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Société

Ramadan des autres
Irak: Un jeûne au parfum de guerre civile

Par L'Economiste | Edition N°:2374 Le 03/10/2006 | Partager

A l’occasion du mois de Ramadan, L’Economiste publie une série d’articles sur cette période spéciale. Chaque jour, un pays est à l’honneur. Des mythes aux rites en passant par la spiritualité, l’animation et la cuisine… Un voyage ramadanesque. . Le mois sacré coïncide avec des pèlerinages à Karbala et Nadjaf . Les plats collectifs du f’tour, une tradition laissée par Saddam. Chiites et sunnites se font inviter à la rupture du jeûneC’est le quatrième Ramadan post-Saddam en Irak. Depuis la chute du régime baasiste, un parfum de guerre civile flotte dans les principales villes. Que ce soit à Bagdad, Bassora, Fallouja, Mossoul ou Karbala… le constat est le même. Chiites, sunnites, Kurdes… s’entretuent au quotidien. Aujourd’hui, l’on parle de plus de 30.000 civils tués depuis la chute de Saddam: «La Mésopotamie a toujours été l’objet de convoitises, mais les Irakiens ont cette particularité de surmonter les difficultés et les drames de l’histoire», s’enorgueillit Mohamed Wahib, homme d’affaires irakien vivant au Maroc. Les Irakiens jeûnent sur fond de guerre civile, d’enlèvements et d’attentats au quotidien. Cette année, ils redoutent une nouvelle vague de violence. La première journée du mois sacré a été marquée par un attentat à la bombe, perpétré dans le quartier de Sadr City, l’un des bastions des chiites de Bagdad. Bilan: 34 morts. Du coup, les privations sont sur fond d’inquiétudes.Premières privations cette année, «un couvre-feu nocturne est imposé dans les grandes villes. Il n’y aura que six heures d’électricité par jour au rythme d’une heure et demie toutes les quatre heures». Rien d’étonnant à ce que les lampes à pétrole soient prises cette année autant que les provisions, pendant le Ramadan.A Bagdad, les habitants se risquent de moins en moins à circuler d’un quartier à l’autre en raison de l’insécurité. La vigilance est de mise. Mais rien n’empêche les visites et prières du coucher du soleil jusqu’à l’aube. Malgré les attentats qui frappent généralement les lieux de rassemblement et les marchés, les souks de Bagdad ont retrouvé une certaine animation, surtout celui de Chorja, qui offre divers produits importés d’Asie, d’Iran et de pays arabes voisins, poursuit Wahib.Comme du temps du régime déchu, la tradition est pratiquement la même durant le mois sacré. «Les visites se poursuivent entre proches, voisins, familles et amis tout au long du mois. Souvent, chiites et sunnites se font inviter durant l’Iftar et le dîner». Généralement, les mêmes rituels sont pratiqués que l’on soit chez les Kurdes de Arbil et Kirkouk, ou au Sud chez les Chiites de Nadjaf, Karbala, Al Koute ou encore chez les sunnites de Bagdad, Mossoul, Tikrite (origine de Saddam) et Ramady. Excepté quelques variations, Kurdes, sunnites et chiites ont les mêmes coutumes.Mais il y a le décalage durant la première journée du jeûne (la tradition chez les chiites étant d’observer le jeûne en même temps que les Iraniens, soit généralement 24 heures d’avance que leurs concitoyens sunnites). Ramadan en Irak, c’est surtout un mois de spiritualité intense. La mosquée Oum Toboul de Bagdad est celle qui enregistre le plus grand nombre de fidèles durant le mois sacré. A Al Kadimia par exemple, le nombre de pratiquants peut dépasser les 2.000 et ce, dans un seul lieu de culte. Les mausolées des Alaouites accueillent aussi des fidèles pour les prières des Taraouihs.La mosquée de Koufa est toujours pleine à craquer. C’était le QG de Ali Ibn Abi Talib, le quatrième calife orthodoxe. Hommes, femmes et enfants s’y rendent de plus en plus nombreux. Et la teneur des prêches galvanise les foules. Surtout lorsque les diatribes antiaméricaines se mêlent à la causerie.Autre particularité irakienne pendant le Ramadan: le pays devient une destination prisée par des touristes des pays voisins. Mais ce n’est pas n’importe quel tourisme puisque celui-ci est empreint d’une forte charge religieuse. Une véritable industrie de tourisme religieux s’est développée. Normal, les lieux saints les plus sacrés des chiites sont en Irak et le pays abrite le plus grand nombre de mausolées, de sépultures de saints et de prophètes. C’est aussi le lieu de pèlerinage le plus prisé par les chiites après La Mecque. Les Iraniens sont les premiers touristes étrangers en Irak. Ils viennent surtout visiter les lieux saints de Nadjaf et Karbala, notamment l’Imam Ali et le dôme sacré. Plus de 1.500 touristes se rendent chaque jour à Nadjaf et Karbala. Un rituel qui remonte à plus de 1.300 ans. Les Irakiens sont conscients que depuis plus de 1.300 ans, ce qui les unit avec les Iraniens, c’est d’abord le chiisme. Iraniens, Indiens, Pakistanais… se rendent deux fois par an (pendant le Ramadan et après La Mecque) accomplir un pèlerinage à Karbala, Nadjaf, Al Kadimia ou encore Al Adamaia… ce sont des lieux de recueillement sacralisés.La tradition est de compléter le pèlerinage à Karbala, Nadjaf et Al Kadimia. Mais aussi la ville de Samaraa où repose Al Imam Al Mahdi.Les fidèles viennent de partout (Inde, Pakistan, Iran…) en autocars bigarrés pleins de folklore et de couleurs se recueillir dans les mausolées.La tombe de Abdelkader Jilali à Bab Cheikh au centre de Bagdad (non loin du mausolée de l’Imam Al Ghazali) est également très sollicitée.Pour les chiites, le centre du monde se trouve en Irak. L’Achoura, contrairement aux pays de tradition sunnite, est célébrée en deuil puisqu’elle commémore le martyre d’Al Hussein (petit-fils du prophète et guide de tous les chiites …). Elle illustre parfaitement cet attachement spirituel à Karbala et au pays du Tigre et de l’Euphrate.A Bagdad comme à Karbala, la nuit sacrée est très éclairée, radieuse. Des décorations se font dans les mausolées pour la circonstance, des cierges, des lanternes… Les avenues qui mènent aux lieux de culte sont parcourues à pied, sur fond de tambourinement et de madih (chant spirituel).A quelques mètres des mausolées, des rassemblements de fidèles accueillent les visiteurs et ce, jusqu’aux aurores. Dès le coucher du soleil, l’ambiance est festive, avec de longs et copieux dîners en famille ou entre amis. L’influence iranienne va bien au-delà de la religion: elle est aussi dans les us et la cuisine.Le mets principal en Irak est d’origine iranienne. Appelé Dolma, ce mets est composé de courgettes farcies de viande hachée et de riz. A Bagdad, l’on raffole aussi du Kouzi Lahm. Il s’agit d’un agnelet de 1 mois de préférence farci de riz, de foie et de viande hachée. Le Tabssi, plat à base d’aubergines, d’oignons, de pommes de terre et de viande d’agneau de moins d’un an est aussi consommé pendant les dîners.La tradition au pays de l’Euphrate est de préparer des plats collectifs pour la rupture du jeûne, surtout dans les quartiers populaires. Ce sont les grandes familles, les factions et les tribus qui organisent ce type d’opérations, appelé Mawaïd Al Iftar. Du temps de Saddam, c’était le ministère des Affaires islamiques qui organisait cette opération caritative. La particularité, de ce f’tour, c’est que démunis et nantis, chiites et sunnites partagent le repas ensemble pour se rapprocher les uns des autres. Le temps d’un f’tour, les hostilités sont laissées de côté. Les soirées sont longues à Bagdad. Les jeux de société sont le passe-temps favori des couche-tard. Outre le domino, les échecs et les jeux de cartes, les Irakiens veillent tard le soir dans les cafés et les salons de thé. Les noctambules sirotent du thé noir, café à la cardamome et autres jus de raisins et surtout de grenade. La chicha est une vieille tradition qui fait partie de la couleur locale.


Al Mahbesse: Un jeu légendaire

Autre vieille tradition dans les cafés, Al Mahbesse. C’est un jeu légendaire qui anime les cafés de Bagdad. Deux groupes venus de deux quartiers différents se mettent face à face. La partie consiste à cacher une bague en or. Et le dénouement de la partie est ponctué par la découverte de cette bague que l’un des joueurs doit dissimuler dans son poignet. Un jeu qui peut durer des heures et des heures. Tout se joue autour de l’intuition et l’intelligence, précise Wahib. Le pari est généralement sous forme de sucreries, gâteaux et jus. A la fin de la partie, de grands plateaux de Baklawa, Zlabia…. sont servis dans tout le café.


Les démons de Saddam

«Hors de ma vue, démons!» C’est le titre du dernier roman rédigé par Saddam, alors qu’il se trouvait encore en liberté. Le roman du président déchu relate un «complot fomenté contre les Arabes et les musulmans par des chrétiens et des sionistes, lesquels sont finalement vaincus par une armée arabe qui envahit la nation sioniste chrétienne et abat l’une de ses plus grandes tours, une probable référence aux attentats du 11 septembre 2001».Lorsque la guerre éclata et que Saddam partit se cacher, 40.000 exemplaires de «Hors de ma vue, démons!» étaient sous presse. Un témoignage de Tarek Aziz suggère que deux autres romans étaient en préparation lorsque la guerre interrompit brutalement cette activité. Le roman commence par introduire un narrateur ressemblant au patriarche juif, chrétien et musulman Abraham, qui déclare aux cousins Ézéchiel, Youssef et Mahmoud que Satan vit dans les ruines d’une Babylone détruite par les Perses et les Juifs.Ézéchiel, symbolisant les Juifs, est dit avide, arriviste et destructeur.«Quand bien même tu t’emparerais des possessions de tous tes semblables, tu souffrirais ta vie durant», lui lance le narrateur. Youssef, censé représenter les chrétiens, est décrit comme un homme généreux et tolérant, tout au moins au début du récit. Mahmoud, le musulman, se révèle un conquérant à la fin du récit.Les critiques n’ont pas été tendres avec «Hors de ma vue, démons!»: Saddam «était complètement détaché de la réalité et l’écriture lui permettait de vivre dans un monde d’illusions», affirme Abdel Amir, un écrivain et critique littéraire irakien qui a lu le manuscrit. Saad Hardi, un journaliste qui a participé à la production du roman de Saddam, est du même avis: «Saddam était coupé de la réalité. Il se croyait un dieu, capable de mener à bien n’importe quelle tâche, y compris l’écriture de romans».«Hors de ma vie, démons» n’est pas le premier roman de Saddam. Selon un article récent paru dans le Daily Telegraph, «Saddam Hussein a passé les dernières semaines précédant la guerre (en mars 2003) à écrire un roman prédisant qu’il allait vaincre les Américains en dirigeant un mouvement de résistance clandestin plutôt qu’en préparant la défense de son régime».«Depuisé par plus de 20 ans de guerres et de sanctions, l’Irak ne peut plus compter que sur le pétrole pour se relever. Au milieu de l’année 2005, le pays ne produisait que 2,1 millions de barils par jour, contre 2,6 millions en mars 2003. Les capacités de raffinage insuffisantes ont conduit le pays à dépenser près de 2,5 milliards d’euros en achats d’essence au cours des 7 premiers mois de 2005. Une situation qui ne se limite pas à l’industrie pétrolière. Les milliards de dollars investis pour rétablir des services d’eau, d’électricité et de santé… risquent d’être gaspillés à cause des difficultés rencontrées dans la maintenance des installations. Aujourd’hui, la majorité des Irakiens ne disposent de l’électricité que la moitié de la journée. Le tiers de la population n’a toujours pas accès à l’eau potable.La corruption n’arrange pas non plus la situation. Selon un rapport de l’Inspection générale américaine, «les détournements de carburants font perdre chaque année plus de 1,7 milliard d’euros au pays. Le rapport évoque également la perte de 1 milliard d’euros entre juin 2004 et février 2005 dans le cadre de contrats de reconstruction qui auraient révélé des commissions occultes.«Amin RBOUB

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