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Société

Ramadan des autres
Taraouihs et narguilé au pays de Cham

Par L'Economiste | Edition N°:2370 Le 27/09/2006 | Partager

A l’occasion du mois de Ramadan, L’Economiste publie une série d’articles sur le mois du jeûne. Chaque jour, un pays est à l’honneur. Des mythes aux rites en passant par la spiritualité, l’animation et la cuisine… Un voyage ramadanesque. . Au f’tour: Fattouche, mezzés, hoummos, gâteaux et café à la cardamome . Beaucoup de similitudes avec le Maroc. Des soirées entre spiritualité, jeux de dames et chants AU pays de Cham, l’une des plus vieilles contrées du Moyen-Orient, le mois sacré incarne une valeur spirituelle toute particulière: visites familiales, spiritualité, prières, psalmodies, veillées, chants… font le lot des activités récurrentes durant le Ramadan. La Syrie, rappelons-le, est l’une des plus vieilles civilisations du Moyen-Orient qui plus est un pays laïque. Aux frontières de la Turquie, de l’Irak, de la Jordanie et du Liban, la Syrie est un pays chargé d’histoire. En témoigne l’une des plus vieilles mosquées de la région située à Damas. A l’heure de la prière, les mosquées sont bondées surtout le soir et durant la dernière quinzaine du mois. Psalmodies, cours religieux, prêches, tarawihs… fédèrent de plus en plus de pratiquants. Les fidèles deviennet plus généreux. Des opérations de collecte d’aumône et de dons sont organisées à la sortie des lieux de culte.Au fur et à mesure que Ramadan avance, hommes et femmes sont de plus en plus nombreux à se rendre aux mosquées le soir. A Damas par exemple, le recueillement pour les Tarawihs connaît un rush dans la mosquée des Oumeyade. Vieille de plus de 13 siècles, blanche et décorée de somptueuses mosaïques, la mosquée des Omeyyades est l’un des témoignages les plus remarquables de l’art islamique. Un monument à l’architecture exceptionnelle qui, pendant des siècles, allait servir de modèle aux constructeurs de mosquées dans tout le monde arabo-musulman. C’est dans ce lieu de culte exceptionnel que des milliers de fidèles damascènes font leurs prières durant le mois sacré. Le mois sacré est par excellence une période spirituelle, de ferveur et de piété.Tout comme les Marocains, les Syriens ont un sens aigu de la famille et de l’échange exceptionnellement durant ce mois. Pour eux, Ramadan est l’un des moments forts pour resserrer les liens familiaux. Sans prévenir, les visites se font nombreuses après le F’tour et surtout durant la dernière quinzaine du mois sacré.De jour comme de nuit, les traits du mois sacré sont perceptibles dans les principales villes syriennes. Que ce soit à Damas, à Alep, Hama ou encore Al Quneitra… les principales villes adoptent un rythme, un ton et des couleurs particulières. Tout prête à la méditation et au recueillement, souligne un Syrien pour qui les résonances du muezzin et l’appel à la prière ont un effet particulier durant le mois sacré.A la rupture du jeûne, la table du f’tour est assez variée. Le dîner est servi en même temps que le f’tour comme chez une bonne partie des Marocains. Au menu: Fattouche est incontournable. C’est une salade garnie de petits morceaux de pain frit, des légumes émincés et frais et des herbes… la soupe au vermicelle ainsi que le plat de résistance sont incontournables. Les mezzés, autres plats typiques syriens occupent une place non moins importante. Ces petites entrées sont servies dans des coupelles. Le hoummos, une purée de pois chiche avec de la crème de sésame, de la coriandre fraîche et d’autres épices, reste une spécialité prisée. S’y ajoutent le «moutabbal», un caviar d’aubergine avec de la crème de sésame, le «baba ghanûj», autre caviar d’aubergine avec des poivrons et herbes ou encore le «mouhammara», une purée toute rouge et piquante.La particularité culinaire de Damas, qui reflète toutes les spécificités culinaires syriennes, réside dans sa tradition du farci (Al Mahchi): aubergines, courgettes, pomme de terre… Le tout accompagné de riz et gâteaux à base de semoule et de fromage naturel. Pour sa part, la cuisine d’Alep est plutôt réputée pour son raffinement qu’elle aurait puisé de sa proximité avec la Turquie et la Grèce.Généralement, la cuisine syrienne a beaucoup de points en commun avec la libanaise. On y trouve, de part et d’autre, les grillades: le Kebab (brochettes de viande hachée), le Chich Taouk (brochettes de poulet mariné dans des épices), ainsi que plusieurs variétés de plats à base du petit-lait (leben). Le thé noir et le café turc sont servis à volonté durant le f’tour. Le café est servi dans de petites tasses et aromatisé à la cardamome. Quant au thé, il est pour sa part très sucré, et siroté à longueur de soirtée. Les Syriens boivent aussi beaucoup de jus de dattes chaud. Le tout accompagné de sucreries, des gâteaux tels que Al Konafa, Chaaïbate (l’équivalent des briouates) et la fameuse Baklawa. Des pâtisseries composées d’amandes, de noisettes, pistache, farine et sirop de sucre. A quelques heures du coucher du soleil, les Syriens aiment flâner dans les souks principalement à Damas et Alep: les marchés les plus vivants et les plus colorés du Proche-Orient. Dans les ruelles de la capitale, les artisans sont à pied d’œuvre, ils deviennent plus actifs et enregistrent plus de commandes durant le mois sacré.La rue est plus animée dans les quartiers populaires le soir. Des veillées de chant spirituel y sont célébrées. L’on organise aussi des spectacles d’une rare beauté, telle que la danse des derviches-tourneurs. Les cafés de Damas ne désemplissent pas à leur tour le soir. Jeux d’échecs, de cartes et amuse-gueule (cacahuètes, pistache, amandes…) deviennent très prisés sur les terrasses. Dans les quartiers populaires et les ruelles, les effluves des braises brûlantes et de tabac parfumé (Al Maâssel) animent les conversations. Jeunes et moins jeunes palabrent et savourent en tirant sur le long tuyau des narguilés. Plus qu’une distraction, un rituel incontournable à bilad Cham.


Druzes, maronites, sunnites, chiites…

Carrefour de civilisations, la Syrie a subi les influences culturelles des Grecs, Romains puis celle de l’Islam avec les califes ommeyades. La diversité de ces apports se traduit dans le domaine religieux: 10 % de la population est chrétienne (grecs orthodoxes, représentant la moitié de la population chrétienne, les Syriens maronites et des catholiques, mais également des chrétiens assyriens, des arméniens vivant particulièrement à Alep ainsi que des groupes orthodoxes Jacobites). Les musulmans (90%) sont répartis entre minorités chiite, druze, ismaélienne et les Alaouites qui détiennent le pouvoir. C’est, en général, une population laïque mais qui vit avec une grande ferveur les temps forts du mois sacré, précise un expatrié syrien basé à Casablanca. Pour sa part, la minorité juive vit principalement à Damas et à Alep. La particularité de la Syrie, c’est que les différentes communautés cohabitent en paix et harmonie. De l’avis de nombreux Syriens, le pays de Cham offre beaucoup de similitudes avec le Maroc. «Quand je suis venu pour la première fois au Maroc, il y a 33 ans, c’était pendant Ramadan. Je croyais que j’étais en Syrie», se rappelle non sans nostalgie un architecte syrien. Contactés par L’Economiste, plusieurs expatriés syriens précisent qu’ils ne veulent pas être cités. A priori, cette discrétion cacherait les craintes des remontrances des services diplomatiques. Mis à part ce détail, les Syriens contactés restent très ouverts et font preuve d’une forte culture générale.


Entre ciel et terre

DE par le brassage avec la civilisation turque, les Syriens ont aussi leurs derviches-tourneurs. Ils sont les membres de confréries religieuses qui ont prospéré dans le monde musulman à l’époque médiévale. Il en existe au Proche et Moyen-Orient mais c’est au sein de l’Empire ottoman, qu’elles ont été les plus nombreuses. La confrérie mystique sunnite des Derviches Tourneurs a été fondée dès le 13e siècle. A Alep comme à Damas, leur spectacle se prête mieux avec la ferveur du mois sacré. C’est un véritable concert spirituel.La danse des derviches a une dose de sacralité. Les derviches sont généralement vêtus d’une longue tunique blanche, couleur du deuil pour la mort, et d’une toque cylindrique en poil de chameau, symbole de la pierre tombale. La tradition de ces danseurs veut que la main droite soit levée vers le ciel, pour recueillir la grâce divine qu’ils transmettent à la terre par la main gauche tournée vers le sol. Ils pivotent sur le pied gauche en traçant un cercle autour de la piste  pour parvenir à l’extase qui permet de s’unir à Dieu. La danse est considérée comme une sorte de prière, un dépassement de soi à l’union suprême avec Dieu. Elle produit la rotation des planètes autour du soleil. Le cercle des derviches est également le symbole de la Loi religieuse qui embrasse la communauté musulmane toute entière et ses rayons symbolisent  les chemins menant au centre où se trouve la vérité suprême, le Dieu unique qui est l’essence même de l’Islam.D’un point de vue thérapeutique, la danse des derviches possède plusieurs implications. Elle se définit comme un système de développement des potentialités humaines. La danse favorise l’unité motrice, psychique et affective du danseur, lui permettant de ressentir l’unité esprit/corps et d’évacuer certaines tensions.«La Syrie est un pays du Moyen-Orient situé en Asie occidentale. Son nom officiel est la République arabe syrienne. La Syrie est divisée en quatorze gouvernorats, ou muhafazat qui portent le nom de leur chef-lieu.Sur le plan économique, la Syrie figurait en 2002 au 108 e rang mondial (sur 173) de l’Indice de développement humain (IDH). La Syrie a mis en place des réformes structurelles. Ces mesures indispensables accusent, selon des analystes, du retard depuis quelques mois. A cela s’ajoute une conjoncture défavorable, à l’exception de la bonne tenue des cours du pétrole, lequel représente 30% du PIB, 60% des exportations et 50% des recettes budgétaires. De l’avis d’experts, «cette ressource est en voie d’épuisement, comme le montre la dégradation de la balance commerciale, puisque le pétrole ne parvient pas en 2004 à compenser la hausse des importations. Après un bon résultat en 2002 (+4%), imputable en partie au facteur irakien (marché privilégié pour les produits syriens avant la guerre), la croissance a chuté à moins de 2% en 2003 et 2004. Le marché du travail s’effondre. D’une superficie de 185.000 km2, et pour une population estimée à 18,4 millions d’habitant, le taux de chômage en Syrie se situerait entre 12 et 14%. Le risque dans la région, selon des analystes, est que l’étau se resserre de plus en plus sur une Syrie isolée politiquement dans la région. Avec ce scénario, le taux de chômage pourrait dépasser les 25% de la population active. La monnaie officielle est la Livre syrienne, communément appelée «lira». Elle est égale à 100 piastres syriennes.L’alphabétisation chez les Syriens est de 89% chez les garçons et 64% pour les filles.«Amin RBOUB

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