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Economie

Protection industrielle : Le tissu productif, surtout à l'exportation, souffre de l'incohérence

Par L'Economiste | Edition N°:83 Le 10/06/1993 | Partager

Il y a un lien entre les investissements et la protection commerciale, en nature comme en volume. C'est évident, mais quel est exactement ce lien et comment fonctionne-t-il? C'est la question fondamentale à laquelle arrive la politique économique, mais il a fallu que survienne la crise pour que la question soit enfin posée.

Après les propositions de la CGEM, après le Plan Export de l'Asmex, mais surtout après l'accident essuyé par le gouvernement auprès de la Banque Mondiale(1) et l'installation du Maroc dans la crise des investissements avec ses corollaires de chômage et de baisse des recettes budgétaires, la question centrale de politique économique commence à être clairement posée: comment avoir un système de protection qui soit aussi une réelle incitation à l'investissement?

Le vendredi 11 juin 1993 (hôtel Safir de Casablanca, à partir de 9h) le Ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Privatisation mettra aux débats avec les industriels un rapport élaboré avec le concours de l'USAID, sur les relations entre "la structure des incitations et la protection du secteur industriel".

De cette étude, il ressort que les systèmes de protection sont pour le moins désordonnés, incohérents, voire dangereux pour le tissu industriel, même si les experts de l'USAID et de l'INSEA de Rabat adoptent un langage plus diplomatique en disant "qu'un effort d'harmonisation de la politique de tarification et d'incitation devrait encore être fourni pour favoriser la croissance des exportations et l'intégration du tissu industriel".

Globalement, et pour la période 1982-1991, cette étude note qu'il y a eu une hausse de la protection nominale (voir ci-contre les vocabulaires mais aussi quelques-unes des incohérences de la protection). La hausse recouvre de profondes disparités entre secteurs et à l'intérieur des secteurs.

Parallèlement, l'étude révèle que la protection sur les intrants est globalement de 25%, avec là aussi des disparités sectorielles. Le taux de protection tarifaire varie de 19% dans l'agro-alimentaire, 27% dans la chimie-parachimie à 28% pour les IMME et 29% pour les textiles.

Cette même protection a aussi une incidence sur les intrants non échangeables (comme l'énergie, les bâtiments et aménagements, les télécommunications ou services locaux divers). Cette incidence représente un surcoût de 21% en moyenne avec encore des disparités: 15% chez l'agro-alimentaire, 19% pour la chimie-parachimie, 27% pour les textiles-cuir et 28% pour les IMME.

Le tissu industriel orienté vers la production locale présente de fortes disparités de performances, note ce rapport. Cette disparité est expliquée par l'héritage des formes passées de la protection, notamment contingentaires. Mais elle est aussi expliquée par l'hétérogénéité actuelle des protections tarifaires.

C'est probablement sur la partie exportations que ce rapport va faire le plus de bruit: il rejoint et va alimenter directement les remarques formulées par l'ASMEX dans son Plan Export comme celles qui se font jour au niveau du Ministère du Commerce Extérieur. Le rapport indique que les incitations à l'exportation ne compensent que partiellement l'incidence négative des surcoûts pesant sur les biens non-échangeables.

Autrement dit, l'avantage comparatif, quand il subsiste, repose essentiellement sur le prix de la main-d'oeuvre. Ceci concerne les secteurs traditionnels d'exportations: bonneterie-habillement, conserve de poissons et végétales, matériel électrique.

Sur eux pèse la menace directe de la disparition de l'avantage comparatif avec l'élévation continue des salaires. Il existe aussi:

- des branches très protégées, mais avec une compétitivité réelle;
- des branches tout aussi fortement protégées mais sans compétitivité (tissu, carrosserie, montage de véhicules, boulonnerie-visserie);
- des activités compétitives mais faiblement protégées (engrais, films agricoles, produits vétérinaires, vins) qui sont donc handicapées par les protections existant ailleurs;
- des activités non compétitives et faiblement protégées, où les entreprises affrontent une conjoncture difficile pour toutes sortes de raisons: gestion interne, mais aussi encadrement de prix, existence fragile de prix de référence, politique du secteur en voie de mutation....

Les branches les plus concernées sont la bonneterie destinée au marché local, les farines et sucres, les concentrés d'agrumes, les réfrigérateurs, les peaux tannées...

N.S.

(1) Pour pouvoir bénéficier de la 2éme tranche du PAS, soit environ 360 millions de Dollars (en provenance de la Banque Mondiale, mais aussi de la BAD et de la CEE), le Maroc devait proposer une deuxième tranche de libéralisation du commerce extérieur que ce prêt était donc censé aider. L'engagement prévoit que jusqu'à 10% de la production industrielle pouvait rester sous un régime de protection plus fort. Dans le montage élaboré par le Maroc, la protection conservée était supérieure à ce plafond. Le prêt est donc resté bloqué en dépit des urgences budgétaires. Autrefois, les droits de douanes auraient été abaissés sans autre forme de procès. Mais l'existence du texte de loi sur le commerce extérieur, comme la vivacité des réactions des professionnels, des administrations du commerce extérieur, de l'industrie et de l'agriculture (même si elles ont tendance à se quereller entre elles) a empêché que seule la vision budgétaire prévale (Cf L'Economiste du 3 juin).




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