Culture

Ramadan original sur la plageDe notre correspondant, Ali ABJIOU

Par | Edition N°:915 Le 13/12/2000 | Partager

. Malgré le jeûne, les matchs de foot se succèdent le long de la journée à la plage municipale de la ville. Même un gymnase y est improvisé où des jeunes s'exercent au saut et aux cabrioles Le Ramadan s'anime à Tanger. Il suffit de prendre la direction de la plage municipale pour vivre une ambiance ramadanesque particulière qui attire bon nombre de tangérois. Un lieu de détente pour les plus paresseux, mais aussi un champ où les gens peuvent pratiquer toute sortes d'activités sportives. Si la baignade est exclue, nombre d'autres activités sont au rendez-vous, principalement le foot et la gymnastique. De loin, difficile d'y voir clair. Mais dès que l'on s'approche, on découvre de jeunes mordus bottés aux lacets serrés poursuivant un ballon où convergent tous les regards. «Le foot est notre passion, et le jeûne ne nous empêche pas de le pratiquer«, explique fièrement, la respiration saccadée, un joueur. Justement, le foot n'est pas un phénomène ramadanien, mais sa pratique s'intensifie durant ce mois, tournois et rencontres diverses se succèdent. «Avant, nous disposions de nombreux terrains vagues, la plage est l'un des rares qui restent«, explique Saïd, arbitre «officiel«. Toute une série d'activités et de petits métiers se greffe au foot. Il y a celui qui se charge des réservations des terrains moyennant commission, celui qui loue les bois et l'arbitre bien sûr… Certains matchs assez serrés se prolongent, et malgré l'approche du coucher du soleil, les équipes continuent de chercher le dernier but décisif. Plus loin, du côté du mur longeant les installations du port se pressent les gymnastes, pratiquant cabrioles et autres figures acrobatiques sur le sable. «Il faut faire plus d'effort au niveau des jambes! Il faut sauter plus haut pour réussir la boucle!«, crie de temps à autre le plus âgé d'entre eux tenant vraisemblablement le rôle d'entraîneur. Les athlètes, à la suite, s'élancent pour exécuter les exercices. Après une légère course, ils font quelques cabrioles pour terminer sur une grande boucle finale. Mais certains, à qui l'agilité et la concentration ne manquent pas, réussissent même une double boucle suivie d'un rebond au sol puis sur les bras avant un atterrissage sur les jambes, un exercice difficile qu'on appelle la «figure du serpent«… La gymnastique est pour la majorité, un passe-temps, mais pour certains, c'est un rêve, le moyen de décrocher un chimérique métier dans un cirque aux Etats-Unis ou en Europe. Les légendes dans ce sens sont nombreuses. «On connaît quelques uns qui ont réussi à décrocher un job à l'étranger grâce à ces cabrioles, mais ce n'est pas la règle pour tous…«, précise Nour-Eddine, «l'entraîneur«. De même, il n'est pas rare de voir les gymnastes «se produire« devant une caméra vidéo, les enregistrements étant envoyés en Europe. Qui sait…Plus loin encore, d'autres jeunes côte à côte sur les pierres du môle Est du port, pratiquent un autre sport moins spectaculaire, la pêche. Sur près de trois cent mètres, quelques dizaines de flotteurs sont guettés par autant de paires d'yeux à l'affût. Bien que les prises de ce côté soient assez rares et de taille moindre (quelques petits poissons de roche au plus), les apprentis pêcheurs ne se sentent pas découragés. Lancer après lancer, ils réussissent à sortir quelques poissons pour la «tagra« (tajine de poisson dans l'argot tangérois) du f'tour. A l'approche de la rupture du jeûne, les visiteurs de la plage commencent à plier bagages et prendre le chemin du retour, attirés par les bols de la harira. Fatigués mais contents, ceux qui ont gagné leur match se font un plaisir de raconter comment ils ont réussi telle passe ou tel but tout en essuyant le sable de leurs godasses. Non loin d'eux, les autres pensent déjà à leur revanche du lendemain.

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