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    Projets de femmes
    Fatima Batrone: Une pionnière du Moyen Atlas

    Par L'Economiste | Edition N°:3003 Le 14/04/2009 | Partager

    Elles viennent de l’Atlas, du Rif, du Sahara, de Fès ou d’Azemmour. Elles sont 256 femmes, représentant 38 villes et villages, au sein du Réfam Dar Maâlma, Réseau des femmes artisanes du Maroc, créé en mai 2008. Et c’est toute cette diversité sociale, culturelle, mais surtout cette détermination à vouloir changer le quotidien que L’Economiste publie une série de portraits et de tranches de vie, faites de défi, de sacrifices et de persévérance.. Travailler toute la journée pour un salaire mensuel de... quatre sacs de farine et trois litres d’huile . Elle quitte l’école très tôt pour devenir 25 ans plus tard chef d’entreprise. Mais elle a dû composer avec une société très conservatriceFatima Batrone a quitté l’école à la dernière année du primaire. Elle est alors âgée de 10 ans. Et pourtant, c’était une écolière douée. Mais aller au collège le plus proche qui se trouvait en ville est une perspective inenvisageable et même honteuse dans son village. Nous sommes dans les montagnes du Moyen Atlas, plus précisément dans le village de Daounat dans la province d’Azilal. Fatima se résigne et intègre le foyer féminin de l’Entraide nationale. Durant cinq ans, elle va apprendre différents métiers manuels, la broderie, la couture et le tissage. A quinze ans, elle obtient ses diplômes. Elle devient alors monitrice dans le même centre. Elle a des classes composées de jeunes filles qui peuvent atteindre soixante stagiaires par atelier. Elle travaille toute la journée et reçoit comme unique et seul salaire, quatre sacs de farine et trois litres d’huile par mois. En 1984, elle est mutée à un nouveau centre à Imilil à six kilomètres de Daounat. Elle continue à recevoir le même salaire fait de denrées alimentaires et doit en plus payer les frais de déplacement en taxi jusqu’au lieu de son travail. Lasse! Elle exige qu’on lui paye une rétribution mensuelle. Le centre n’a pas de disponibilités budgétaires. Se sentant peu motivée en termes de carrière et ne percevant aucune amélioration de sa situation, elle prend son courage à deux mains et choisit de rompre avec la routine qui la mine. Elle quitte dès lors l’Entraide nationale. Riche de sa première expérience, elle décide d’entamer une aventure entrepreneuriale. Elle veut une activité où elle se sent utile. «Je voulais travailler, tout en aidant les autres», précise-t-elle. Elle résolut de continuer dans son domaine et de dispenser son savoir à des filles de la région. Elle ouvre son propre centre de formation à Damnat et se met ainsi à former des jeunes filles aux techniques de la broderie et à la couture. Ambitieuse et perspicace, elle développe en parallèle de son centre de formation, un atelier de fabrication de produits artisanaux. Elle recrute des femmes du village pour l’aider dans son travail. Elle les paye à la pièce. La production se fait principalement au rythme des commandes reçues. Par la suite, elle décide d’anticiper la demande et même de la susciter principalement à l’occasion de la période des vacances de la communauté marocaine à l’étranger. Elle commence à produire en grosses quantités. Elle consacre la devanture de son atelier à une boutique qu’elle destine à la vente des différents produits fabriqués par les femmes de son atelier. Durant la mi-juin au début du mois de septembre, elle a un revenu convenable, qui peut avoisiner les 10.000 dirhams. Heureuse de sa petite entreprise et de son indépendance matérielle, Fatima mène dans son village de l’Atlas une vie sereine et laborieuse. Pourtant, la région de l’Atlas est connue pour être une société fortement conservatrice. Elle a ses codes et ses rites. Ces derniers sont particulièrement durs à l’égard des femmes et principalement en ce qui concerne leur droit au mouvement. Tout déplacement hors du village exige la présence d’un homme de la famille. Fatima saura, progressivement, comment imposer sa volonté. Sans transcender aux us et coutumes, elle acquiert subtilement ce droit. Et c’est en femme accomplie, souvent seule, qu’elle se rend dans différentes villes du Maroc pour l’achat des matières premières nécessaires à sa production, généralement du tissu, de la dentelle, du fil à broder et autres. C’est aussi en bonne commerçante qui sait saisir les opportunités, qu’elle participe à différentes foires et expositions tant nationales qu’internationales. L’essentiel de son revenu est consacré aux études de ses enfants, pour lesquels elle nourrit de grandes ambitions. Elle souhaite que sa fille soit médecin et son fils ingénieur. Dans ce parcours passionnant, elle a le soutien total et absolu de son mari. «Mon époux a toujours considéré ma passion. Il sait que je ne peux pas vivre sans mon travail», dira-t-elle, non sans une intonation de fierté à l’égard de ce mari, respectueux de certains aspects de l’égalité homme/femme, principalement le droit de la femme au travail. Dans son milieu elle est certes une pionnière. Mais sa réussite professionnelle, son sérieux et son dévouement à autrui ont forcé le respect de son entourage. Actuellement, elle est une femme leader qui est consultée pour les affaires économiques, politiques et sociales de sa tribu. N’oublions pas que sous le poids de la tradition, Fatima n’a pu terminer ses études. Mais vingt-cinq ans plus tard, elle est chef d’entreprise. Afin d’atteindre cette position enviable par de nombreuses femmes de sa région, elle a dû faire face à de nombreux tabous et relever moult défis. Elle a contribué, tantôt d’une manière volontaire, tantôt involontairement aux changements des mentalités de son entourage. Sa réussite a forcé le respect. Elle est vécue comme une sorte de revanche sur une société qui l’a privée de son droit à l’éducation scolaire. Fatima est aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise qui emploie une douzaine d’employées, certaines sont avec elle depuis le début de son aventure, il y a 25 ans. Fatima croit fortement en l’impact positif de l’entreprenariat sur la condition de la femme et sur sa situation sociale et économique. Grâce à son rang de femme chef d’entreprise, elle a pu s’affirmer, conduire sa vie selon ses choix et acquérir une indépendance matérielle confortable. Fatima veut partager son expérience avec d’autres femmes, elle n’hésite pas de ce fait, à prodiguer du conseil et de l’encadrement à celles qui sont désireuses de créer leur propre entreprise.


    Moyen d’émancipation

    L’insuffisance de qualification est à l’origine de l’intérêt que les femmes ont porté à l’exercice d’une activité indépendante, souvent dans le secteur de l’artisane. La création de la microentreprise artisanale se fait la plupart du temps dans un cadre informel. Elle est perçue à ses débuts comme une nécessité et un moyen pour lutter contre la pauvreté. Mais presque toutes celles qui ont réussi, reconnaissent que l’entreprise leur a permis de s’émanciper et de s’épanouir. Elle leur a ouvert des perspectives qu’elles étaient loin de soupçonner. Par manque de moyens et de formation, le développement de la mono-entreprise artisanale se fait au jour le jour. Il faut néanmoins noter que les activités rémunératrices féminines ont par effet d’entraînement des impacts positifs sur la situation de la femme, l’éducation de ses enfants et sur son environnement. Leur statut au sein du groupe familial s’en trouve renforcé et elles ont une plus grande présence dans la communauté. Fawzia Talout MEKNASSI

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