×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Quand le monde parlera chinois…
    De notre envoyée spéciale, Mouna KADIRI

    Par L'Economiste | Edition N°:2296 Le 13/06/2006 | Partager

    . Tourisme, une destination incontournable. Pas une Chine, des Chines: La déroute des sens, de la mesure et de la culture. Une très forte identitéQue celui qui veut l’étourdissement aille en Chine! Plus que l’organisation de la masse, l’étendue de l’espace urbain (qui ne donne pas toujours cette impression de masse), la Chine détruit les maigres clichés; elle fascine par son ouverture multiple, nouvelle et boulimique; elle éblouit par son histoire(1). La Chine ne s’éveille pas, elle rugit.De retour au Maroc, le sentiment d’ignorance de ce pays est plus profond qu’à l’aller. A la mesure de la vision forcément partielle rapportée. De même, la représentation économique s’inverse: quand le monde s’éveillera, la Chine rira. C’est un rouleau compresseur… avec plusieurs réacteurs. Ce, malgré sa toute récente adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (2001). Dans quelques années, les référentiels de puissance et de développement changeront (dixit le prospectiviste Michel Aglietta). La matière grise sera absorbée par les pôles asiatiques, prédit-il. Sur place, cela devient évident. La Chine compte bien charrier les performances de son voisin indien avec son orientation sur le savoir et les NTIC. La pression énergétique qu’elle exerce happe les échanges commerciaux (déficit américain). Et tout cela, on le lit dans les journaux, on le voit dans les rues, les chantiers à perte de vue, les publicités, les géants centres commerciaux dédiés aux NTIC (Shanghai, Beijing, Nanjing) où les marques chinoises (Lenovo par exemple) se déploient. Son étiquette de «géant aux pieds d’argile» avec ses 800 milliards de réserves, mais aussi ses milliards de dettes, résistera-t-elle? Ce, en dépit de ses défaillances en gouvernance, et des règles économiques bien à elle? Cela n’en fait pas moins d’elle une puissance à moteurs rugissants.Vu ses pôles économiques, c’est frappant. Dans une seule province chinoise, on peut mettre dix Maroc. Et quand une province s’éveille… c’est comme dix Maroc à plein régime.Le poids du pays: 1,3 milliard d’habitants, dont 500 millions d’urbains. 90% d’alphabétisés. Une vitesse de développement, bien visible, effarante.Des grues géantes grillagent la plupart des panoramas urbains. Avec l’impression d’une course au développement, urgente, mais organisée, et d’apparence sereine.Les bulldozers n’empêchent aucune de ces villes de conserver la millénaire quiétude des jardins.Chaque année, plus de 17 millions de petits Chinois, plus d’un demi-Maroc par an, naissent (taux de natalité 13,4 pour mille en 2004: la Chine ne se reproduit donc pas… si les chiffres sont exacts). La Chine a une politique de gestion de l’exode rural et de l’accroissement des villes. Pour les grands centres urbains, elle gère les résidents permanents, provisoires, en leur délivrant des visas. Il faut avoir une bonne raison pour s’installer dans une ville, comme celle de travailler, étudier, un regroupement familial, etc. Si une entreprise se crée en 46 jours en Chine continentale (Doing Business, 2004, 68e rang mondial), cela explique sans doute le côté très administratif de procédures tatillonnes. L’un (création) n’entrave pas l’autre: les entreprises étrangères s’adaptent au système. La Chine devient le premier récepteur d’investissements étrangers en 2002 (OCDE).La puissance de la Chine vous aveugle du cœur de ses cités urbaines. Et son écrasante histoire vous prend au creux de la Muraille de Chine, ses vieux centres rénovés, la cité interdite, un jardin de thé…Dans ces centres urbains visités -dans une moindre mesure Hangzhou et Suzhou- le trait dominant est celui de nouveaux vertigineux buildings. Au design archi high-tech, ils portent les enseignes étrangères comme WalMart, Coca-Cola, Lancôme, LG, Fiat, Iveco, etc. Quelques petites zones bidonvillisées, reliquat des maisons planifiées sous Mao, sont visibles au détour d’une route ferroviaire. La politique de logement économique bat par ailleurs son plein. De tout le séjour aussi, une seule mendiante avec sa fille tendra la main, près d’un pharaonique hôtel-complexe de Shanghai. Là où les prix de l’immobilier dépassent l’entendement et deviennent de plus en plus chers chaque année (jusqu’à 30.000 rmb le m2). Les moyens souvent utilisés pour lire la Chine sont loin des vécus possibles. A localiser pour citer une Chine, une de ces infinies facettes d’une contrée encore secrète; qui s’ouvre très vite, et en mode «silencieux et consciencieux». La Chine ce n’est pas que la Muraille, la mise en boîte du film «Dernier Empereur» et les vraies fausses Adidas. Ce pays est un tout dans l’attitude des Chinois très fiers de l’être, mais il est plusieurs forces et faiblesses aussi. Tout cela arrive après une récente histoire douloureuse. Quand le peuple fut secoué par la guerre sino-japonaise, la révolution culturelle de 1960 puis le soubresaut de 1989, massacre d’étudiants révoltés, à Tian en men. Et bien avant encore, les guerres intestines, l’impérialisme européen, les révoltes quand la république chinoise fondée en 1911 a failli mourir quinze ans plus tard… et les guerres civiles sous les 17 dynasties d’empereurs qui ont dominé la cinq fois millénaire histoire de Chine. Les grands-parents sont encore les témoins vivants de ce passif de traumas. Il est possible parfois de le lire dans des rides, des gestes impulsifs ou encore des regards bien chargés. Accompagner l’ouverture par celle des mentalités est aussi le défi chinois. Vraisemblablement, il n’y aura aucun mal à absorber les systèmes de représentation latin, arabe ou africain, quand nous en serons encore à déchiffrer le(s) chinois. Tout de même, l’année dernière, 30 millions de personnes apprenaient la langue (2)…Si les objectifs d’une Chine «énergivore», qui absorbe tout comme une éponge, sont de mettre le paquet sur les nouvelles technologies, elle conserve son sens méthodique de la planification, et ce, pour la gestion d’un cinquième de la planète. 1,2 million de km de routes rurales seront construites d’ici 2010, prévoit le gouvernement, pour 5,6 milliards de dollars. Objectif: réaménagement des routes. A fin 2005, la Chine a construit 3 millions de km… S’ils pouvaient venir nous donner un coup de main pour nos quelques centaines de km à faire! En dix ans, nous n’avons pas réussi à dépasser le premier km de l’avenue Royale prévue à Casablanca, les Chinois vous réorganisent une ville en dix mois.Mardi 6 juin, le président Hu Jin Tao fait la Une des journaux: il exhorte les ingénieurs et les centres de recherche et de développement à faire encore plus d’efforts, rapporte dans sa Une le China Daily (qui donne de l’info brute souvent économique -la politique est encore sous le boisseau-, mais pas forcément toujours dans le sens du gouvernement). La Chine se doit d’être leader dans le domaine. C’est aussi un moyen de connecter les ruraux aux nouvelles technologies, énorme autre gageure du gouvernement.La restriction des libertés individuelles souvent rapportée n’est pas visible à l’œil nu, ne vous saute pas aux yeux. Pas beaucoup de policiers dans les rues, plutôt des caméras qui surveillent le trafic, plus par commodité que par contrôle des citoyens, peut-être. De la sécurité notable sur les cinq villes visitées, de la «zen-itude» et de l’ordre.Et pour le tourisme, la Chine veut mettre le paquet, ouvrir son marché. Elle accueillera quelque 140 millions de touristes en 2020! (Source: OMT).Dans les rues, les touristes ne sont pas interpellés, circulent en toute quiétude au milieu d’un peuple d’apparence introverti, mais avec qui il faut trouver la connexion pour en recevoir la sympathie et le sourire. Les touristes sont interpellés par les vendeurs des vieilles villes propres, organisées, grouillant de monde, et de chinoiseries de toutes sortes. Les commerçants préfèrent taper des mains pour attirer l’attention des passants, plutôt que de s’égosiller.Parmi ces 500 millions de citadins, 200 millions font la «classe moyenne». Le puissant moteur est là, visible dans l’immense allée de Pékin où les marques de luxe se bousculent. Et aussi dans les vieux marchés, où les prix défiant l’entendement côtoient des prix qui vendent la qualité. Dans le textile, sur ces marchés, tout est disponible du meilleur comme de la plus petite qualité. Le pouvoir d’achat est nettement plus élevé qu’au Maroc. Une salariée du textile gagnera en moyenne 800 yuan, presqu’autant que les ouvrières marocaines exploitées au noir (250 DH la semaine). Mais avec 800 Yuan leur homologue chinoise en fera beaucoup plus. Le profil rapporté est celui d’une ouvrière qui vient d’une autre ville, célibataire, loue un espace à l’usine, paie ses frais et arrive à économiser dans les 400 yuans. Un guide parlera d’un salaire moyen de 2.000 yuans. Les variations des indices du coût de la vie et des salaires sont très importantes d’une région à une autre. Il est difficile d’avoir une idée globale.Rapportée au revenu moyen (1.300 dollars par tête/an(3)), l’image est décalée. La Chine de la campagne coûte cher (800 millions d’habitants).. Made in ChinaL’urbanisme est plus neuf qu’un sou neuf : des tours vertigineuses à Shanghai et Beijing aux sites rénovés et modernisés comme le vieux Shanghai où la franchise Starbucks côtoie les vendeuses de chinoiseries, sous les pagodes de la ville.Aller en Chine, c’est le vertige garanti et gare au retour! En Extrême Orient, un monde réellement différent et cultivé, même s’il n’a aucun mal et aucun complexe à absorber le néocapitalisme «occidental». La génération McDo est en marche. Les jeunes seront bien plus anglophones que leurs parents, mais d’abord et avant tout «made in China». Ils écoutent la musique que tous les jeunes d’ailleurs écoutent, mais ils prennent le soin de mettre en concurrence ces tubes avec d’autres chansons bien de chez eux, de leurs villes. Les marques de luxe se font de belles parts de marché dans tous les lieux de passage. Rater la vague chinoise revient à rater la nouvelle vague de mondialisation.


    Dragon

    Dans ces Chines visitées (un petit triangle sur le flanc-est, voir carte), se côtoient plusieurs « puissances» développées, qui avancent en même temps, mais différemment. Ces zones absorbent la majorité de l’investissement étranger.* Place financière pour Shanghai, celle qui disposait de crachoirs dans les rues, et des vélos plutôt que de voitures, il y a une décennie encore.* high-tech délocalisés pour Shuzu, la Venise de l’Orient avec ses ponts en arches et ses canaux, célèbre pour ses millénaires jardins.* Recherche&développement, pétrochimie, électronique pour Nanjing, 6,4 millions d’habitants* hangzhou, une verdoyante cité de 5 millions d’habitants.* textile pour Gangzhu.* centre des centres de développement: Beijing, cette nébuleuse urbaine polluée,- mais moins que Casablanca-, abrite 13 millions d’habitants, dont 3 sont pauvres selon les estimation d’un guide. Il faut compter en heures pour traverser la «ville».Les écarts forcent le trait du dérangement de repères entre: - le tout et les plusieurs Chines;- la campagne et la ville;- les plus pauvres (mais non moins dignes et propres) et les plus riches;- les merveilles des sites naturels et le vertigineux des constructions humaines: depuis la Muraille de Chine au gigantesque pont qui passe par Nanjing, et relie les rives du fleuve qui coupe la Chine sur 6.000 km, Yang Tsé;- le développement du concept chinois, et une image décrépie des pays industrialisés d’où on puise volontiers les tendances. Le futurisme sera estampillé chinois;- l’effusion de produits à jeter au bout de trois jours et de ceux dernières technologies; - les multiples origines ethniques et la force de l’identité nationale.


    Salaires

    La question des salaires ne figure bien sûr pas au menu d’un séjour touristique. Mais à voir s’affairer autant de personnes dans les ateliers, pour le service à table, pour la vente, partout, elle est inéluctable. Les faibles salaires ne représentent pas la raison suffisante à la compétitivité chinoise, pas pour tout le monde en tout cas. Pour rappel, les services représentent 41% du PIB (WDI, 2006). La productivité, les économies d’échelle, le coût de l’énergie sont des facteurs déterminants. Business Week, dans son édition du 27 mars 2006, par exemple, analyse la tendance à une augmentation des salaires. Les indicateurs de la Banque mondiale le montrent aussi. Une ouvrière chinoise coûte deux fois plus cher qu’en 1990, par exemple (Source: WDI, 2006). Le salaire des professeurs des instituts et des universités a augmenté de 17,8 fois depuis 1984 et celui des enseignants des écoles primaires et secondaires a connu un accroissement de 10,9 fois (source: ambassade de Chine en France). En 2003, le revenu annuel moyen des professeurs des instituts et des universités est de 23.300 yuans (2.807 dollars), soit 2.261 yuans de plus que l’année 2002 et 22.100 yuans de plus que l’année 1985. Ils ne gagnaient pas grand-chose alors. Hausse du niveau de vie, ou ajustement du marché?


    L’Empire du milieu, c’est…

    Comparaison n’est pas raison, mais pour mieux situer, la Chine c’est:- 9,5 millions de km2, 14 Maroc en superficie;- 1.600 milliards de dollars en revenu intérieur brut (2005, Bureau national des statistiques), soit 35 fois le revenu du Maroc;- 1,3 milliard de personnes en population, 43 Maroc en nombre;- 1.300 dollars/habitant/an, environ le même revenu moyen par habitant que le Maroc (Atlas method);- 500 millions de citadins, 31 fois le nombre de citadins marocains. Et encore, la Chine n’a toujours pas atteint la phase historique ou elle aura plus de citadins que de ruraux…;- Au retour: un sentiment happant d’un Maroc au loin largué, et ce, dès le premier pas à l’aéroport de Casablanca, qui semble alors aussi petit et artisanal qu’une boîte d’allumettes.- Un sentiment de dénuement entre l’axe Casablanca et Rabat, centre urbain et économique du Maroc. --------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Eductour co-organisé par l’agence de voyages Terratour et Air France Maroc pour un groupe de journalistes et d’agences de voyages. Cf. aussi nos nombreuses analyses et les reportages de nos envoyés spéciaux, www.leconomiste.com(2) Cf. China.org.cn, selon un rapport d’enquête mené en 2005 sur l’utilisation et l’intérêt pour les principales langues du monde, «la population étrangère qui apprend le chinois se chiffre à quelques 30 millions de personnes» (3) Un revenu par tête quasi identique à celui du Maroc avant la refonte de la méthode de calcul du PIB qui a intégré plus de 11% de la richesse intérieure brute. La Chine a elle aussi révisé le calcul en 2005. Toutes les données depuis 1993 ont été recalculées. Selon le World Development Indicators 2006, le PIB en 2004 est supérieur de 17% par rapport aux estimations publiées, soit une croissance réelle de l’économie de 10,1%.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc