu’on n’avait pas vue depuis les années 60, selon les habitants. Les conséquences des crues de oued Baht et oued Sebou sont cruelles. C’est dans un temps brumeux, le ciel très gris, que nous quittons Kénitra à 6h00, le samedi 7 février. Direction: Sidi Slimane. Champs inondés, arbres arrachés, forêts dans l’eau… On devine forcément les dégâts des dernières précipitations. Sur notre route, la commune de Sidi Yahya nous annonce déjà la couleur. Les panneaux de signalisation routière disent de ne pas dépasser les 60 km/h. Impossible, de toutes les manières, de rouler plus vite, ni de doubler d’ailleurs: il pleut encore, nous avons très peu de visibilité. Les voitures commencent à se faire de plus en plus rares. Quelques cyclistes, avec des roues qui disparaissent dans 15 cm d’eau… Les stations radio en parlent, mais nous avons l’impression que ça ne traduit pas la réalité que nous observons ici. Adil, 18 ans, fait de l’auto-stop. Mal vêtu, il se dirige pourtant vers son lycée. «Oulad Zid Garbia, mon douar est sous les eaux. J’ai cours et j’y vais quand même», assure-t-il. Une heure plus tard, arrivés à Sidi Slimane, nous ne pouvons emprunter le chemin des douars en voiture. Driss, le seul chauffeur de taxi qui propose de nous accompagner. Pourtant, des dizaines de taxis sont stationnés. Personne ne veut prendre le risque de se rendre dans les régions sinistrées, «non, merci!!».

Enfants et familles perdus
Driss, lui, nous conduit, tout d’abord, au foyer le plus proche. Il s’agit d’une vieille église où on a regroupé 240 personnes dont 118 enfants. L’église paraît abandonnée depuis belle lurette. Elle est délabrée. Fissurés, les murs ont vu passer des décennies sans entretien. Dans la boue et surtout dans une odeur nauséabonde, les enfants, heureux de nous voir, nous conduisent vers leurs parents. Avant de franchir la porte, l’odeur vous assaille, elle est étouffante. Fatna veut parler au nom de tout le monde. Compréhensifs, les occupants de l’église lui laissent un moment pour exprimer sa peine. «Nous souffrons ici, cela fait des jours que nous ne nous sommes pas changés,… nous ne pouvons même pas prier depuis le 3 de ce mois, notre piété est bafouée», clame-t-elle. Les autres femmes s’approchent pour formuler leurs revendications. Toutes n’en ont qu’une seule, «un logis digne de ce nom». «Nous avons tout perdu. Je ne sais plus où est mon mari, ni mes enfants», clame Soumya Jaïbi. Soumya a perdu de vue sa petite famille depuis mardi 3 février. Elle n’est pas la seule à attendre un signe de vie de ses proches. Plusieurs d’entre ces naufragés de la plaine ne savent plus où sont leur conjoint ou leurs enfants. Les sinistrés insistent sur le fait qu’ils sont nourris, mais ils restent très mal logés. «Ce sont seulement les bienfaiteurs qui nous donnent à manger, sinon on aurait crevé de faim», affirme Rabha Aït Khelifa, 70 ans. Rabha est «chanceuse»: son mari est à ses côtés dans ce même foyer. Abdellah, du côté des hommes, paraît fatigué. Il est diabétique mais reçoit ses médicaments de la part des autorités locales: les habitants de plusieurs douars louent les efforts des autorités locales, ne serait-ce que l’aide psychologique apportée. Ils déplorent toutefois l’absence de leurs élus. Femmes, hommes et enfants dans cette église sont atterrés par leurs conditions de vie. Ni porte, ni fenêtre. Pas d’eau potable et pas de WC. «Nous n’avons plus d’intimité, nous vivons dans une totale promiscuité avec des hommes étrangers. En plus, plusieurs d’entre nous ont leurs menstruations. Impossible à gérer quand il n’y a pas les conditions minimales d’hygiène», confie Hedou Dich. Les enfants, eux, ont cessé d’aller à l’école. Quelques-uns ont reçu des cartables remplis. «On ne voit pas l’intérêt, alors qu’on a pas encore satisfait nos besoins basiques», dit une maman. Driss Baida est sur place. Un jeune homme parmi 12 collègues du Croissant-Rouge qui assurent surtout le soutien psychologique. «Je suis devenu psy pour pouvoir aider ces victimes», déclare Driss Baida.
Le bacha veut «éclaircir quelques points»
9h30: le petit déjeuner arrive. Le don d’un traiteur de la place. 10h45, nous nous apprêtons à quitter les lieux. A notre grande surprise, l’église est encerclée. Le mokkadem a averti de notre présence. Le bacha tient à «éclaircir quelques points» avec nous. Volontiers. Direction Bachaouiya. Changement de décor: on retrouve de l’oxygène après cette église nauséabonde parce que très sale. Simohammed Ouradi est débordé, mais «il veut bien nous aider à compléter notre information», précise-t-il. Combien y a-t-il de familles sinistrées? «500 que nous avons accueillies dans deux lieux différents, l’un de 1.000 m2 environ et l’autre de 7.000 m2». Quelques imprimés collés par-ci, par-là indiquent «cellule de crise à la bachaouiya». «Ni blessés, ni morts, ni disparus pour le moment», assure le bacha. «Malgré ces circonstances exceptionnelles, tout va bien», nous affirme le bacha pressé, avec un sourire quasi commercial. Il nous apprend aussi que 300 maisons en pisé ont été immergées et que 134 autres sont détruites. Nous quittons la Bachaouiya, direction Ksibia. L’armée et la Fondation Mohammed V se préparent pour aller sur le terrain. Ils sont sous un grand hangar. La Fondation paraît de prime abord très bien équipée pour affronter cette catastrophe même si la situation dure depuis déjà 5 jours. Cartons emballés. Ils contiennent lait, farine, sucre, huile et thé. La même quantité pour toutes les familles peu importe le nombre de leurs membres: «26 kilos», assure l’un des coordonnateurs de la Fondation. En tout et pour tout, ce sont 2.500 familles qui vont bénéficier de cette opération. Nous demandons à partager le chemin avec les femmes médecins et militaires portant le brassard de la Fondation. Vite, elles nous acceptent dans leur fourgonnette. Mais rapidement, la capitaine Mouna Lebsir (qui semble avoir une dent contre nous), nous demande agressivement de quitter la camionnette. Qu’à cela ne tienne! Nous partagerons le chemin de l’Entraide nationale qui est de meilleure composition. Elle a réservé 500.000 DH pour aider les familles. Début de distribution de denrées alimentaires. Khadija, 16 ans, se demande ce qu’elle va en faire: il n’y a rien pour chauffer, encore moins pour cuire quoi que ce soit… Son père et ses frères sont restés dans son douar. Impossible d’y accéder. «En plus il me faut une cuisinière, il n’y a que le lait que je peux boire, c’est tout». On dirait que les aides n’ont pas été prévues pour les besoins de ces gens. La caméra de la première chaîne zoome sur la distribution. Elle est là pour donner à l’opération plus que sa dimension «réelle». En quittant Ksibia, on aperçoit des familles transportées à bord de charrettes. «lhamla, les crues arrivent», s’exclament les habitants. Nous nous arrêtons pour vérifier si les usines ont été touchées. Il n’en est rien. A Laâsam, à quelques kilomètres de Kénitra, la vie continue. Dans un café, quelques hommes suivent un feuilleton sur la première. De l’autre côté, un vrai feuilleton vient de commencer… Loubna MOUSSALI Radio Atlantic

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