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Société

Projets de femmes/Mbarka Kouraichi:
Une vie de dur labeur… Un revenu incertain

Par L'Economiste | Edition N°:3045 Le 12/06/2009 | Partager

Elles viennent de l’Atlas, du Rif, du Sahara, de Fès ou d’Azemmour. Elles sont 256 femmes, représentant 38 villes et villages, au sein du Réfam Dar Maâlma, Réseau des femmes artisanes du Maroc, créé en mai 2008. Et c’est toute cette diversité sociale, culturelle, mais surtout cette détermination à vouloir changer le quotidien que L’Economiste publie une série de portraits et de tranches de vie, faites de défi, de sacrifices et de persévérance.. Cette septuagénaire continue à travailler malgré son âge avancé . Trois mois de travail pour un seul coupon vendu entre 400 et 700 dirhamsL’histoire de Mbarka Kouraichi est peut-être la plus triste et insolite de toutes celles que nous avons abordées. Quand on l’invite à nous raconter son parcours, en guise de mots, elle nous répond par un long et profond soupir. Dans le programme de renforcement des capacités des femmes artisanes, instruit dans le cadre du projet Dar Mâalma, elle a été initialement écartée des ateliers de formation, compte tenu de son âge avancé et de l’état de sa santé. Mais à la grande surprise des organisateurs, elle insiste et exige de suivre les ateliers au même titre que les autres membres du réseau. Et c’est en élève assidue qu’elle participe à toutes les sessions de formation. Elle n’hésite jamais à prendre la parole en atelier pour parler de son expérience et de son travail. Cette septuagénaire continue à travailler à ce jour malgré son âge avancé. Et pour cause, personne ne peut subvenir à ses besoins. Elle fait partie de la génération qui a grandi sous le protectorat français. Le destin a été très dur avec elle. Née à Sidi Mallek, Zaouit Sidi Driss dans la province des Sraghna, sa maman décède alors qu’elle est à peine âgée de quatre ans. A quatorze ans, elle est mariée à un homme veuf et père de trois enfants. Il était «fkih guérisseur» et voyageait de village en village, dans la région de Tadla Azilal, pour soigner et guérir les esprits malades. Elle était tenue de l’accompagner dans ses différents déplacements. Lui, voyageait à dos de mulet et elle le suivait à pieds, portant ses enfants sur le dos. Elle n’a jamais eu de domicile fixe. Leur mariage dure six ans. Le vieux fkih décède la laissant sans ressources avec deux enfants en bas âge. Il lui fallait trouver vite un métier pour survivre et nourrir ses enfants. Elle a pour simple héritage un âne et ne possède comme outils qu’un vieux «karchal»De ce fait, le choix du métier s’impose de lui-même. Elle commence à carder la laine pour les femmes de son douar et celles des douars voisins. Sur le dos de son mulet, elle parcourt la région en emportant son «karchal» et ses pelotes de laine pour offrir ses services. Elle profite de cette période pour apprendre à tisser et commence à fabriquer des voiles pour «djellabas» dites «Bziouia». Sur son métier à tisser, elle passera des heures à entrelacer les fils de laine et de soie. Le tissu bzioui est fin et transparent, spécifique au village de Bzou, dans la région de Tadla Azilal. Les «djellabas bziouies» de Oumi Mbarka sont réputées dans toute la région pour leur finesse et leur beauté. La réalisation d’un coupon, appelé «kharka», nécessite deux à trois mois et elle le vend entre 400 et 700 dirhams. Ces mêmes tissus peuvent être achetés dans le commerce à Casablanca, notamment au quartier des Habous, entre 3.000 et 4.000 dirhams, voire même 5.000 dirhams. Combien parmi ceux qui enfilent leur belle «djellaba bziouia» pour se rendre à une fête ou à une réception, s’interrogent sur le devenir de la femme artisane qui a peiné durant deux à trois mois pour leur offrir un si bel habit? Sûrement très peu, sinon Oumi Mbarka ne serait pas encore contrainte à travailler pour pouvoir survivre. Elle produit trois djellabas par an. Après la vente, en bonne gestionnaire de base, elle garde un tiers de son revenu pour la matière première, en l’occurrence la laine et les fils de soie, le reste elle vit avec. En dépit de ce revenu modeste, elle réussit à élever sa fille, aujourd’hui mariée et qui fait le même métier que sa mère et un fils qui a tout de même pu passer le bac, mais faute de moyens n’a pu accéder à l’université, ni même trouver un emploi régulier.Actuellement, elle n’a qu’un souhait, avoir un agrément de taxi car elle ne peut plus travailler. Elle estime qu’elle le mérite par sa filiation de «Chrefa de Sidi Driss». D’ailleurs, c’est avec une grande fierté qu’elle exhibe l’attestation de son arbre généalogique. Ce document est précieux pour elle. Elle ne s’en sépare jamais. Pour solliciter son agrément, elle a fait plus de quarante demandes et a frappé à toutes les portes susceptibles d’accéder à sa requête. Mais au-delà de cette filiation, selon les points de vue, objective ou subjective, il n’en demeure pas moins que cette femme a travaillé toute sa vie, et se trouve en fin de parcours sans couverture sociale. L’histoire de Mbarka Kouraichi met au-devant de la scène le vécu d’un nombre important de personnes dans sa situation. Combien sont-elles? Comment la société pourrait leur assurer une fin de vie décente et sereine? La question se pose avec acuité.


Les plus raffinées et les plus chères

La djellaba bziouia est parmi les plus raffinées et les plus chères du Maroc. Elle est faite totalement à la main par les femmes du village de Bzou, situé dans la région de Tadla Azilal. Le coupon de tissu réalisé s’appelle «Kharka». Il est produit au compte-goutte par les dernières détentrices des secrets de fabrication de ce tissu noble et précieux. Sa réalisation demande deux à trois mois de travail. Le processus est très complexe. Il débute par le choix de la laine, sa préparation et son cadrage afin d’obtenir des fils de laine finement filés qui seront mélangés à des fils de soie naturelle. Avec des gestes magiques, l’artisane procédera à l’enlacement des fils. Elle nous donnera en fin de parcours un voile fin et délicat, que seuls les initiés peuvent en apprécier la valeur. Fawzia Talout Meknassi

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