×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Rapport de l'UNICEF sur "le progrès des nations" : Le Maroc doit mieux faire

    Par L'Economiste | Edition N°:103 Le 11/11/1993 | Partager

    Si le Maroc a réalisé des bonds appréciables dans le domaine de la santé, l'enseignement et la promotion féminine restent en deçà des potentialités. C'est un "portrait social" surprenant que dresse l'UNICEF dans son rapport “Le progrès des nations".

    “LE jour viendra où l'on n'appréciera plus le progrès des nations selon leur force militaire ou économique... mais bien selon le bien-être des habitants". C'est par cette proclamation que "Le progrès des nations", rapport annuel édité par l'UNICEF, se présente. Ce document décrit les avancées et reculs, pays par pays, dans les domaines de la santé et de l'enseignement. Le monde y est divisé en 7 sous-groupes:

    L'Afrique du Sud du Sahara, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, l'Asie du Sud, l'Asie de l'Est et du Pacifique, l'Asie centrale et l'Amérique du Sud et les pays industrialisés. Le Maroc fait évidemment partie du 2ème groupe.

    La première constatation que l'on peut faire est que certains préjugés ne résistent pas aux chiffres. Des pays où des catastrophes sont hypermédiatisées ne sont pas aussi mal lotis que d'autres présentés comme plus riches. Le Soudan, par exemple, a un taux de malnutrition infantile de 20%, presqu'autant que le Maroc (16%). L'Iran a un taux de 43% malgré sa rente pétrolière.

    L'Egypte surpeuplée enregistre un taux de vaccination anti-rougeole de 90%, la Libye 59%. Pour ce même indicateur, Cuba est exemplaire avec 99%; les USA n'atteignent que 77%. Au fil des tableaux, les mythes sont égratignés. Une seule certitude: les pays connaissant une guerre civile ou externe sont à la traîne.

    Santé: Le Maroc dans le bon peloton

    Le volet santé dans ce rapport est apprécié à travers 3 critères: taux de mortalité infantile, vaccination et malnutrition. Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans (TMM5) oscille entre 5 pour 1.000 en Suède et 300 pour 1.000 au Niger. Ce taux ne reflète pas uniquement les efforts consentis par la Santé Publique d'un pays. Bien au contraire, sa réduction provient de plusieurs éléments: éducation des parents, amélioration des revenus, accès à l'eau potable etc... Il est donc un véritable indicateur du développement conçu comme une amélioration de la vie des populations. Les chiffres peuvent, là aussi, démentir les a priori.

    La relation PNB par tête d'habitant TMM5 n'est pas du tout évidente. Cuba avec 12 pour mille fait mieux que le Mexique 36 pour mille, le Koweït 17 pour mille. Le Botswana avec un taux de 60 pour mille se classe devant le Nigéria 191 pour mille.

    Dans ce contexte, le Maroc avec 66 pour mille est dans la bonne moyenne. L'UNICEF établit un indice de variation qui tient compte du taux réel et du taux attendu en fonction du PNB.

    Le taux réalisé par le Maroc est positif de 2 pour nulle. En d'autres termes, le Maroc fait un peu mieux que ce que ne laisserait attendre son PNB/tête d'habitant. La Turquie a un taux négatif de 48 points.

    La Tunisie dont le TMM5 est de 42 pour mille a une avance de 7 points. L'Irak a un solde négatif de 141 points. Ce taux n'a pu qu'être aggravé par les conséquences directes et indirectes de la Guerre du Golfe.

    La malnutrition infantile n'est pas nécessairement la conséquence de manque d'aliments. La fréquence des infections et l'ignorance des parents quant à l'équilibre énergétique de l'alimentation peuvent en être la cause. La malnutrition décline globalement.

    Cependant, si L'Asie du Sud continue à présenter les plus mauvais résultats (66% des enfants du Bangladesh sont mal nourris), c'est en Afrique subsaharienne qu'il n'y a pas de progrès. La moyenne régionale pour cet ensemble est de 31% contre 24% pour l'Afrique du Nord et 8% pour l'Amérique du Sud. Le Maroc, avec un taux de 16%, se classe derrière l'Irak (12%) et la Tunisie (10%) mais loin devant l'Iran (43%) ou le 14 Nigéria (36%).

    Deux phénomènes sont cités par le Bulletin de l'UNICEF en marge de ce taux: l'allaitement maternel et la carence en iode.

    Pour le premier, le Maroc est le quatrième pays du monde, (48% des nourrissons y sont allaités exclusivement au sein durant les premiers mois, ce qui est recommandé par l'OMS). Par contre, les troubles dûs à la carence en iode (TDCI) ne font l'objet d'aucun programme particulier au Maroc. Or, ils sont responsables de nombreux handicaps mentaux et physiques. L'iodation du sel, solution préconisée par l'OMS, reviendrait à 0,05 Dollar par habitant et par an (soit 0,45DH).


    Enseignement à la traîne

    Les efforts du Maroc en matière de vaccination sont plus nets. Le programme établi ces dernières années a ramené le Maroc dans la bonne moyenne (80%), soit l'objectif visé par l'OMS.

    Si au cours de cette décennie l'effort est maintenu, l'objectif en l'an 2000 (taux de 90%), sera largement atteint. Notons que 80% est la moyenne des pays industrialisés. Sur ce plan, seule l'Afrique du Sud du Sahara est très en retard (46% de moyenne).

    Les efforts fournis par l'Etat en matière d'enseignement font l'objet de communiqués annuels. Sur le plan budgétaire, ils sont conséquents; tous en conviennent. Quant aux résultats de ce secteur déterminant, ils sont décevants. Seuls 60% des enfants atteignent la 5ème année de l'école primaire.

    En deçà de ce niveau, I'UNICEF estime qu'on ne peut parler de scolarisation, puisqu'il n'y a pas d'acquis. Les pays du même groupe font mieux: la Tunisie atteint un taux de 87%, l'Algérie 95%. Ce taux cache des disparités régionales importantes, et ne laisse d'inquiéter sur la situation dans les campagnes éloignées. La moyenne régionale de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, groupe où est situé le Maroc, est de 81%. C'est l'une des meilleures des 7 groupes.

    L'Amérique du Sud (48%), l'Asie du Sud (50%) et l'Afrique Noire (48%) sont les derniers de la classe. Le coût de l'enseignement est tel qu'il est lié au développement économique. Mais l'expérience de certains pays a montré que la volonté politique, les sacrifices consentis peuvent permettre une scolarisation généralisée. Slogan en vogue depuis 1960, cette dernière n'est pas passée dans les faits comme préalable au développement.

    Femmes: La grande injustice

    La promotion féminine est étudiée par "Le progrès des nations" à travers la planification familiale, les décès maternels, l'alphabétisation et la politique. Au niveau du premier critère, le Maroc réalise des performances moyennes.

    Le taux de fécondité a baissé de 1,2 entre 1960 et 1991 passant de 5,7 à 4,5, ce qui est mieux que la Syrie ou le Vietnam mais moins bon que l'Algérie (-1,8) ou la Tunisie (-1,7). Les chiffres sur les décès maternels suite à l'accouchement ne sont pas communiqués.

    La loterie de l'enfantement est liée au développement du pays: une femme sur 3.600 y laisse la vie dans les pays industrialisés, 5% en Afrique Noire et 2,5% en Asie du Sud. Le risque encouru par les candidates à l'accouchement des pays pauvres est multiplié par le nombre de grossesses.

    Seules 38% des femmes marocaines sont alphabétisées. Dans ce triste palmarès les pays arabes détiennent le "pompon rouge".

    La Tunisie vient en tête avec 56% pour une moyenne nationale beaucoup plus élevée. Le Maroc est bon dernier, même l'Arabie Saoudite est devant avec 48% de femmes alphabétisées.

    J.B.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc