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Quand l'Europe dérive
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1678 Le 07/01/2004 | Partager

L'un des derniers événements majeurs de l'année 2003 est l'échec de la proposition de Constitution pour l'Union européenne. Les dirigeants du vieux continent n'ont pas pu se mettre d'accord sur un système susceptible de régir les affaires d'une union qui passera à 25 membres en mai prochain. Trois jours plus tard, six pays dont la contribution nette au budget de l'Union européenne (France et Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède et Autriche) exige qu'ils ne contribuent que 1% de leur PNB plutôt que 1,24% à Bruxelles, est un deuxième échec, tout aussi grave que le premier. Deux échecs ne font pas un désastre, mais jamais le club européen n'a vu ses membres s'affronter avec tant de rancœur, d'égoïsme, jamais le futur immédiat n'a été aussi incertain. Certains leaders s'en tirent mieux que d'autres. Tony Blair a tout lieu d'être heureux, José Maria Aznar aussi, du moins dans l'immédiat. Son successeur, cependant, devra affronter des coupes dans l'aide européenne à l'Espagne, coupes qui pourraient être sévères. Le chancelier allemand Gerhard Schröder et le président français Jacques Chirac s'en tirent moins bien: le couple franco-allemand a fait long feu et subi à Bruxelles son deuxième échec en moins d'un an. Les commentateurs français sont franchement critiques pour leur président. Lire des propos eurosceptiques dans la presse française qui depuis des années se moque durement de “l'eurotiédeur” des Anglais est tout à fait nouveau.. Berlusconi “se moque du monde”Il convient donc de bien tirer les leçons d'un sommet géré par le président en exercice de l'Union européenne, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi. Il l'a géré à la manière d'un opéra bouffe. Le Premier ministre italien a démontré, une fois de plus, le manque de sérieux avec lequel il prend ses responsabilités. Une semaine plus tôt, il avait improvisé son discours au Sommet des 5+5 à Tunis.L'échec du Sommet de Bruxelles survient quelques semaines après que l'Allemagne et la France aient déchiré le pacte de stabilité. Ce pacte était l'un des fondements de l'euro, qui d'ailleurs n'en souffre pas, du moins pas dans le sens attendu. La mise à mal du pacte souligne que ni les deux pays qui se présentent toujours comme les locomotives de l'Europe, ni leurs pairs ne souhaitent avancer dans la voie d'une plus grande intégration politique. Les réticences s'expriment sur de nombreux sujets -monétaire, sécurité, politique de défense, etc.- et ne datent pas de 2003. Le pragmatisme britannique, si souvent décrié, apparaît, à tout prendre, moins cynique que les protestations proeuropéennes répétées jusqu'à la nausée à Paris et à Berlin. Nombre d'observateurs inclinent depuis longtemps dans la conviction que l'élite administrative qui gouverne la France fait systématiquement montre d'une foi proeuropéenne intense parce que la France a toujours bénéficié de façon exorbitante de la politique agricole commune qui représente 90% des dépenses budgétaires. La scène européenne permet à ces mêmes élites de projeter un pouvoir qui, s'il est projeté à partir de la seule France, n'aurait pas le même impact. L'Allemagne a jusqu'à récemment laissé faire, n'étant ni une puissance nucléaire ni membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais la suffisance et l'antiaméricanisme dont fait parfois montre la France, le désir qu'elle a de construire une politique de défense et étrangère distincte de celle des Etats-Unis (ce qui pourrait se justifier) butent sur certaines réalités inconfortables. La première est que ni le Royaume-Uni, ni l'Italie, ni l'Espagne, encore moins les nouveaux adhérents de l'Est ne partagent cette vision des choses. La crise irakienne en a amplement fourni la preuve. La deuxième est que seul le Royaume-Uni consacre à sa défense des sommes adéquates -ni la France ni l'Allemagne ne semblent vouloir accorder à leurs forces armées les sommes qu'exige une vraie armée de métier. Cet élément ôte beaucoup de sa crédibilité au discours sur une politique étrangère autonome. . Le retour des égoïsmesNi l'Allemagne qui traverse une crise sociale et économique profonde,- mais qui ose enfin des changements-, ni la France qui peine à lancer des réformes en profondeur ne se sentent l'âme généreuse. L'Espagne et la Pologne en feront les frais, ce qui souligne à quel point les anciens membres du club rechignent à aider les nouveaux, moins bien nantis. Ce retour aux égoïsmes sacrés n'est guère surprenant, mais il nie l'une des grandes vérités de la construction européenne qui veut que les plus riches, les plus développés, aident les nouveaux venus. L'Allemagne a bien changé: depuis sa réunification, dont le coût est exorbitant, et la crise économique qui en découle, elle est moins apte à être la vache laitière du continent. La France pour sa part a accepté l'élargissement à l'Est du bout des lèvres. A terme, elle verra baisser les subventions à son agriculture, ce qui pose un problème particulier au chef de l'Etat français, qui a toujours choyé les agriculteurs. Les propos méprisants du président Chirac sur l'appui que certains pays de l'Est ont manifesté vis-à-vis de la politique américaine en l'Irak empoisonneront l'atmosphère de Bruxelles pendant longtemps. . L'Europe des drapeauxLes pays moyens comme la Suède, la Finlande et l'Espagne ont mené à bien des réformes économiques difficiles. Ils enragent de voir la manière cavalière dont se conduisent les grands… Ils ne supportent plus que les deux locomotives de l'Europe donnent le mauvais exemple tout en les traitant eux, avec mépris. Le couple franco-allemand était depuis le début un couple à problèmes. Le couple a toujours été uni dans ce qu'il cherchait à bloquer, plutôt que sur des politiques communes qu'il voulait lancer. Ni l'un ni l'autre ne sont réputés pour leur constance. Jacques Chirac s'est battu à Nice pour que la France soit à parité avec l'Allemagne dans le système de décision que l'on tentait de mettre en place. A Bruxelles, il fustigeait l'Espagne parce que José Maria Aznar s'en tenait à ce qu'il avait obtenu à Nice: le cartésianisme français a du plomb dans l'aile.Il n'est pas désastreux que la réalité rattrape l'Union européenne. Cette réalité dit que, pour l'heure, la majorité des Européens ne souhaitent pas aller vers une union politique plus approfondie; que les peuples tiennent à leur drapeau, à leurs Parlements nationaux, à leur relative indépendance dans de nombreux domaines. La bureaucratie bruxelloise est profondément impopulaire, le Parlement européen plus connu pour ses extravagances architecturales à Strasbourg et à Bruxelles, pour les notes de frais scandaleux de ses députés, moins pour le sérieux de ses débats; la présidence de la Commission est, depuis le retrait de Jacques Delors, entre des mains ternes: bref, l'Europe ne fait plus rêver.Alors, il est temps peut-être d'être pragmatique. Il est temps de reconstruire les relations avec les Etats-Unis, de remettre une partie de la dette irakienne (due aux Européens lui ayant vendu des centrales nucléaires et des armes chimiques pendant plus d'un quart de siècle et soit dit en passant, des Européens qui n'ont rien à envier au cynisme dont ils accusent systématiquement les Américains). Il est temps de parachever la reconstruction des Balkans, de réformer en profondeur le système de pensions et l'éducation, de poursuivre la réforme de la politique agricole commune si tant est qu'ils souhaitent avoir une plus grande crédibilité auprès de leurs voisins du Sud, notamment maghrébins; de parler de flux d'émigration avec plus de sérénité et ne pas se barricader dans leur forteresse. Toutes ces questions sont essentielles pour la future prospérité de l'Union européenne car cette prospérité exigera une croissance économique autrement plus forte que celle qui prévaut aujourd'hui en France et en Allemagne. Après les échecs de la fin 2003, une période de réflexion s'ouvre. Un peu de modestie serait la bienvenue. La crise à laquelle est confrontée l'Europe est la plus grave de son histoire moderne: le risque de dérive est certain. Mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Tony Blair est un homme heureux qui n'aura pas à soumettre à référendum le texte d'une Constitution européenne à un électorat qui n'en aurait sans doute pas voulu. Les marchandages reprendront à Bruxelles. L'Espagne et le Portugal paieront peut-être les pots cassés, héritage que le successeur de José Maria n'appréciera guère. Un journal parisien titrait, avec un brin de condescendance “L'Europe des épiciers”. En d'autre temps, sur les bords de la Seine, Napoléon avait traité les Anglais de “nation de boutiquiers”… Commerce qui n'a pas si mal réussi, il faut le reconnaître: 25 ans plus tard, le soleil ne se couchait pas sur l'Empire construit par ces “boutiquiers”.

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