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International

Que nous disent donc les tops et les flops de l’année touristique?…
Par le Pr. Robert Lanquar

Par L'Economiste | Edition N°:3138 Le 28/10/2009 | Partager

Les chiffres commencent à tomber pour la saison touristique 2009. Au-delà des déceptions des uns et des soulagements des autres, les informations reçues autour de la Méditerranée montrent que 2009 ne sera pas une année comme les autres. Elle augure des changements majeurs dans la géopolitique touristique méditerranéenne. Si ces tendances se poursuivent d’ici une dizaine d’années, le sud et l’est de la Méditerranée recevront autant de touristes que la rive nord. Beaucoup de données circulent sur la saison encore en cours et il serait injuste de crier à la catastrophe. Les faits sont là. La crise précipite des processus d’érosion du tourisme sur la rive nord saturée. Elle révèle de nouvelles tendances -en particulier le tourisme arabe qui devrait croître cette année- et des comportements qui seront ceux de demain face au changement climatique qui s’accélère. Dans toute l’Europe, les parcs de loisirs ont connu de bons résultats. Le Languedoc-Roussillon, destination phare en France du tourisme social et des congés payés, a noté une fréquentation de +2% par rapport à 2008, année qui avait déjà bien marché, etc. Fini le bling-bling chez les touristes avec un regain de frugalité, à contre-courant du goût pour le luxe tapageur? Nous en reparlerons après la crise.Fin novembre à Cordoue, le programme européen Tres, financé par la Commission européenne sur le tourisme responsable et solidaire, organise un séminaire de synthèse après de multiples rencontres et ateliers qui se sont déroulés dans toute l’Europe. Il est prévu que ces concepts soient diffusés à travers des programmes communs avec les pays méditerranéens non communautaires. Un autre projet européen, dans le cadre de l’instrument de voisinage CBMED, Esprits de la Méditerranée, pourrait bien servir de modèle pour la restructuration des espaces ruraux autour des fêtes, festivals, moussems et autres célébrations traditionnelles et populaires des peuples de la Méditerranée. Près d’un million de lits touristiques supplémentaires sont en cours de construction en Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, Egypte, Tunisie et au Maroc. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit d’offres respectueuses d’un tourisme durable, adaptées à la nouvelle demande internationale, avec peu d’impact sur la nature. Du 19 au 24 octobre s’est tenu à Charm-El-Cheikh (Egypte) le 4º Forum arabe du tourisme initié par l’Organisation arabe pour le développement de l’Administration pour examiner les répercussions de la crise financière et donner un coup d’accélérateur au secteur en encourageant les flux de touristes arabes et dynamisant le rôle des banques dans la promotion des investissements touristiques. Etaient attendus les ministres du Tourisme, de l’Economie et des Finances du monde arabe ainsi que les représentants des offices nationaux de tourisme, des établissements bancaires et des chambres de commerce, d’industrie et de services. On a parlé de la relance des investissements touristiques paralysés, en particulier dans le Golfe.

Et en plus la grippe…
De son côté, le ministre du Tourisme du Liban jubile: «Nous attendons deux millions d’Arabes – sans compter les Syriens – d’ici fin 2009: un record pour notre pays». Le taux d’occupation des hôtels à Beyrouth aurait déjà atteint 85%, selon Pierre Achkar, président du syndicat de propriétaires d’hôtels. En Syrie, l’augmentation des flux en juillet aurait été pour le moins de 23%, selon le ministre Saadallah Agha al-Qalaa. Etienne Pauchant, président de META, l’a maintes fois souligné ici même dans L’Economiste: pas de crise pour le tourisme dans l’est et le sud de la Méditerranée.Au vu des bons résultats de ses voisins et des départs en masse de ses nationaux en Tunisie, Egypte, Liban et Turquie -encore que dans ce dernier pays, les Algériens aient des difficultés pour obtenir des visas-, l’Algérie se réveille une nouvelle fois. Effet d’annonce? Les autorités algériennes ont dévoilé lundi 23 août une série de neuf nouvelles mesures en faveur du développement des activités touristiques: incitations économiques, financières et fiscales inscrites dans la loi de Finances complémentaire (LFC) 2009. Le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme, M. Chérif Rahmani a rappelé à cette occasion son Schéma directeur d’aménagement touristique 2025. Pour quels touristes? Les dernières données statistiques disponibles montrent que près de 80% des touristes recensés sont des familles d’émigrés qui reviennent pour leurs vacances, cette année en particulier avec le Ramadan; le reste, ce sont des hommes d’affaires, des congressistes; le sud algérien n’est plus visité comme avant. Pourtant l’équipe du ministre ne baisse pas les bras: le plan qualité a permis de faire prendre conscience des faiblesses du pays dans le domaine de la formation. Fera-t-on l’Université méditerranéenne du tourisme à Tipasa sous l’égide de l’Union pour la Méditerranée? Développera-t-on des stations touristiques d’excellence sur les 1.200 km de côtes? L’Algérie pourra-t-elle remettre à niveau ses stations thermales publiques? Quant à la Tunisie, la fréquentation aurait baissé d’environ 2% sur les neuf premiers mois de 2009 avec une prévision d’un peu moins de 8 millions d’arrivées internationales pour toute l’année. Le recul enregistré en provenance des pays européens a été relativement compensé par l’augmentation du nombre des visiteurs maghrébins, c’est-à-dire deux millions de Libyens et plus d’un million d’Algériens. Le nombre des nuitées a régressé, à 29 millions (-8,6%). En revanche, les recettes auraient crû de 3,6%, pour atteindre 1,4 milliard d’euros «malgré l’appréciation importante de la devise européenne» par rapport au dinar tunisien. Quelle explication à donner? Une des raisons serait que la Tunisie n’aurait pas toujours bradé ses prix, ce dont elle avait souffert dans le passé et qui lui avait servi de leçon. Aujourd’hui certains groupes hôteliers installés en Tunisie appliquent des méthodes modernes informatisées de fixation des prix dont le «revenu management» qui leur ont permis de minimiser les réductions. Année pas comme les autres, 2009 restera enfin dans la mémoire du monde comme celle de la grippe A et de son virus H1N1, autre avatar de nos paniques modernes. Les 26 et 27 août derniers, l’Organisation mondiale du tourisme a organisé à son siège de Madrid un séminaire intitulé «Examen et exercice de préparation concernant les voyages et le tourisme en situation de pandémie». Les objectifs: comment élaborer des réponses stratégiques au défi de cette pandémie par des communications adéquates, comment prévenir et rassurer, comment trouver des solutions aux nouveaux comportements des voyageurs, comment limiter les effets négatifs de l’absentéisme, des contraintes et obligations imposées par les Etats dans les gares, les aéroports, etc.? Tout le monde convient qu’il ne faut pas exagérer, mais les recommandations de certains ministres arabes de la Santé semblent judicieuses.

La saison des langues de bois
La langue de bois est de rigueur avec la crise. En août, le secrétaire d’Etat français, Hervé Novelli, déclarait que la saison touristique estivale devrait être «tout à fait convenable» en France, grâce à une fréquentation plus élevée en août qu’en juillet, même si elle devrait s’afficher en «repli» par rapport à 2008 avec presqu’un tiers de moins de touristes étrangers. Il ajoutait que cette baisse devait être en partie compensée par le tourisme français. Le mot «convenable» est loin de signifier catastrophique et bien des professionnels et des analystes grincent des dents devant cette terminologie. Si la France resterait la première destination mondiale, il n’en reste pas moins que les recettes, comme partout dans le monde, ont subi de plein fouet la récession : les hôtels de standing ont vu une chute vertigineuse de leur taux d’occupation. Il semble aussi que l’activité touristique en France a toujours du mal à trouver sa place sur le plan institutionnel. Le secteur n’est maintenant qu’une sous-direction au sein de la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services. Hervé Novelli est secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, le ministre de tutelle étant Christine Lagarde. Si des progrès sont accomplis pour rendre les services de l’Etat plus efficaces, cela se verra lors de l’application de la loi de développement et de modernisation des services touristiques adoptée définitivement  par le Sénat français le 7 juillet 2009. Autre réforme, la création, le 19 mai dernier, d’Atout France, agence de développement touristique de la France, groupement d’intérêt économique, avec le rapprochement d’ODIT France et de Maison de la France dont le président est Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture. Cette agence est désormais l’opérateur unique de l’Etat en matière de tourisme. Mais qu’en est-il des accords du Grenelle de l’environnement qui tentent de «rendre plus vert» l’ensemble de l’économie française? Le tourisme ne devrait-il pas se placer plutôt sous la bannière du ministre de l’Environnement, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire?

Méditerranée: Ne baissons pas les bras!
La stratégie des hommes de marketing de souligner qu’il serait erroné de coopérer avec ses voisins, et surtout avec les pays de la rive est et sud de la Méditerranée, commence à perdre du poids. Comme pour des cercles concentriques, la Commission européenne avait demandé depuis 1991, dans la lancée du processus de paix au Proche-Orient de considérer le tourisme comme bâtisseur de confiance entre pays et peuples. Dès le printemps 2009, en pleine crise du tourisme européen, les administrations nationales de tourisme d’Espagne, de France et d’Italie décidaient de lancer des initiatives en faveur d’une promotion commune de ces trois pays méditerranéens. Quelques semaines plus tard, les associations d’agence de voyages de ces trois pays en pleine perte de vitesse réalisaient enfin qu’il fallait s’unir, l’AEDAVE (Espagne), le SNAV (France) et la FIAVET (Italie) lance l’idée d’un lobby intégré dans la FUAAV- Fédération universelle des associations d’agences de voyages dont le siège est à Monaco avec comme un de ses objectifs selon le président de l’association espagnole José Maciñeiras: harmoniser les relations avec les pays méditerranéens au niveau mondial, entreprendre des actions qui contribueront à les rendre plus attirants sur les marchés émetteurs et renforcer le financement du secteur touristique. Mieux vaut tard que jamais, cela fut souligné il ya plus de 15 ans. Cela fut répété il y a deux ans lors de la réunion des ministres du Dialogue 5+5 à Ajaccio et reste le thème principal de META, la Mediterranean Travel Association qui pourrait parfaitement s’installer à Tanger comme certains le voulaient dès 1992. Le 27 août 2009, le président Sarkozy devant les ambassadeurs de France réunis à Paris, s’est dit prêt à convoquer, en accord avec l’Egypte et l’Union européenne (UE), un 2e sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) si Israël s’engage sur un «gel précis et complet de la colonisation et une relance de la négociation». Cette fois-ci, on parlera du tourisme.

Le «greening», vrai avenir
La vraie crise ne serait-elle pas pour le tourisme celle du changement climatique? La campagne des Nations unies et de l’OMT en faveur du «greening du tourisme» prend forme, même si les administrations nationales de tourisme ne sont pas toutes convaincues de son efficacité. Les 14 et 15 septembre à Göteborg, Suède, l’OMT a organisé avec la Commission européenne de tourisme (CET) un colloque sur ce thème dans le cadre du processus de Davos «pour une économie mondiale verte grâce au tourisme durable». La Suède préside, durant le 2º semestre 2009, l’Union européenne et les recommandations qui seront prises à cette occasion devraient nourrir les prochaines directives européennes, directives qui auront un impact sur les programmes de coopération et les relations avec les pays associés. Malheureusement, comme le souligne le communiqué de presse de l’OMT, le secteur du tourisme a peu de chances de recevoir l’attention qu’il mérite dans les discussions de haut niveau tenues actuellement sur l’accord destiné à remplacer le protocole de Kyoto, qui doit être parachevé à Copenhague en décembre. Les associations de professionnels et les administrations nationales de tourisme en sont-elles conscientes et peuvent-elles réagir? La CET lancera à Göteborg sa propre stratégie-réseau sur le changement climatique et le tourisme durable pour les ONT, et se servira du portail de l’Agence européenne pour l’environnement, DestiNet Sustainable Tourism Portal (www.destinet.ew.eea.europa.eu). Les professionnels les plus perspicaces savent qu’il y a là de nouveaux marchés. On se lance dans le «slow tourism» -tourisme lent- pour démontrer que l’on peut voyager autrement: pas d’abstinence tourisme, juste de la modération.
Investissements durables
Ainsi l’agence Vision du monde propose à ses clients de prendre le ferry pour aller au Maroc. Sur le site www.voyagespourlaplanète.com, on peut trouver une série de produits «Voyage sans CO2». Pour rendre plus «vert» les hébergements, les hôteliers investissent: démarche de communication et de sensibilisation auprès de la clientèle, suivi de la consommation d’énergie et d’eau, mousseurs dans les robinets, double flux pour les chasses d’eau, suppression de tous les produits d’accueil à usage unique (échantillons savons, petits pots de confiture et plaquettes individuelles de beurre par exemple), ampoules à basse consommation, etc. Les plus innovateurs mettront des panneaux solaires et obtiendront un écolabel «par conviction, par ras-le-bol du gaspillage». Cet engagement volontaire en faveur de la protection de l’environnement est une caractéristique de plus en plus commune à tous les directeurs d’hébergements touristiques. Ceci est d’autant plus important que les media iront chercher des scoops sur les impacts négatifs du tourisme, comme ce qui s’est passé à Saïdia, la Perle bleue de la Méditerranée, un peu avant son ouverture.
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