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International

Quelles sont les grandes économies émergentes?
Par Nouriel Roubini

Par L'Economiste | Edition N°:3131 Le 19/10/2009 | Partager

Les idées conventionnelles survivent rarement à un bon test de stress, or peu d’épreuves ont été aussi stressantes que celles qui ont secoué l’économie mondiale lors des 24 derniers mois. Elles ont provoqué une remise en question bienvenue, éclairant d’un regard neuf des notions issues de périodes prospères telles que l’intégration de marchés opaques, le statut intouchable du consommateur américain ou l’intérêt de la dérégulation.L’idée toute faite selon laquelle les pays du BRIC (le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) vont de plus en plus donner le ton à l’économie mondiale dans les années à venir a été relativement épargnée. Ce concept des pays du BRIC menant l’économie est issu d’un rapport de Goldman Sachs datant de 2003 et il n’est pas infondé: exact au trois quart, c’est l’une des meilleures prévisions économiques du moment.Néanmoins, la crise économique qui a débuté en 2008 a montré que l’un des quatre pays du BRIC est un imposteur. Mettons côte à côte, les statistiques majeures des pays du BRIC et il est d’une triste évidence que l’un d’eux est hors jeu.La faiblesse de l’économie russe et de ses banques et entreprises endettées jusqu’au cou - masquée ces dernières années par les revenus exceptionnellement élevés tirés du pétrole et du gaz naturel - est apparue au grand jour quand l’économie mondiale s’est mise à chanceler. Avec ses infrastructures vieillissantes, la Russie est encore davantage disqualifiée en raison de sa politique revancharde et inadaptée et d’une démographie en déclin quasiment terminal.Malgré la légère remontée du prix des matières premières lors des six derniers mois, la production du secteur énergétique russe décline depuis quelques années, en partie à cause des craintes d’expropriation des investisseurs étrangers. Le fonds souverain russe, indispensable pour stimuler une économie de plus en plus centralisée, fond rapidement. Si cette tendance ne s’inverse pas, les réserves russes pourraient s’épuiser. L’atterrissage de la Russie a donné naissance à un jeu de société parmi les universitaires, les experts en politique étrangère et les investisseurs avisés, à qui la remplacera dans le club des grandes économies de marché émergentes. Une série d’acronymes ont été proposés, allant du douteux BRICET (en ajoutant l’Europe de l’Est et la Turquie), jusqu’au BRICKETS (en surajoutant au groupe précédent la Corée du Sud), en passant par l’audacieux BRIMC si l’on inclut le Mexique au quatuor.La Russie y conserve sa place, bien qu’elle soit économiquement au bord du gouffre. Si elle détient le plus grand arsenal nucléaire de la planète (quoique vieillissant) et un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU (et le droit de veto qui y est attaché), elle est en bien plus mauvaise situation que les autres pays du BRIC.

Régime jumeau diabolique
Du point de vue de son potentiel et de ses fondamentaux économiques, l’inclusion de la Corée du Sud serait bien plus justifiée. C’est une puissance économique évoluée dont la principale faiblesse est le risque d’écroulement de son régime jumeau diabolique du nord, ouvrant les vannes à un flot de réfugiés affamés. L’inclusion de la Turquie serait tout aussi justifiée - avec son solide secteur bancaire, son marché intérieur florissant, son importance croissante au Moyen-Orient, le développement de sa politique énergétique, son appartenance à l’OTAN, sa candidature à l’UE et ses liens de nature ethnique à travers l’Asie centrale. Peut-être le pays en meilleure position pour se joindre au BRIC est-il l’Indonésie, le premier pays musulman de la planète par sa population, avec une classe moyenne en croissance rapide, une démocratie relativement stable et une économie qui brille en Asie malgré la récession mondiale. Du point de vue américain, l’Indonésie remplacerait avantageusement la Russie qui a récemment rivalisé avec le Venezuela pour mener la cohorte qui applaudit à un «déclin américain». Par ailleurs, l’Indonésie fait preuve de résilience, non seulement sur le plan économique, mais aussi en tant que nation. Malgré sa diversité ethnique et la myriade d’îles éparses qui la composent, le pays a réussi une transition rapide après la dictature militaire et s’est relevé d’une myriade de défis et de revers, notamment la crise financière asiatique en 1997, le tsunami en 2004, l’émergence du radicalisme islamique et des troubles sur le plan intérieur. Même si son PIB par habitant reste faible, c’est le potentiel d’un pays qui compte du point de vue économique, et de ce point de vue, l’Indonésie brille. Elle est moins dépendante des exportations que ses voisins asiatiques (sans mentionner la Russie) et son marché des matières premières (le bois, l’huile de palme et le charbon notamment) attirent d’importants investissements étrangers. Par ailleurs, le gouvernement de Jakarta a pris nettement position contre la corruption et a commencé à s’atteler aux problèmes de structure. Même la tendance démographique est favorable à l’Indonésie, avec une population de 230 millions d’habitants, elle est déjà le quatrième pays le plus peuplé de la planète – 80 millions de plus que la Russie, soit l’équivalent de la population de l’Allemagne. Mais les idées simples ont la vie dure et la Russie a agi de manière à faire apparaître le concept actuel du BRIC comme une réalité irréversible. Dans le secteur privé, les fonds indiciels appuyés sur le BRIC ont proliféré, bien que Goldman Sachs ait radicalement couvert sa propre mise sur les pays du BRIC en introduisant une nouvelle liste de 11 pays dans le débat, le «Next 11» ou N-11. Elle comporte le Bangladesh, l’Egypte, l’Iran, le Mexique, le Nigéria, le Pakistan, les Philippines, la Corée du Sud, la Turquie et le Vietnam qui ont été identifiés par le radar économique de Goldman Sachs. Avec les quatre pays du BRIC, ils constituent probablement un premier tiers logique et approprié des économies émergentes.La Russie renâcle à l’idée d’être rétrogradée et les responsables américains semblent éviter de s’engager dans un débat sémantique. Il n’est pas surprenant que la Russie ait pesé de tout son poids pour que le sommet du BRIC ait lieu chez elle et qu’elle ait payé l’essentiel de la note. Pourquoi risquer d’être contesté trop tôt?

Premier «Sommet du BRIC»

L’ossification du BRIC en une institution internationale de facto a gagné beaucoup en crédibilité avec la rencontre des dirigeants des quatre pays (en Russie naturellement, à Yekaterinburg) pour le premier «Sommet du BRIC» en juin dernier. Cette rencontre a été l’occasion de s’en prendre avec virulence aux USA, chaque membre ayant déclaré vouloir remplacer le dollar en tant que devise constitutive des réserves mondiales. Quelques mois plus tôt, les quatre avaient publié un communiqué commun dans l’attente du sommet du G20 en avril, soulignant leur détermination à modifier les règles du système économique mondial.Copyright: Project Syndicate, 2009.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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