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    Rabat: Que de Chantiers!
    Salles de cinéma: Les raisons d’une mort à petit feu

    Par L'Economiste | Edition N°:2886 Le 22/10/2008 | Partager

    . Une salle pour 1,5 million d’habitants!. Certains Rbatis désertent leur ville pour voir un film à Casablanca Après quelques minutes d’hésitation, Abdellatif Ghazli, responsable administratif au CCM (Centre cinématographique marocain ), lâche amèrement : «La salle de cinéma classique n’a plus le monopole qu’elle avait à ses débuts, les temps ont changé, et si ces salles veulent renaître de leurs cendres, il leur faut se reconvertir en lieux culturels attrayants et innovants ( spectacles, théâtres, comédies musicales...). Officiellement, il reste 107 salles de cinéma ouvertes au Maroc, et je dis officiellement parce qu’il se peut que l’une des salles, voire plusieurs, soient en train de fermer au moment même où je vous parle», nous explique Ghazli. Car, ajoute-t-il «il faut se rendre à l’évidence, nous n’avons plus affaire au public des années 70, mais à des spectateurs exigeants, avertis et blazés de films!» A l’image du cinéma «Agdal», salle mythique quand le quartier éponyme appartenait encore aux étudiants et aux intellectuels, qui a cédé la place à un immeuble d’habitation! Le «Star», l’ «Abc», le «Vox», cinémas populaires au public nombreux et enthousiaste, ont disparu également sous la poussée de la fièvre immobilière! D’autres cinémas ont été tout simplement désaffectés, dans l’attente de la réalisation d’une belle opération spéculative ! Il en va ainsi des salles situées sur les grands axes populaires comme l’ «Alhambra» du quartier Akkari, le «Zahra» ( actuelle «Fayrouz») sur l’avenue Hassan II, le «Kawakib» sur le boulevard Al-Kifah ! Toutes disparaîtront irrémédiablement. D’autres salles connaissent un destin plus dramatique. Encastrées dans des ensembles immobiliers, elles ne peuvent être démolies. Elles sont donc tout simplement abandonnées à leur sort, tels «La Renaissance», le «Colisée» ou le «Mauritania», qui ont pourtant connu des années de gloire. Le «Marignan», transformé un temps en librairie discount, les a suivies dans l’oubli. Autre triste sort!: Le «Zahwa», prestigieuse salle située dans le quartier le plus huppé de la capitale, se trouve en totale décrépitude. Pour Rachid Regragui, ancien propriétaire du Cinéma la Renaissance, c’est tout simplement «un assassinat, et je pèse mes mots». Et d’ajouter, «oui c’est un assassinat culturel: jusqu’à quand sacrifiera-t-on sur la place publique la culture et notre patrimoine cinématographique au profit d’investissements que l’on considère plus rentables...». A terme, c’est une capitale sans culture, et annihilée de son identité pourtant si riche et féconde que l’on retrouve sur des trottoirs d’asphalte aseptisés à coup de magasins fashion. A croire que pour les Rbatis le paraître semble l’avoir définitivement emporté sur l’être...Sur les 30 salles qui existaient dans les années 1980, une seule aujourd’hui «Le 7e Art» a survécu à l’hécatombe ! Les raisons avancées? Tout un ensemble d’explications conjoncturelles selon Abdellatif Ghazli : déjà à la fin des années 70 la taxation qui pesait sur les salles de projection étouffait les propriétaires qui étaient forcés de proposer des prix d’entrée dérisoires ( à partir de 5 DH). Pourtant, c’est l’inverse qui logiquement aurait dû se passer, compte tenu que dans les années 1980, le CCM enregistrait le chiffre record de 45 millions de tickets vendus pour tout le Maroc (englobant près de 250 salles). Autre raison avancée: la médiocrité des films projetés, qui n’a rien arrangé à la chronique d’une mort annoncée des salles de cinéma. Puis en 1984, nouveau fait majeur: cette fois c’est la libéralisation des prix de place qui vient ajouter une pierre de plus à l’édifice bancal. En effet, il faut signaler que les prix d’entrée étaient jusqu’alors régulés et contrôlés par le CCM. Mais après 1984, chaque salle est libre d’appliquer le prix qu’elle souhaite. Rappelons également que la moyenne nationale du prix d’entrée se situait autour de 5 DH et pouvait aller jusqu’à 50 DH ( tarif «balcon»). A partir de 1990-1991, la démocratisation du VHS, amorcée déjà dix ans plus tôt, va faire plier les salles de cinéma. Clubs vidéo, piratages sous le manteau et marché noir entretiennent ce feu de combustion. La suite nous la connaissons: DVD, paraboles et chaînes satellitaires explosent littéralement le marché du film à partir des années 1995 et finissent d’achever la fatale destinée des dernières salles obscures. Pas étonnant non plus que certains Rbatis désertent leur ville le week-end pour se ruer vers le mégarama de Casablanca. Devoir faire 100 km pour voir un film, devient tout bonnement surréaliste!


    Comment le «7e Art» a survécu

    Envers et contre tout, une seule salle a donc survécu: le «7ème Art». Serait-ce son nom lourd de sens qui lui a porté «la baraka» ? Plus sérieusement, comment fait cette salle pour perdurer ? Quelle est sa recette miracle? Quand nous l’interrogeons sur ces questions, Ghizlaine Jaïdi, cogérante de la salle, nous répond que le «7e Art » a depuis fort longtemps compris qu’il fallait miser sur la qualité des films « pour garder une certaine crédibilité aux yeux du public». Ghizlaine Jaïdi remet en cause le fonctionnement et le comportement de ces mêmes salles de cinéma: «C’est vrai qu’un ensemble d’éléments conjoncturels se sont enchaînés, mais nous, exploitants, avons-nous vraiment anticipé en changeant de fusil d’épaule? Avons-nous réellement fait quelque chose pour réagir?» La réponse est bien évidemment non, car ceux qui ont vu venir le danger à grands pas ont réagi immédiatement, soit en innovant, soit en se reconvertissant, mais la majorité s’en est accomodée. Faut-il pour autant croire aux jérémiades de certains qui se lamentent de cette situation ? La réponse est de nouveau non, car la vérité est que beaucoup ont largement profité de l’envolée immobilière pour «sacrifier» notre patrimoine culturel à très bon prix. En tout cas, deux personnes au moins, parmi nos nombreux interlocuteurs, auront su tiré les leçons du passé. Espérons seulement que leurs messages respectifs soient entendus, et retenus afin de ne pas répéter les erreurs du passé!


    Quelques faits marquants

    - 1956 : On dénombre 156 salles au Maroc - 1970 : 250 salles sont répertoriées- 1980 : Le CCM enregistre le chiffre record de 45 millions de tickets vendus - 1984 : Libéralisation des prix de place de cinéma- 1990-91 : Les films en VHS submergent le marché- 1995 : Explosion du marché des DVD, du cable et du satellite- 2005 : Fermeture du cinéma mythique «Zahwa»- 2007 : Le «Marignan» met à son tour les clés sous la porte- 2008 : «La Renaissance» et «le Colisée» baissent les rideauxFiras ADAWI-ADLER

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