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    Enquête

    Ramadan et rendement : la baisse est imputée aux habitudes nocturnes

    Par L'Economiste | Edition N°:167 Le 16/02/1995 | Partager

    Aucune étude scientifique ne confirme le sentiment général d'une baisse de rendement au travail pendant le mois de Ramadan. Est en cause la manière de vivre les nuits ramadaniennes. Cependant, il est noté qu'une forte conviction religieuse est favorable à la productivité.

    AUCUNE étude n'a jamais été menée sur la productivité du travail durant le mois de Ramadan. Pourtant, il est commun de dire et d'admettre que la productivité humaine baisse au cours de ce mois sacré. Est-ce un stéréotype ou une réalité ? Il faut noter en outre que ce sont les habitudes de vie ramadaniennes qui sont mises en cause dans le manque d'ardeur au travail.

    Certains parleront "de dégâts" de la productivité, comme M. Hassan Bennani, en charge des Ressources Humaines à Roussel Diamant, illustrant sa pensée par un chiffre intuitif : "la productivité globale de tous les secteurs doit baisser au moins de 40 à 45% : nonchalance, départs avant l'heure, hausse de l'absentéisme, baisse de la glycémie...". La chute de celle-ci à partir de 12h fait adage dans la bouche des directeurs qui tentent d'accepter la situation.

    Mais d'autre privations paraissent plus éprouvantes. "Les fumeurs, les gros consommateurs de café s'éteignent à partir de 11h 30. Les manques d'excitants, d'énergie, de cigarettes et de sommeil cumulés en font des fantômes... Cela se voit dans les réunions...", dit Mme Rabéa Belkahia, directeur adjoint du personnel à la RAM. C'est le dernier terme de la 1ère partie de l'équation qui pèse le plus. “Ce qu'on observe dans notre pays, poursuit-elle, c'est cette façon de "bien vivre" ses soirées ramadanesques : une sorte de festival, de liesse, à partir de 19h. Si bien que la productivité de jour baisse considérablement, à mon avis, de 50% pour l'ensemble de l'économie".

    La baraka

    La baisse du rendement se manifeste à tous les niveaux de la hiérarchie du travail, bien que certains cadres supérieurs soutiennent parfois que leurs responsabilités ne leur permettent pas cela et que c'est au niveau des employés qu'elle s'observe. Certains patrons sont carrément invisibles le jour dans leur entreprise, n'y apparaissant qu'une ou deux heures après la rupture du jeûne.

    La baisse de la productivité en période de Ramadan peut aussi découler d'une baisse de la rentabilité générale de l'entreprise en ce mois-là. Tel est le cas par exemple de Polymédic, dont les ventes diminuent en général de 30 à 40% et la productivité du travail de 20% pour le mois de jeûne, "où les gens préfèrent acheter plus de nourriture que de médicaments ou de vitamines", suppose M. Chérif Lamrani, le directeur de production.

    Néanmoins, certains postes exigent un retour au travail après la rupture du jeûne, retour qui peut s'étendre jusqu'à minuit. "Ces heures supplémentaires sont payées, naturellement", indique M. Lamrani.

    Comme il faut de tout pour faire un monde, il existe une catégorie de personnes qui s'évertuent à se montrer très productives pendant le Ramadan. "Des spécialistes du jeûne, qui se sentent plus légers, plus opérationnels", fait remarquer Mme Belkahia.

    Quant à M. Larbi Laghrari, DRH à la BCP, il signale qu'il ne faut pas oublier la "baraka" du Ramadan qui accroît le rendement de l'homme pieux lorsqu'il jeûne. En général, un degré élevé de conviction religieuse a une influence positive sur le rendement du travail.

    Travail sur les quais

    De même, selon M. Saïd Bellal, un consultant de DIORH (Développement Ingénierie Organisation Ressources Humaines), la productivité des ouvriers qui travaillent à la tache et sur machines est plus élevée pendant le Ramadan. "Ils sont plus concentrés sur leur travail, suivent le rythme des machines, évitent de dépenser inutilement leur énergie en papotant entre eux". explique-t-il.

    Quant aux entreprises qui appliquent tout ou long de l'année un système d'évaluation quotidienne ou hebdomadaire du rendement, avec rémunération de celui-ci, elles n'enregistrent généralement pas de baisse de productivité. Par exemple, M. Khalid Mohib affirme qu'à l'Alliance Africaine des Assurances, dont il est DRH, la productivité individuelle est suivie au jour le jour. “Chaque poste est tenu à un certain nombre de charges, suivant des normes précises. Un relevé par le chef de service permet d'apprécier la contribution quotidienne de chacun , dont la prime annuelle de rendement tient compte. Avec un tel système, le Ramadan n'apporte aucun changement à notre productivité". Dans d'autres cas, même lorsque le rendement est rémunéré suivant des normes fixes, cela ne maintient pas la productivité lorsqu'il s'agit de force physique.

    A l'ODEP, par exemple, au niveau du travail sur les quais, tout dépend de la nature et de la quantité de marchandise, de la force physique qu'elle nécessite et du type de manipulation qu'elle met en oeuvre pour son chargement ou son déchargement.

    "Il est curieux que les patrons ne pensent pas demander conseil, pour une organisation du travail pendant le mois de Ramadan, aux bureaux spécialisés en ressources humaines, dit M. Bellal. Il semblerait que la baisse du rendement est acceptée comme une fatalité... Mais une organisation du travail appropriée au mois de Ramadan devrait tenir compte de nos contraintes culturelles, religieuses, sociales, et les respecter". Ce que confirme un directeur général d'une compagnie d'assurances.

    Tout en reconnaissant que le rendement quantitatif et qualitatif baisse pendant le Ramadan, il rappelle que celui-ci est un mois de piété, qui exige le respect de la manière de le pratiquer par chaque individu. "Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut s'endormir sur ses lauriers, dit-il. Le fidèle est aussi redevable de considération vis-à-vis de son propre travail, ce qui est d'ailleurs recommandé en religion". D'ailleurs, argumente M. Laghrari, le Ramadan est propice aux grandes réflexions. "Pendant la journée on songe plus à son esprit qu'à sont estomac, on pense aux grandes valeurs humaines. C'est pour nous l'occasion de nous pencher davantage sur le coté social des ressources humaines en cherchant à l'améliorer".

    Bouchra LAHBABI

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