×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Dossiers

"Si la réduction de la marge continue, les petites et moyennes entités risquent de disparaître"

Majid Bennani Smires, directeur général de Crédor

Par L'Economiste | Edition N°:602 Le 24/09/1999 | Partager

· Les professionnels tirent la sonnette d'alarme
· Le passage à 15,63% est le résultat de la double baisse du TIMP et du taux de marge, base de calcul du TEG

- L'Economiste: le TEG (taux effectif global) est revu chaque semestre par Bank Al-Maghrib, mais une baisse de 220 points de base était pour le moins inattendue, n'est-ce-pas?
- M. Majid Bennani Smirès:
Effectivement, cette baisse était inattendue et elle est de plus considérable, car le TEG a baissé de 259 points de base sur 2 années, c'est-à-dire d'avril 1997 à avril 1999, et dernièrement de 220 points de base, en un semestre, à savoir d'avril à octobre 1999. Ce qui est réellement considérable. Cette diminution s'explique par une double baisse du TIMP (Taux d'intérêt moyen pondéré), d'une part, qui est la base de calcul du TEG et du taux de marge, d'autre part, fixé par le Ministère des Finances à 60% au lieu de 70% précédemment. L'impact de cette réduction du TEG pénalisera en premier lieu le client, dans la mesure où les sociétés de crédit à la consommation n'octroieront plus de crédits de petits montants. Ceux-ci sont mathématiquement non rentables et partant cette clientèle sera purement et simplement rejetée vers le secteur informel des véritables usuriers. Elle pénalisera en second lieu les sociétés de crédit de petite ou moyenne structure dont la marge d'intermédiation se trouve sévèrement réduite.

- Comment voyez-vous l'évolution du secteur dans une perspective de baisse continue du TEG?
- D'abord, il est difficile de prévoir aujourd'hui la tendance d'évolution du TIMP, base de calcul du TEG. Base qui est d'ailleurs pour nous, professionnels, anachronique, car le TIMP se rapporte à des taux bancaires qui ne concernent pas du tout les sociétés de crédit et de financement. Si la baisse du TIMP continue, l'étau va se resserrer davantage sur les petites et moyennes structures, et seules s'en sortiront les sociétés de financement qui sauront négocier les conditions de leur refinancement, soit par des crédits bancaires, soit par des recours au marché financier.

- A votre avis, que peuvent faire les professionnels pour éviter un scénario aussi catastrophique?
- La meilleure réaction consiste à engager un dialogue franc et sincère avec les autorités monétaires qui semblent méconnaître ce secteur et sous-estimer le rôle socio-économique qu'il joue en soutenant la consommation des ménages, en renforçant leurs transactions commerciales, en leur permettant de s'équiper, d'accéder à un certain confort ménager, au bien-être, au loisir et même de réaliser des opérations de pure trésorerie. Il s'agit en outre de demander aux autorités de calculer le TEG sur la base des opérations de crédit spécifiques réalisées par l'ensemble de l'univers des sociétés de financement, à l'exclusion donc des opérations de crédit bancaire normal ou exceptionnel (crédits spot, prime rate, etc.). Il faut ainsi aller vers la logique qui consiste à fixer un taux sur la base d'opérations comparables.
D'ailleurs, l'APSF a réalisé, par l'intermédiaire d'un cabinet spécialisé, une étude exhaustive sur les conditions de fonctionnement et partant de structure du prix de revient et du prix de vente des opérations de crédit des sociétés de financement. Les conclusions de cette étude intéressante vont apporter un éclairage objectif aux autorités monétaires pour les amener à réviser leur position vis-à-vis de ce secteur. Je n'en dirai pas plus, le rapport est actuellement soumis à leur étude.

- L'expérience étrangère a démontré que le mieux était de différencier les taux maxima en fonction de l'activité, du volume ou même du montant du crédit. Pourquoi ne pas suivre cet exemple?
- Le rapport dont j'ai parlé tout à l'heure contient un certain nombre de recommandations et notamment relate les situations dans certains pays étrangers où, effectivement, les taux sont différenciés par nature d'activité et par montant de crédit. Je pense que les prochaines rencontres entre les autorités monétaires et l'APSF vont examiner en détail ce rapport et aboutir probablement à de nouvelles conditions de fixation du TEG.

- Plusieurs professionnels s'accordent à dire que, même à 15%, le taux ne résoudra en rien le problème du surendettement. Qu'en pensez-vous?
- Je suis tout à fait d'accord, le surendettement n'est absolument pas fonction du niveau du taux effectif global. Parce qu'en fait le surendettement provient de plusieurs failles techniques spécifiques à notre secteur:
- l'absence de fichier négatif, c'est-à-dire de fichier des clients contentieux ou impayés, contrairement au secteur bancaire mieux organisé dans la gestion des centrales de risque;
- l'absence de fichier positif, c'est-à-dire de déclaration des engagements de la clientèle, là aussi contrairement au secteur bancaire qui dispose de services centraux des engagements. Car aujourd'hui, il faut bien le souligner, le surendettement est proactif, c'est-à-dire beaucoup plus du fait du client que de celui de la société de crédit. Et convenons-en une fois pour toutes, je ne connais pas de société de crédit qui réaliserait des opérations de crédit dont elle saurait à l'avance qu'elles sont compromises, et c'est bien plus le défaut d'information sur l'endettement du client qui permet à celui-ci de se surendetter auprès de deux ou trois sociétés de crédit, en parfaite impunité.

- Une commission mixte a été constituée pour entreprendre une série de réunions avec les autorités monétaires afin de débattre des problèmes de la profession et essayer de trouver les solutions adéquates. A quand les résultats concrets?
- Plusieurs chantiers sont en phase de finalisation. Ces chantiers concernent notamment la mise en place d'une centrale du risque et les nouvelles relations avec la DRPP (Direction de la Rémunération et du Paiement des Fonctionnaires), par l'institution de nouvelles normes de domiciliation d'échéance et de gestion des crédits accordés aux fonctionnaires.
Dans tous les cas, les professionnels souhaitent travailler dans la transparence des opérations, dans le respect du client, qui commence par la mise en oeuvre de conditions appropriées de distribution de crédit et dans sa protection contre le démon du surendettement.

Propos recueillis par Hanaâ FOULANI


Le calcul du taux d'enfer


Les établissements de crédit sont tenus de rester dans les limites d'un taux plafond dit taux maximum des intérêts conventionnels des établissements de crédit. Il est plus connu comme le taux d'enfer ou le TEG (taux effectif global). Il s'agit d'un taux qui ne s'applique qu'au seul capital restant encore dû après le remboursement de chaque mensualité. Le TEG est déterminé semestriellement par Bank Al-Maghrib en majorant de 70% le taux d'intérêt moyen pondéré (TIMP) pratiqué au cours du semestre précédent par tous les établissements de crédit. Cette majoration a été revue à 60% récemment.

Hanaa FOULANI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc