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    Récits de la Hijra
    Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur

    Par L'Economiste | Edition N°:2690 Le 10/01/2008 | Partager

    Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Faculté des lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.  Une saga familiale couvrant un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l’histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.Il y a exactement 1429 ans, soit l’an 622 du calendrier grégorien, le Prophète de l’Islam, accompagné d’un petit groupe de fidèles, effectuait sa Hijra, Migration de La Mecque à Yathrib, rebaptisée depuis cette date, Madinat al-Nabi (La Ville du Prophète). Dans cette cité d’Arabie, se forma le noyau de la première communauté musulmane, constituée initialement par les Mouhâjirîne ou «Immigrants» mecquois et par les Ansârs que sont les «Auxiliaires» médinois.Marquant un tournant décisif dans l’histoire de l’Islam, la date de la Hijra fut choisie à ce titre comme le point de départ de l’ère musulmane par le calife Omar Ibn al-Khattab.Dans l’esprit de ce jour de commémoration, davantage centré sur l’évocation de la mémoire que sur les épanchements festifs, retraçons quelques éléments relatifs à cet Hégire, ainsi que ses enseignements aux nouvelles générations.Depuis l’année 609, le Prophète Sidna Mohammed avait reçu sa première Révélation au Mont Hira, avant de commencer à rallier, depuis 613, de proches fidèles à la nouvelle foi, prônant la croyance en un Dieu unique et l’égalité entre les croyants.Les puissants chefs de tribus Qoraychites, maîtres de La Mecque et contrôleurs du commerce caravanier, ainsi que du pèlerinage polythéiste à la Kaâba, se sont montrés au départ intrigués, voire moqueurs, devant cet homme qu’ils affublent sarcastiquement de titres de poète, de devin ou de fou. Devant l’augmentation du nombre de ses disciples, ils ne tardent pas à défendre, de la plus violente des manières, leurs privilèges fondés sur l’asservissement des hommes et sur le culte des idoles. Rappelons dans ce cadre que le sanctuaire de la Kaâba, fondé par le patriarche Abraham, était depuis, voué à toutes sortes de divinités, vénérées dans toute la Péninsule arabique. Parmi ces quelque 360 statues régnant sur la Kaâba figurent Houbâl (dieu de la lune), Manâf (dieu du soleil), Qouzah (l’arc-en-ciel), ainsi que les déesses féminines, al-Lât, Manât et al-‘Ouzza…Les pèlerins venus de toute l’Arabie préislamique drainaient ainsi d’importants revenus que les riches marchands et les gardiens du sanctuaire n’entendaient pas échanger contre un Dieu unique prônant des idéaux qui ne faisaient pas leurs affaires économiques et sociales.Les musulmans, principalement les esclaves, subirent les pires tortures physiques sur la place publique, pour donner l’exemple. Une centaine d’autres musulmans durent quitter leurs maisons pour fuir l’oppression et trouver asile en terre chrétienne d’Abyssinie. C’était le cas notamment de Othmane Ibn Affân qui avait fait partie avec son épouse Roqayya, fille du Prophète, des groupes de musulmans ayant trouvé refuge au royaume du Négus en 615, soit en l’an cinq après la mission prophétique.Résistant aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de compromissions lui offrant le titre de prince des Qoraychites, le Prophète aurait proclamé selon la Tradition: «Même si vous me posez le soleil sur ma main droite et la lune sur ma main gauche, je ne renoncerais pas à mon Message». Ne serait-ce la stature d’Abou Talib, son oncle et tuteur depuis ses huit ans, son fervent supporter et chef respecté du clan des Béni Hachim, les Qoraychites auraient mis leurs menaces de mort à exécution.Comme résultat de la protection et de la solidarité des Béni Hachim, musulmans ou pas, les autres tribus leur imposèrent le bannissement dans une étroite vallée en bordure de La Mecque, ainsi qu’un sévère blocus, interdisant tout échange social et économique, avec tout ce que cela suppose comme graves privations et comme isolement, à part en période de pèlerinage pour le Prophète.En 619, juste après ce rude embargo qui dura trois ans, le Prophète perdit son oncle affectueux lequel fut remplacé dans le commandement du clan hachimite par un autre oncle paternel et farouche adversaire. C’est le riche Abou Lahab (Père de la flamme) ainsi qu’il était surnommé par le Prophète, de son vrai prénom païen, Abd-el-‘Ouzza, soit le serviteur de cette déesse arabe de la fertilité.En ce ‘Âm al-Houzn (année de la tristesse), le Prophète est affligé, peu de temps après, par la perte de son épouse bien-aimée, Khadija, son unique compagne depuis vingt-cinq ans et première femme musulmane de l’histoire.De plus en plus menacé, le Messager se rendit à pied, le mois dix de Chouwâl à Taïf, à environ 110 kilomètres de La Mecque pour prêcher la bonne parole sur son chemin et pour rechercher des alliances en compagnie de son esclave affranchi, Zayd ibn Hârithah. Mais il est mal reçu par les notables et essuie, ensanglanté, les jets de pierres de la masse. Une expérience pénible où il n’éprouva nulle haine pour ses ennemis auquel il souhaita comme signe de compassion «que Dieu sorte de leurs reins une progéniture adorant Dieu seul sans rien Lui associer» (selon le recueil authentique d’Al-Boukhâri et de Mouslim).C’est probablement à la suite de ces épreuves que fut accompli par le Prophète, la vingt-septième nuit de Rajeb, en signe de soulagement et de réconfort, «al-Isrâ’ wal Mi‘râj». Il s’agit de son Voyage nocturne de la Mosquée sacrée de La Mecque à la Mosquée al-Aqçâ de Jérusalem où il mena la prière, en compagnie des autres prophètes, sur l’emplacement du temple de Soulaymâne. Vint ensuite l’ascension dans les cieux (ou al-Mi‘râj) depuis la Mosquée sainte de Jérusalem, à dos de la fabuleuse monture, appelée al-Bourâq, en compagnie de l’ange Jibrîl. Un voyage d’où il rapporta, comme vestige céleste, les enseignements des cinq prières quotidiennes et qui fut accueilli par l’exacerbation des railleries des incrédules.Durant le mois de Dou al-Hijja, une délégation de soixante-quinze habitants de l’oasis de Yathrib, située à près de 500 kilomètres au nord de La Mecque, prêta serment de fidélité et d’obéissance au Prophète et accepta d’accueillir soixante-dix disciples mecquois persécutés. C’est le second pacte d’Aqaba signé avec le Prophète le 23 juin 622. La première alliance avait eu lieu l’année précédente lorsqu’un groupe de douze pèlerins médinois avait accepté son message sur la colline d’Aqaba.Autorisation est dès lors donnée aux musulmans de prendre le chemin de l’Hégire à Médine. Un des derniers à partir est le Prophète, ainsi que ses proches compagnons. Voici ce que rapporte la tradition dans ce cadre: les Qoraychites, alertés par le départ des musulmans à Médine ont fomenté l’assassinat du Prophète. Informé par l’archange Gabriel, le Messager prévint son cousin et gendre Ali du complot et lui instruisit de se couvrir de son manteau vert du Hadramawt et de dormir dans son lit. Il sortit en paix malgré la forte présence des Qoraychites, en lisant quelques versets de la Sourate Yâ Sîn: «…Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux; Nous les recouvrirons d’un voile: et voilà qu’ils ne pourront rien voir…». Avec Abou-Bakr, ils empruntent alors la ville de Yathrib, en prenant comme chemin inhabituel, la route du Yémen.Dans cette région rocheuse et escarpée de la chaîne du Hijaz, le Prophète et Abou-Bakr s’abritent dans une caverne en haut de la montagne déserte de Thawr pendant que les recherches avaient commencé de plus belle et que leur tête était mise à prix. L’histoire veut qu’une brigade arrivée sur les lieux, à l’entrée même de la grotte fut battue naturellement en brèche à la vue d’une immense toile d’araignée, miraculeusement tissée, obstruant son entrée et un nid de colombes posées sur des branches d’acacia déployées devant sa porte, en signe de sérénité des lieux. C’est Asmaâ, la fille d’Abi Bakr, enceinte de sept mois qui venait chaque jour à pied, depuis La Mecque pour leur apporter les vivres, tandis que son frère Abd-Allah apportait des nouvelles en pleine nuit. Trois jours plus tard, le Prophète de l’Islam et son fidèle ami Abou Bakr quittèrent leur refuge et reprirent la route à dos de chameaux, avec comme habile guide, préalablement engagé, le Qoraychite païen, Abdallah ibn Ouraykit al-Laythi. Pendant ce voyage, ils sont poursuivis par un «chasseur de primes», issu du clan des Béni Moudlaj, de son nom Sourâqah ibn Malik dont le cheval fut neutralisé devant le Prophète et refusa par trois fois de s’en approcher. L’histoire poursuit que Sourâqah jura, depuis, fidélité au Messager, avant de revêtir bien plus tard les bracelets de l’empereur perse Chrosoès, tel que le lui avait prédit le Prophète.Au terme de leur équipée, le Messager de Dieu et Abou Bakr, rejoints par Ali ibn Abi Talib, arrivèrent à Kobâa, située à une journée de marche de Yathrib. Le Prophète y construisit une mosquée, avant son entrée en septembre 622 du calendrier grégorien, dans la ville de Yathrib, appelée depuis lors, Al-Madîna al-Mounawwarah, La Ville illuminée (entendu, par la présence du Prophète). Les jeunes filles de Médine fredonnèrent la célèbre chanson «Tala‘a al-badrou» accueillant cette «pleine lune» levée sur la ville. Livrée jadis aux désordres des guerres intestines entre les tribus sœurs rivales Aws et Khazraj et les tribus juives, Médine vit naître la première communauté des croyants, au-delà des considérations claniques ou raciales. Une Constitution, considérée comme la première écrite de l’histoire, sorte de charte des Droits de l’Homme est promulguée, stipulant les droits et les devoirs des Emigrés et des Ansârs et régissant les bonnes relations avec les autres communautés, notamment juive, assurant la sécurité, la justice et la liberté de culte à tous les citoyens. Un nouveau modèle social fondé sur la fraternité est ainsi élaboré, avec comme socle la Mosquée et la Medersa et comme nouveau pilier de l’Islam, la Zakat.Le 13 du mois de Rabî‘ premier, soit le 8 juin 632, dans son humble demeure médinoise, bâtie à sa demande, là où sa chamelle avait décidé d’arrêter sa marche, le Prophète trouva paisiblement la mort après avoir accompli pleinement son message. Son compagnon Abou Bakr et futur calife, l’annonça à la communauté en ces termes: «A quiconque adorait Mohamed, j’annonce la mort de Mohamed. Mais à celui qui adore Dieu, le Seigneur est vivant et ne meurt jamais».


    Saga des «Ansars» en Orient et en Occident musulman

    Avant l’Hégire, la ville de Yathrib (future Médine) était peuplée principalement par deux tribus arabes et trois tribus juives. De souche sudarabique, branche des Azad, les Aws et les Khazraj avaient quitté anciennement le Yémen, à la suite de la rupture de la digue du légendaire barrage de Maârib et la chute du royaume de Saba. Quant aux populations juives arabes de la ville et de ses environs, elles sont formées par les tribus des Béni Qaynuqa, des Béni Nadir et des Béni Qurayza.Le lot de toutes ces populations était les divisions claniques et le jeu des alliances tribales avec leurs interminables guerres civiles fratricides. C’est dans ce cadre que le Prophète joua le rôle de médiateur lors du pacte d’Aqaba, ratifié en 622 entre les représentants des parties en conflit. Avec l’Hégire à Médine, le Prophète fut accueilli favorablement par les Aws et les Khazraj dont beaucoup s’enthousiasmèrent pour l’Islam, prenant dès lors le titre de Ansars, soit les Aides et les Auxiliaires, par différenciation avec les Mouhajirin ou Emigrants mecquois.Participant massivement aux guerres de conquête, les Ansars entrèrent en grand nombre au Maghreb et en Andalousie, particulièrement après le sac de Médine par les Omeyyades en 63/683 et le transfert de la capitale à Damas. L’un des premiers immigrants en Andalousie serait à ce titre Mohamed Ibn Aws Ibn Thabit al-Ansary. Entrés au Maroc à des époques diverses, soit à partir d’Andalousie, soit directement d’Orient, les Ansars donnèrent plusieurs familles illustres au pays, connues sous des appellations différentes comme les Bouâchrine de Salé, les Ben Chemmaâ de Fès, les Jennan de Meknès, les Skirej de Tétouan, les Aït Tidrarine du Sahara, arrivés au Maroc durant la conquête d’Oqba Ibn Nafiî. Sans oublier les familles Ansary à proprement parler, célèbres aussi bien à Marrakech, à Sijilmassa qu’à Fès.

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