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    Politique Internationale

    Qu'est-ce qui fait les "miracles économiques"? : Alain Peyrefitte analyse les mentalités

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager

    Du "miracle" en économie; Leçons au Collège de France
    Alain Peyrefitte
    Editions Odile Jacob; mai 1995

    Il y a des mentalités favorables au développement économique et d'autres qui ne le sont pas; et c'est cela qui explique le développement ou le sous-développement. Le premier Marocain venu n'a pas le moindre état d'âme en disant cela: il s'estime bien placé pour pouvoir juger. Les Occidentaux, eux, prennent d'infinies précautions de peur de se faire accuser de racisme. C'est ce que fait l'académicien Alain Peyrefitte, ancien ministre de la Vème République française, membre aussi de l'Académie des Sciences morales et politiques, qui vient de rassembler dix de ses leçons au Collège de France, portant sur les "miracles" économiques. Un autre ouvrage, la suite, est en préparation.
    Le lecteur sent bien que l'auteur gêne sa réflexion, avec sa peur de passer pour raciste; mais mentalité oblige, Alain Peyrefitte organise ses observations autour d'une logique cohérente. Et c'est cela que le lecteur marocain se délectera de lire, car le style a l'élégance de l'académicien, la netteté du scientifique.
    Peyrefitte se propose d'introduire un nouveau facteur économique, à côté du capital (ou des ressources naturelles) et du travail (ou des ressources humaines): les mentalités. En termes savants, les mentalités sont le domaine d'étude de l'éthologie. Cette discipline a mauvaise presse dans le monde universitaire mais c'est la matière première des hommes politiques, bien qu'aucun d'entre eux, sous aucun ciel, n'ose évoquer le terme.

    Peyrefitte se moque de la chronologie. Pour lui, il est aussi intéressant d'observer les Phéniciens que les Hollandais du XVIème siècle ou les Tamouls d'aujourd'hui. Les premiers ont inventé le commerce mais ont raté l'occasion d'inventer le marché avec de la monnaie, concept qui est la base du développement. Les Hollandais du XVIème sont, pour l'auteur, la première nation à avoir réuni les éléments composant le "tiers facteur immatériel", c'est-à-dire les mentalités, les façons dont les gens ou groupes de gens agissent et réagissent. L'auteur dresse même la combinaison (Peyrefitte dit la "combinatoire") des comportements qui déterminent le développement et le non-développement. Chacune comporte 12 éléments.
    Dès les premières pages, l'auteur s'attache à ces listes, qu'il réemploie donc tout au long de ses leçons. Evidemment, et bien que Peyrefitte ne cite jamais le Royaume, l'il marocain va immédiatement comparer le Maroc et les 12 caractéristiques du non-développement, puisque le PNB national par tête est deux fois et demie inférieur à ce qu'il faudrait pour que Peyrefitte classe le Maroc dans la zone grise des pays moyens.
    A l'aune de ces listes, le Maroc a quelques traits qui se rapprochent grosso modo de la combinatoire du développement: l'acceptation et la recherche de la nouveauté, une organisation politique perçue comme légitime par le plus grand nombre, l'autonomie de la sphère économique par rapport au politique et une violence maîtrisée par un pouvoir policier et judiciaire reconnus comme légitimes. Pour huit autres critères, nous sommes au-dessous de la moyenne ou encore avec un zéro pointé. Autrement dit, à l'aune de Peyrefitte, le futur dragon est encore un petit lézard.

    Les mentalités n'ont pas de fatalités


    Dans la liste du non-développement, le score est malheureusement meilleur: santé précaire et acceptée comme une fatalité; forte natalité assortie d'un statut inférieur pour les femmes; tronçonnement social sans communication et des systèmes de formation compartimentés; concentration des richesses; peu ou pas de mobilité sociale et professionnelle; élitisme de la formation et de l'information.
    Selon Peyrefitte, "il n'y a pas de fatalité", ni un "esprit des peuples" qui ferait ou ne ferait pas le développement. L'Histoire est pleine de peuples développés qui cessent de l'être et de peuples non-développés qui le deviennent. L'auteur voudrait donc que l'étude des mentalités cesse de se cantonner à l'étude des freins à la modernisation pour s'occuper de la "face cachée du facteur mental (...), facteur concret du développement". Alain Peyrefitte invente le concept de "éthos (mentalité-comportement) de confiance compétitive": "la confiance des membres d'une société les uns dans les autres et de tous dans leur avenir commun". Lyrique, l'auteur estime que l'éthos de la confiance compétitive est "le nom propre du développement" et le facteur réellement explicatif des miracles économiques.

    Nadia SALAH.

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