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Economie

Qui bloque le fonctionnement des nouveaux abattoirs de Casablanca ?

Par L'Economiste | Edition N°:896 Le 16/11/2000 | Partager

. La livraison provisoire des abattoirs est faite depuis le 12 septembre 2000. Un flou entoure la désignation du gestionnaire. Le remboursement du prêt accordé à la CUC pour le financement est exigible depuis la mi-2000. Les abattoirs ne fonctionnent pas encore. Des zones d'ombre accompagnent le dossierIl ne faut pas choquer les Casablancais. C'est sous ce prétexte que la réalité des abattoirs actuels de Casablanca a été, des années durant, dissimulée aux habitants de la métropole. Une réalité triste. Le minimum d'hygiène et de protection sanitaire n'y est pas observé (le contrôle vétérinaire est toutefois assuré). De plus, en 1983, la viande produite par les abattoirs de Casablanca a été interdite à l'export vers les pays de la CEE pour non-conformité avec les normes de salubrité et d'hygiène en vigueur en Europe. En 1985, il y a quinze ans donc, et selon Dr. Abdelaziz Draam, chef du Service Vétérinaire Communautaire de la Wilaya de Casablanca, une commission nationale a établi que les abattoirs de la capitale économique ne sont pas con-formes aux critères sanitaires (risques de contamination volatile et humaine). Cette situation a été la conséquence d'une lente et constante dégradation dûe au manque de maintenance des bâtiments, installations et matériels et à l'insuffisance des équipements.Construits en 1922 pour le traitement de 10.000 tonnes de viandes par an, les abattoirs de Casablanca avaient fait l'objet de deux extensions en 1956 et 1962 pour porter leur capacité à 20.000 tonnes. Ces abattoirs sont aujourd'hui hors course. Près de 1.200 bêtes (ovins et bovins, soit 26.000 tonnes par an) y sont quotidiennement traitées.Quelque 3.000 personnes (chiffre non officiel) vivent d'une manière ou d'une autre de ces abattoirs. Aucune séparation entre secteur propre et souillé, le minimum classique, n'est opérée. Aussi, le risque des pollutions volatile et animale est-il très fort. Des chiens circulent à l'intérieur même des abattoirs et les toits ne sont pas toujours bien couverts. Les flaques de sang couvrent toute la surface et le contact entre les ouvriers et la bête est direct. Imaginons trois mille hommes et 1.200 bêtes concentrés dans la même zone.Pour remédier à cette situation, le schéma directeur des abattoirs, approuvé en 1987, avait prévu la construction de nouveaux abattoirs pour le Grand Casablanca.La conduite de cette affaire est une succession de désordres et de retards. Trois ans après le schéma directeur, en janvier 1990, un concours ouvert international, pour l'étude et la construction des nouveaux abattoirs de Casablanca, clés en main, a été lancé par la Communauté Urbaine de Casablanca (CUC). Trois candidats avaient soumissionné. Il s'agit de Ramon Vizcaino, Bouygues et LV Salamanca. Le groupement retenu a été celui conduit par Ramon Vizcaino. Pour le financement de ce projet, la CUC avait obtenu un crédit de 69,18 millions de Dollars, octroyé par le gouvernement espagnol. Les entités financières retenues sont l'Instituto de Crédito Oficial (ICO pour 50%) du crédit) et BBV (Banco Bilbao Vizcaya: 50%). Sept ans plus tard, les travaux sont enfin lancés. Ils sont achevés en janvier 2000 et la livraison provisoire des abattoirs a été effectuée le 12 septembre dernier. Les termes du prêt dont a bénéficié la CUC prévoient 10 ans de grâce pour la partie financée par ICO avec un taux d'intérêt de 0,95% et un remboursement étalé sur 30 ans. Pour la partie financée par BBV, le taux d'intérêt est de 7,13% avec une durée de remboursement fixée à 10 ans. La première annuité de ce prêt est exigible depuis la mi-2000.Seulement, le transfert des activités vers les nouveaux abattoirs n'a pas encore été effectué. Le contrat définitif désignant, après appel d'offres, la société Abatca comme gestionnaire du projet n'est pas encore finalisé. Demeure qu'un grand flou enveloppe ce dossier. Aux services de la Direction des Abattoirs, l'on indique qu'aucun gestionnaire n'a encore été désigné. De son côté, M. Manuel Ramirez, administrateur délégué de Ramon Vizcaino, affirme que sa société est intéressée par la gestion des nouveaux abattoirs. M. Abdelaziz Draam, chef du Service Vétérinaire des Abattoirs, affirme que «les nouveaux abattoirs seront opérationnels dans six mois et le nom du gestionnaire connu dans deux mois«. Aucun éclaircissement à ce sujet n'a pu être obtenu auprès de la Communauté Urbaine. A cette situation, s'ajoute le refus de déménagement des «usagers« des anciens-actuels abattoirs vers le nouvel établissement. En fait, leur refus n'est pas catégorique. Ils conditionnent leur déménagement à certaines adaptations du nouvel établissement à leurs habitudes de travail. Selon les représentants des corps de métiers actifs à Roche Noires, des réunions avec les représentants des sociétés Abatca et Ramon Vizcaino ont été tenues au mois de juillet dernier. «Nous leur avons expliqué notre point de vue et négocié, en tant que professionnels, le côté technique du fonctionnement des abattoirs«, déclarent-ils à L'Economiste. Le seul corps de métier qui s'oppose vraiment au transfert est celui des chevillards! «Si déménagement il y a, nous n'accepterons d'y aller que si la gestion est confiée à la CUC elle-même et non pas à une entreprise!«, déclare M. Ben Brik, représentant des chevillards!A ce niveau, quelques questions légitimes s'imposent: pourquoi la Direction des Abattoirs n'a-t-elle pas sensibilisé, dès le lancement du projet, les usagers? Pourquoi les adaptations réclamées par les usagers n'ont-elles pas été prévues depuis le lancement de l'appel d'offres? Notons à ce niveau que M. Moujid, directeur des Abattoirs de Casablanca est en même temps secrétaire général de la CUC. C'est sans doute ce qui explique, malgré ses multiples demandes, pourquoi L'Economiste n'a pas pu joindre M. Moujid...Aussi, une proposition pour l'encadrement du transfert des usagers a-t-elle été repoussée par les responsables de la CUC. La mission devait être assurée par la société marocaine IVP dont le responsable, M. Marsile, est à la fois ex-directeur des Abattoirs de Casablanca et ex-directeur de l'Elevage au Ministère de l'Agriculture. La réalisation de cette mission aurait pu débloquer le faux problème des usagers, (3.000 personnes qui ont accès aux locaux à des titres divers (chiffre non officiel)), qui vivent des activités des actuels abattoirs. Cependant, la question qui se pose est la suivante: Peut-on mettre quotidiennement en péril la santé de plus de 4 millions de Casablancais pour un faux problème social dont les solutions doivent être trouvées ailleurs?


Contamination du réseau d'assainissement

Les nouveaux abattoirs de Casablanca couvrent une superficie de 89.000 m2 dont 25.000 m2 construits. Sa capacité annuelle est de 51.000 tonnes de bovins, 24.000 tonnes d'ovins et 4.200 tonnes de porcins, équins et asins. Soit un total de 79.200 tonnes (trois fois la production actuelle des abattoirs). Son architecture verticale tranche avec celle des abattoirs actuels (horizontale). Selon des sources proches du dossier, la mise en marche des nouveaux abattoirs mettra un terme à l'abattage clandestin.Selon les représentants de la société Ramon Vizcaino, les abattoirs sont construits conformément aux normes d'hygiène de la CEE. Le complexe comprend quatre bâtiments: un abattoir pour les ovins et bovins, un abattoir pour les porcs, équins et asins, une unité industrielle et une station d'épuration des eaux. Selon M. Carlos Bofill de la Cierva, chef du projet, la contamination des anciens abattoirs au réseau d'assainissement est équivalente à celle de 60.000 à 80.000 personnes.L'unité industrielle comprend deux parties. La première pour le traitement de déchets et sous-produits pour la production de la farine de viande à 50% de protéine. Sa capacité de traitement est de 90 tonnes par semaine. La deuxième partie de l'unité industrielle est composée d'une unité de traitement de sang pour la production de la farine de sang à 90% de protéine. Cette partie va sans doute faire l'objet de multiples polémiques. D'après les représentants de Ramon Vizcaino, une partie de la production (viande et peaux) sera valorisée sur place.Les nouveaux abattoirs devront assurer l'emploi direct de 360 personnes contre 310 fonctionnaires et agents actuellement. Et personne ne pourra se greffer sur le processus. . La mise à niveau bloquéePour mettre à niveau leur parc, les transporteurs de viandes à Casablanca ont depuis une année déposé une demande pour la constitution d'une coopérative. L'évolution de leur organisation vers une coopérative permettra, notamment, l'équipement de la filière en camions frigorifiques. Les transporteurs attendent depuis près d'un an l'agrément du Ministère de l'Intérieur! Les mauvaises langues racontent que l'autorisation ne leur a pas été accordée afin d'user du caractère archaïque de leur filière comme argument contre le déménagement dans les nouveaux abattoirs...Ce qui paraît bien étrange! . Bizarre, bizarre!Dans cette affaire des abattoirs, les chiffres sont vraiment bizarres, mais apparemment, cela n'inquiète pas grand-monde.Les abattoirs étaient prévus pour 20.000 tonnes de viandes du Casablanca de 1962. 28 ans plus tard, en l'an 2000, ces mêmes abattoirs traitent 26.000 tonnes pour 5 millions d'habitants. C'est bizarre.Plus bizarre encore: la consommation de viande est de 10 kg par habitant et par an en moyenne dans tout le pays. Les Casablancais seraient-ils devenus majoritairement végétariens puisqu'ils ne mangent en moyenne qu'un gramme par jour de viande? On doit le croire, puisque la consommation n'y est que de la moitié de la moyenne nationale! Comment diable se fait-il qu'il n'y pas partout des magasins spécialisés pour les végétariens?Plus fort encore: les 4.000 boucheries déclarées à Casablanca sont pleines de viandes, tous les jours. Chacun peut le constater. Mais les chiffres officiels disent que les boucheries sont vides. Selon eux, chaque boucherie*- n'aurait droit qu'à un dixième de bovin et un tiers d'ovin par jour! Aniss MAGHRI

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