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Politique Internationale

Promotion féminine : Les filles indignes ?

Par L'Economiste | Edition N°:87 Le 08/07/1993 | Partager

D OIT-ON redouter que les filles d'aujourd'hui ruinent les efforts de promotion sociale et professionnelle de leurs mères? C'est la question que se pose M. Olivier Randonneix, directeur de l'Ecole Française des Affaires à Casablanca, en observant le comportement des élèves et étudiants d'aujourd'hui.

Une élite féminine s'est imposée. Elle vient en général des classes moyennes, moyennes-supérieures, où les jeunes filles ont pu faire des études mais où, surtout, elles "en veulent".

Or le mouvement, qu'il qualifie lui-même de "surprenant" par son ampleur et sa rapidité, risquerait selon lui une régression. "Dans quelques années le réveil risque d'être cinglant, affirme-t-il, et dommageable pour les femmes".

Son observation et ses hypothèses s'appuient sur les années passées comme formateur d'abord à l'Ecole Normale Supérieure de Casablanca, puis à l'E.F.A. Il semble ainsi qu'il y a dix ans, des différences fondamentales existaient au niveau des acquis des jeunes filles par rapport à leurs collègues masculins, en particulier pour les candidats de l'E.N. S., souvent issus des classes moyennes: "les filles étaient nettement en avance sur les garçons, dit-il, tant sur le plan intellectuel qu'en ce qui concerne la maturité, le sens des responsabilités...". Ce sont des jeunes filles de ce type qui ont donné la génération des cadres, créatrices d'entreprises, des "battantes" qui s'imposent actuellement.

Comment expliquer cette supériorité alors que les chances au départ semblaient contredire cette éventualité ? L'éducation familiale, qui revoyait les garçons au jeu une fois le travail scolaire accompli, cantonnait au contraire les filles dans la sphère domestique, l'aide aux tâches ménagères.

C ' est ainsi sans doute que les filles ont appris à reconnaître la force ou la faiblesse de leur désir d'apprendre, le goût de l'effort, la nécessité du travail . Sans frustrations positives, "salutaires", dit M. Randonneix, l'être humain ne se développe pas, ne constitue pas sa "colonne vertébrale" psychologique, devient incapable d'effectuer des choix.

Oril constate ces dernières années une inversion de la démarche: les mères qui ont lutté pour obtenir l'égalité avec les hommes auraient elles mêmes élevé des filles qui plongent dans I ' irresponsabilité et risquent ainsi de perdre, doublement, dans le contexte de la compétition professionnelle actuelle, les acquis difficilement conquis par la génération précédente.

M. Randonneix accuse plutôt la défection parentale, le fait que "les filles ne passent plus par les phases éducatives difficiles, dont les traumatismes pouvaient être salutaires".

Aujourd'hui, dans les mêmes milieux, la fille, qui autrefois aidait la mère, commande la "bonne", parce que les parents eux-mêmes sont dépassés, dit-il. On leur évite la peine qui leur donnait leur supériorité.

L'enfant a besoin de contraintes, de connaître le prix, la peine des choses pour leur accorder une valeur,

éviter par exemple le gaspillage de l'argent, des objets, de soi-même aussi peut-être? En ce sens, la société marocaine disposerait encore de l'atout de ses valeurs religieuses, l'Occident s ' orienterait surtout sur la réalité de la sélection. Mais si le groupe permet de se "cacher", de se déresponsabiliser, de jouer sur les leurres que finalement I' utilisateur ne maîtrise pas lui-même, M. Randonneix se demande dans quelle mesure on peut encore faire machine arrière. Quoi qu'on en pense, il semble que les femmes aient intérêt à se tenir sur leurs gardes si elles ne veulent pas fragiliser inconsidérément leur avenir, ni "couper la branche sur laquelle elles semblaient pouvoir s'asseoir . 

Thérèse BENJELLOUN

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