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" Pour un marché financier, il y a des étapes bien précises " : Entretien avec M Alain de Manaydier, expert financier

Par L'Economiste | Edition N°:90 Le 29/07/1993 | Partager

M.Alain De Manaydier, conseiller financier de l'SUSAID, insiste sur la nécessité de mettre en place un "réel" marché interbancaire, le premier maillon d'un marché financier.

- L'Economiste: Vous êtes de c qui parlent de création au lieu de restructuration du marché financier. Est-ce à dire qu'il n'en existe pas encore?

- M. De Manaydier: Je ne prends pas exactement cette position, mais je considère que l'on ne peut pas sectorialiser le marché financier. Le marché financier est un tout par définition. Parce qu'à l'intérieur de ce marché, vous avez le marché interbancaire, le marché monétaire, le marché monétaire des instruments de la dette privée et des instruments de la dette publique, puis le marché des capitaux. Le marché des capitaux ne peut pas fonctionner tout seul.

- Pourquoi?

- Depuis que dans les milieux financiers internationaux le Maroc est qualifié de marché pré-émergeant, beaucoup de banquiers d'affaires sont venus se renseigner sur les possibilités d'investissement. En effet, les banques d'affaires veulent se situer, prendre position sur un marché avant que ce dernier n'existe. On a vu cela dans les pays d'Amérique latine où ont été créés des fonds mutuels pour bénéficier de l'avantage que représente le démarrage d'une bourse: on peut y acheter à bon prix des actions avec bien sûr l'idée de réaliser des plus values énormes.

Mais le grand problème est que les investisseurs internationaux veulent avoir une flexibilité dans leurs investissements d'une part et d'autre part, ils veulent avoir la possibilité de rendre liquides leurs investissements en 24 heures. Ce sont des gens qui analysent continuellement leurs porte feuilles, de même que toutes les tendances de leur environnement, qu'elles soient politiques ou économiques.

Ils sont extrêmement sensibles aux conjonctures. Un marché des capi taux, seul, ne peut pas faire leur affaire. Les investisseurs ne peuvent pas venir s'il n'y a pas de marché monétaire.

- Comment devrait-on créer ce marché?

- Il faut des instruments qui aillent de 24 heures à un an. Une fois ces instruments créés, le marché est pratiquement mis sur pied. Tout ce qu'il faut, ce sont des acteurs. Je suis persuadé qu'à partir du moment ou les mécaniques seront mises en place, les intermédiaires financiers vont se créer.

Pour commencer, il faut créer un marché interbancaire. Un marché est un centre d'échanges publics. Il faut que le public soit informé de manière à pouvoir participer. Il faut décloisonner ce marché interbancaire quand il existera, c'est-à-dire qu'il ne doit pas être la chasse gardée des banques. Il faut permettre aux entre prises d'y participer. A l'heure actuelle, les personnes morales n'ont pas le droit de recevoir un intérêt sur des investissements à moins de 30 jours. Le résultat est que les banques profitent d'une masse énorme d'argent qui n'est pas rémunérée pendant ce temps. Il faut que le trésorier de la RAM, de la Samir ou de l'OCP...puisse 24 ou 48 heures. Vous imaginez, à partir du moment où l'on décloisonne, où l'on permet d'autres intermédiations que celles des banques, l'impact que tout cela aurait sur les taux d'intérêt. Une fois qu'on aura créé ce marché interbancaire, on aura un taux de référence.

Actuellement personne ne connaît le taux réel de l'argent dans ce pays. Le Trésor a décidé de donner 13%. Pourquoi ce taux et pourquoi pas l5 ou 10%? Il n' y a aucun pays au monde où le revenu réel net d'impôts est aussi élevé qu'au Maroc. Dans les pays industrialisés, les études statistiques ont montré que sur 50 ans les investisseurs ont reçu au maximum 3%. Aux Etats-Unis, je n'ai jamais réussi (bien que ça soit mon métier) à gagner plus de 1% sur des investissements monétaires.

A l'heure actuelle, aux Etats-Unis, les bons du Trésor sont à 2,80/ 2,85% et l'inflation de 3,5%. Après, vous payez 33% d'impôts. Dans vos investissements vous perdez 1,5 à 1,75%. Au Maroc, on gagne 7 à 8%. C'est l'absence de marché qui explique ce phénomène.

- Est-ce la seule explication?

- Il y a aussi beaucoup de dirigisme, à commencer par le plafond des taux d'intérêt. Ce plafond fausse complètement tout marché qui pour rait exister et qui n'existe pas encore. Le fait que les banques financent 40% des besoins publics au moyen de la réserve monétaire et des effets de plancher à des taux qui subventionnent le Trésor, fausse tout le système.

Dans de telles conditions, les banques ne peuvent pas financer l'économie. Elles se trouvent à la fin de la journée avec seulement 35% de leurs actifs dont elles ont la libre disposition.

Le résultat c'est que l'on sert les grands noms, soit les grandes entre prises, soit les gens qui ont des relations.

Alors que si le Trésor par exemple se finançait entièrement sur le marché, il y aurait d'abord une plus grande liquidité de son papier. On aurait en suite un vrai taux. On saurait ce que le Trésor doit vraiment payer.

Les banques, ayant plus de dispositions de leurs actifs, pourraient chercher à prêter à plus d'entreprises. S'il n'y avait pas ce taux maximum, les banques pourraient être récompensées pour le risque qu'elles prennent. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, puisqu'on prête pratiquement au même taux à la RAM, à la Samir et aux Phosphates qu'au bureau de ta bacs du coin.

Pourquoi voulez-vous qu'une ban que aille prêter à une petite entreprise alors qu'elle peut le faire à une grande au même taux et sans souci. S'il n'y avait pas de plafond, de petites entre prises qui ont des créneaux porteurs emprunteraient à 20, 22 ou 25 comme dans tous les pays du monde.

Sur quel point de votre mission portez-vous aujourd'hui le plus d'attention?

Ma mission est d'aider à la création d'un marché financier, lequel commence par un marché interbancaire. Le Trésor a annoncé qu'il voudrait passer d'un système de réserve monétaire à un système d'open market. L'open market est le marché monétaire sur lequel la Banque Centrale intervient pour contrôler la masse monétaire en vue de lutter contre l'inflation, pour déterminer le taux de conversion de la monnaie. La Banque Centrale joue toute la journée avec les taux d'intérêt en achetant ou en vendant sur le marché monétaire ou en faisant des prises en pension. Le système de prise en pension étant plus utilisé par les Européens que par les Américains.

Donc, l'open market, c'est surtout une intervention par utilisation du marché pour acheter ou vendre des obligations à court terme selon que l'on veut augmenter ou baisser les taux d'intérêt au lieu de se servir de la réserve monétaire, instrument extrêmement lourd. Cela permet à une Banque Centrale d'établir une politique monétaire pour l'année, un taux de croissance de la monnaie qui corresponde au taux de croissance de l'économie compte tenu du taux d'inflation que vous voulez bien accepter et étant donné le niveau d'exportation que vous visez, ce niveau influençant le taux de votre monnaie. En outre, cela vous permet d'avoir un outil d'une grande flexibilité au jour le jour, inscrit dans les paramètres de votre politique monétaire.

Une bourse qui démarre, c'est beaucoup de profits à faire.
Il reste trop de dirigisme et il profite surtout aux grosses entreprises

Propos recueillis par Alié Dior NDOUR et Mostapha Darouichi

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