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    RAM: Les imbroglios et les silences

    Par L'Economiste | Edition N°:164 Le 26/01/1995 | Partager

    KEROSENE, détournements de fonds, conflits de directeurs... La RAM alimente les conversations de salons de la semaine. La compagnie, si prompte à étaler un sponsoring ou un achat d'avion voit ses capacités de communication bloquées contre la simple rumeur de la ville.

    A ce jour, la seule certitude est que le directeur central commercial n'est plus en poste. D'une manière très rapide, il a été remis à la disposition de son administration d'origine, le Ministère des Transports. "Une mesure conservatoire" en attendant les résultats d'un audit sur le fonds: un contrôle de routine a jeté un doute sur des factures d'articles de publicité et de promotion d'un montant global de 4,5 millions de Dirhams.

    A l'origine, les quantités et prestations livrées étaient en cause. Désormais, plus personne ne conteste le fait que tout a été livré. En revanche, au sein de la compagnie, on parle encore de "surfacturation", notamment par une société suisse dirigée par un Marocain, et que le directeur commercial "connaissait" sans pour autant traiter directement avec lui. Un audit est en cours. Les premiers éléments de cet audit n'auraient pas été communiqués à l'intéressé. Il n'aurait même pas été auditionné.

    Personne n'évoque le terme de détournement. Cependant, la confusion règne, car les rumeurs sur une autre affaire se sont greffées sur la première. Un transitaire, Aérofret, qui devait 17 millions de Dirhams à la RAM a disparu. Le fret relève de la Direction Commerciale, mais l'émission des factures et leur recouvrement relèvent de la Direction Financière.

    Par ailleurs, une grosse agence de voyages de Casablanca accumulait des retards de règlements à la compagnie. On assure qu'un protocole d'accord a été conclu pour l'apurement de ces dettes, alors que le bruit court qu'elle avait essayé d'acheter le délai. Le kérosène ne fait en revanche l'objet d'aucun "doute", si ce n'est auprès de la rumeur publique, si prompte à véhiculer tant ce qui touche à des grandes entreprises d'Etat.

    La presse d'opposition se fait l'échos des rumeurs et déplore le silence de la compagnie et du Ministère des Transports. C'est le règne de "l'omerta" autour d'une compagnie que M. Rachidi Rhézouani considère comme "un service public". Dans une interview qui nous avait été accordée autour du GATT, il ne faisait aucun complexe des déficits de la compagnie (115 millions de DH pour 1993 et 120 millions étaient attendus pour 1994), que devait supporter le contribuable, pour désenclaver les régions ou atteindre l'Afrique. Aujourd'hui le contribuable souhaite des comptes quelle que soit l'ampleur du problème.

    Le ministre se posait en protecteur des effectifs et excluait les compressions de personnel, entrées dans les moeurs des compagnies aériennes confrontées à la récession et à la libéralisation des marchés. Air France avait même organisé un référendum interne sur la question.

    Aujourd'hui, même les cadres de la RAM n'ont pas été informés de ce qui se passe, malgré une demande de leur association. Ils véhiculent, eux aussi, les rumeurs de "radio-couloir".

    L'incident intervient en plus dans un contexte de démotivation générale. D'abord l'activité a reculé en parallèle avec le recul du tourisme, principal marché de la compagnie. Ensuite, une série d'incidents ont touché la compagnie qui n'a pas su communiquer convaincante. A la grève, puis au crash de l'ATR a succédé une polémique sur le suicide du pilote. La compagnie est touchée dans la corde sensible: la sécurité. Puis ce fut un hôtel de la RAM (Asni à Marrakech) qui fut le siège d'un attentat.

    Ces derniers jours, la série noire continue: un avion de la RAM sur l'aéroport de Montréal percute mortellement 3 employés lors d'une opération de dégivrage...

    L'amertume de l'encadrement est d'autant plus grande que ce dernier soupçonne dans cette affaire des règlements personnels entre les cadres dirigeants qui passent pour se détester, quand leurs épouses ne jettent pas de l'huile sur le feu.

    Car même dans une activité en crise, l'enjeu est de taille.

    Royal Air Maroc réalise un chiffre d'affaires de 4,4 milliards de Dirhams transportant 2,2 millions de passagers et 27.000 tonnes de fret. Elle possède 30 appareils et emploie près de 5.300 personnes.

    Le CIPEP s'était saisi à deux fois en 1994 du cas de la RAM en raison de son déficit structurel et de l'absence de stratégie commerciale. Il avait demandé à la compagnie d'ajuster son "contrat-programme" ou d'en proposer un nouveau. La réunion a échoué pour un quiproquo de taille: le gouvernement demandait un assainissement à une compagnie qui demandait des subventions.

    Khalid BELYAZID

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