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Economie

Que font les pharmaciens de l'esprit de la loi!?
Par Yassine Taoufik, professeur d'immunologie*

Par L'Economiste | Edition N°:1509 Le 30/04/2003 | Partager

Je trouve l'éditorial de Nadia Salah concernant la notion de pharmacien responsable un tantinet excessif, voire dangereux pour la santé publique (NDLR: du 23 avril 2003, consacré à la loi imposant un «pharmacien responsable, pour créer une usine pharmaceutique: l'éditorial considérait que cette obligation légale développe uniquement la pratique «d'hommes de paille»).Je suis pharmacien-biologiste, ancien interne et assistant des hôpitaux de Paris, docteur en sciences et professeur d'immunologie à Montréal. Je ne suis donc absolument pas spécialiste du droit pharmaceutique, mais il me reste des notions de ce que j'ai appris à la Faculté de pharmacie de Paris.La notion de pharmacien responsable et de monopole pharmaceutique dérive effectivement du code de la santé publique française (quand ça nous arrange, la France est mise en avant comme modèle de progrès, mais quand ça perturbe nos intérêts, on parle de restes de la colonisation).Le monopole pharmaceutique implique que seul un pharmacien a le droit de produire et vendre un médicament comme ayant des propriétés préventives et curatives vis-à-vis des maladies humaines et animales. Notons que l'on dit «toute substance présentée -le terme est important “même en l'absence d'efficacité thérapeutique effective”. Cela signifie que toutes ces substances potentiellement toxiques vont entrer dans le cadre du médicament avec un responsable devant la loi ayant reçu une formation adéquate. Il faut bien comprendre que ce qui prime est plus la non-toxicité que l'efficacité thérapeutique réelle.Le monopole pharmaceutique est tout à fait superposable au monopole médical concernant le diagnostic et la prescription. Aucun médecin ne peut maîtriser toute la pathologie médicale, néanmoins, il faut un responsable appartenant à un ordre professionnel qui a le devoir de chercher dans la littérature ou demander avis à des confrères plus spécialisés.La naissance d'un médicament est un processus complexe et extrêmement lent qui implique des études de chimie, pharmacognosie, biologie, pharmacologie, toxicologie, pharmacie galénique, de multiples contrôles avant d'arriver aux essais cliniques puis à l'autorisation de mise sur le marché (AMM). La production d'un médicament est également un processus complexe avec de multiples étapes pour aboutir à un produit dont les spécifications sont identiques à celles de l'AMM. Les études de pharmacie en France, qui durent 6 ans avec un concours d'entrée extrêmement difficile, sont les seules études permettant d'aborder toutes les disciplines impliquées dans la vie du médicament. En dehors de ceux qui iront rejoindre les officines, ce module de base est poursuivi par 4 années d'internat avec un concours d'internat sélectif et/ou une spécialisation dans une des disciplines pharmaceutiques via une thèse de 3e cycle.Le pharmacien est actuellement le seul professionnel dont la formation permet d'avoir une vision globale des différents processus menant à l'autorisation de mise sur le marché et à la production du médicament ainsi que de ses effets thérapeutiques et toxiques. Il n'y en a pas d'autres.Comme le médecin, il ne peut embrasser toute la connaissance pharmaceutique, mais sa formation lui permet d'accéder intellectuellement très rapidement à la littérature spécialisée ou aux avis des spécialistes confrères ou non. Il me semble donc légitime et très souhaitable qu'il soit le responsable devant la loi en ce qui concerne le médicament. Cette responsabilité ne peut être réelle que si le pharmacien responsable occupe dans une entreprise une position hiérarchique adéquate. L'esprit de la loi est loin d'être mauvais, néanmoins la loi n'est applicable que dans un pays où la formation et l'état d'esprit des pharmaciens sont cohérents avec cet esprit. Il est évident que c'est là où le bât blesse dans le cas de notre pays avec cette fâcheuse manie de tout pervertir et de considérer toute formation ou statut comme une rente potentielle, droits sans devoirs. C'est un état d'esprit général valable pour les pharmaciens, les médecins et les autres. Le médicament est loin d'être un produit industriel banal, c'est un poison potentiel, il a besoin d'un responsable défini. Au lieu de s'acharner à s'attaquer à des faux problèmes, on ferait mieux de s'attaquer à la source des maux marocains qui sont les conditions d'accession et la réglementation de l'exercice de la pharmacie officinale, industrielle et de la biologie médicale, ainsi que par ailleurs celles de la médecine.* Yassine Taoufik enseigne l'immunologie, dans le département de biologie de l'Université du Quebec à Montréal.


. NDLR: Lorsque cette loi sur le pharmacien responsable a été instaurée, l'industrie pharmaceutique n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. La responsabilité scientifique ne peut pas être prise aujourd'hui par une personne physique. Les recherches et la fabrication des médicaments ne sont plus le fait de personnes isolées ou de petites équipes, qui diffusent leurs produits auprès d'un nombre réduit de personnes. La recherche, la mise au point, la fabrication et la diffusion se font à l'échelle mondiale. Que peut la responsabilité scientifique au Maroc, du pharmacien responsable, si une erreur est commise à Hong Kong ou à Zurich?Passons maintenant sur le plan légal. Cette erreur peut avoir une répercussion au Maroc et la notion de responsabilité légale semble avoir été posée pour qu'il y ait sur place un répondant, qui pourra indemniser les conséquences des erreurs. Ce n'est que faux-semblant et ce sur deux points:- d'abord, il est douteux que la fortune personnelle du pharmacien responsable puisse couvrir les conséquences financières d'une erreur. D'ailleurs, ce ne sont jamais les personnes physiques qui ont à faire face aux obligations judiciaires mais le partenaire, l'investisseur lui-même;- ensuite, au cas où les victimes ou bien l'Etat marocain voudraient faire porter au pharmacien responsable la responsabilité légale, il n'est pas du tout sûr que les tribunaux les suivent. En effet, il est évident que le pharmacien responsable se défendrait en invoquant l'impossibilité dans laquelle il se trouve d'exercer sa responsabilité. Et quand bien même le juge suivrait l'Etat, on retomberait sur le point soulevé ci-dessus: les moyens d'une personne physique sont sans commune mesure avec le développement actuel de l'industrie pharmaceutique.Donc, le maintien de cette loi archaïque a d'autres objectifs que les buts très honorables que vous évoquez….

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