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    Economie

    "Les taux d'intérêt ont monté trop vite et trop haut", nous déclare le Président de la BCM

    Par L'Economiste | Edition N°:49 Le 15/10/1992 | Partager

    Première des banques privées et deuxième des banques de dépôts, la Banque Commerciale du Maroc peut s'offrir le luxe de dire à haute voix ce que d'autres banquiers préfèrent réserver aux conversations "off the record", pour commenter les choix de la politique monétaire. Le Président, M. Abdelaziz Alami, avec humour, pèse ses analyses tout en se refusant à être pessimiste. Les autorités monétaires, selon lui, sont allées vite et fort dans le décloisonnement comme dans le désencadrement, sans suffisamment discipliner le Trésor et en prenant du retard pour la création d'un marché financier.

    - L'Economiste: Comment une banque réagit-elle dans cette crise?
    M. Abdelaziz Alami: Je ne peux pas parler au nom de toutes les banques, mais ce qui me paraît important c'est de revenir sur les métiers de base de la banque, chercher des ressources, prêter de l'argent et le faire bien. Il faut, entre autres, provisionner davantage pour sécuriser l'activité. A la BCM, nous passons à 1% de provisions, soit à peu près le double de ce que nous faisions autrefois.

    Décloisonnement?Trop vite

    - Mais les banques sont accusées d'avoir poussé à la roue de la crise actuelle...
    - C'est aller un peu vite en besogne. Les banques ont prêté, c'est vrai, car le marché était et est demandeur. Est-ce trop? Je n'en suis pas certain. A mon avis on est allé un peu vite dans le décloisonnement, qui est une opération à préparer de longue main. On en a vu, par exemple, les résultats avec l'assèchement des financements du CIH.

    Le CIH a été, du jour au lendemain, banalisé au sens où il a dû se transformer en banque de dépôts. Ce n'était pas son métier, il lui fallait du temps pour apprendre. De l'autre côté, les banques de dépôts étaient censées venir sur ce marché, mais elles ne pouvaient pas le faire aussi rapidement que le souhaitaient les autorités monétaires. Pendant des années, le domaine du financement immobilier appartenait exclusivement au CIH et les banques de dépôts maîtrisent encore mal ce secteur. En tout cas on ne peut pas les accuser d'avoir alimenté la spéculation immobilière, et surtout pas la BCM.

    - C'est essentiellement au niveau de la croissance de la masse monétaire que les autorités monétaires adressent des reproches aux banques.
    - Vieille querelle à laquelle on donne trop d'importance! A mon avis l'évolution de la masse monétaire n'est pas un indicateur suffisant. Examinons les contreparties de cette masse monétaire.
    Nous avons une croissance qui vient de plusieurs postes. Nous avons d'abord les contreparties des réserves de changes, réserves qui augmentent, ce dont il faut se féliciter. Nous avons ensuite ces fameux crédits à l'économie. Il fallait s'attendre à de fortes croissances après les quinze années de frustration monétaire que nous avons traversées. A mon sens, l'expansion des crédits à l'économie n'avait rien d'excessif au cours de ces derniers mois. Nous avons eu un rattrapage du manque de crédit ou même des dénis de crédits que nous avons subis sous les quinze ans d'encadrement.

    Autorités monétaire imprudentes?

    - Ce qui voudrait dire qu'il faut maintenant "rattraper le rattrapage" en serrant les vis?
    - Ce n'est pas ce que je dis. Je voudrais aller un peu plus loin sur cette question de croissance des crédits à l'économie: une partie de cette croissance ne peut pas être considérée comme un emballement dans la mesure où nous avons aujourd'hui une meilleure transparence comptable avec la transformation de certains crédits par signature en crédits par décaissement. Je pense à la réduction des termes des cautions en douane et aux billets de trésorerie. Ce ne sont pas des masses négligeables et les autorités monétaires ont poussé à ces transformations, peut-être un peu imprudemment.

    - Et les créances sur le Trésor?
    - Voilà des années et des années que l'on dit que la masse monétaire est mal répartie entre les besoins de financement de l'économie et ceux du Trésor. Je n'ai pas le sentiment qu'elle soit sur la voie d'une meilleure répartition. Il ne faut pas l'oublier et ce, sans vouloir faire des reproches à qui que ce soit.

    - Si la croissance de la masse monétaire n'est pas suffisamment significative, que penser du taux d'intérêts pour la conduite de la politique de crédit?
    - On a d'abord tout fait pour que 'argent devienne rare et cher, certes parce qu'il est rare mais aussi parce que le Trésor offre des taux très fors. Cela aboutit à gêner l'économie au quotidien. J'ai peur que les taux actuels ne réduisent le volume des investissements. Pour moi, les taux ont monté trop vite et trop haut. Je ne vois pas de forte reprise avant un an, si la récolte est bonne.

    Hésitations devant l'investissement

    - Sentez-vous des hésitations de vos clients devant l'investissement?
    - Bien sûr.

    - Vous n'étiez pas obligés de suivre le mouvement. Les règles ne fixent qu'un taux plafond et rien ne vous interdit de vous tenir en dessous.
    - Les banquiers n'ont pas le choix. Quand votre taux d'entrée des ressources monte, vous devez hausser votre taux de sortie des crédits. Et puis il y a la montée des frais généraux...

    - Mais les banques sont accusées de faire des bénéfices sur la crise.
    - Si c'était vrai je ne crois pas que ce serait une bonne politique. En tout cas, c'est faux pour la BCM.

    Ce n'est pas le style de mon Conseil d'Administration d'exiger des résultats à tout prix, car il y va de l'avenir de la banque, de la banque bien comprise.

    - Que vaut l'argument de Bank Al Maghrib selon lequel la rémunération d'une partie de la masse monétaire va permettre de détendre le taux d'intérêt en améliorant le compte d'exploitation des banques?
    - C'est un argument séduisant, pour le banquier s'entend, mais je ne sais pas si cela sera efficace pour détendre les taux.
    En fait, tout dépendra de l'usage que fera la banque des produits de la rémunération d'une partie de la réserve monétaire.
    Ils peuvent effectivement servir à réduire la pression sur le compte d'exploitation, mais ils peuvent aussi aller alimenter la mécanique de la hausse des taux.
    Il n'est pas exclu que des banquiers jugent possible de payer plus cher leurs ressources. Je suis partisan de la première solution.

    Les mesures prudentielles vont alourdir les coûts

    - Pourquoi le feriez-vous, au risque de perdre des ressources?
    - Parce que c'est plus sage et plus moral.
    Actuellement, la marge du banquier est de deux points, ce n'est pas exagéré, au contraire. L'application des mesures prudentielles, qu'on nous annonce depuis longtemps, sera autrement plus puissante pour augmenter les charges que la rémunération de la réserve pour les abaisser. Ces mesures prudentielles engagent le banquier dans une course perpétuelle: augmenter les fonds propres qu'ils faut rémunérer, donc augmenter les ressources et les prêts, puis augmenter les fonds propres en regard des opérations, et ainsi de suite.

    - Ces dispositifs réglementaires sont cependant rendus nécessaires d'abord pour s'aligner sur ce qui se fait dans le monde et ensuite pour éviter les imprudences des banques.
    - Je ne sais pas si l'on peut dire que les banques sont imprudentes. La période de désencadrement ne constitue pas un délai assez long pour juger de la qualité des crédits consentis. On ne peut pas savoir si les mauvais crédits ont augmenté plus vite, moins vite ou aussi vite que la masse totale des crédits qui, je le souligne, n'a pas augmenté autant qu'on le dit.

    Sous-capitalisées ?
    Qu'est-ce que cela veut dire?

    - Au niveau des autorités monétaires, on ne se fait pas faute de critiquer le comportement des banques qui prêtent toujours aux mêmes entreprises ou personnes.
    - On exagère. Bien sûr que les banques prêtent à ceux qu'elles connaissent et il n'y a rien de péjoratif à cela.

    Il est hautement souhaitable que les banques élargissent leur clientèle, tant du point de vue régional que social ou sectoriel. Mais cela ne peut pas se faire en si peu de temps.

    - Il demeure ce reproche selon lequel les entreprises sont sous-capitalisées et que les banques ont jusqu'à présent couvert ces fragilités.
    - Je voudrais bien qu'on m'explique ce qu'est une entreprise sous-capitalisée. Si on me répond que cela dépend de l'opération, du secteur, de l'entreprise et d'un tas d'autres choses, alors je m'interroge sur la valeur de cette notion.

    Les entreprises se re-capitalisent. Est-ce que cela sera mieux qu'avant? Il n'y a pas de marché financier au Maroc, tout le monde le sait, il est naturel que le crédit bancaire se substitue en partie à cette carence.

    Jusqu'à ces dernières années cela a bien fonctionné, tant qu'on avait des taux bas.

    Aujourd'hui les taux sont hauts, l'épargne liquide est sur-rémunérée, en premier lieu par le Trésor. Avec un taux net d'impôt à 13%, il est probable que le Maroc batte un record mondial dans ce domaine, mais je ne sais pas si cela est bien normal.

    Propos recueillis par
    Nadia SALAH
    et Nasreddine EL EFRIT

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