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    Proche-Orient: L'année de la désillusion

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Palestiniens de l'OLP et Israéliens craignent les violences du Hamas. La Syrie n'a pas encore signé d'accord de paix. C'est tout le Proche-Orient assoiffé de paix qui est déçu des événements. L'avis d'un spécialiste de Ha'Aretz, quotidien de référence en Israël, connu pour l'indépendance de ses analyses et ses positions avancées.

    L'année de la désillusion. Nombreux sont les Israéliens et les Palestiniens prêts à surnommer ainsi 1994.

    Quatorze ans séparent cet accord historique de la poignée de mains, celle qu'ont échangée Begin et Sadate lors de la conclusion des accords de Camp David en 1979. Cela semble être hier.

    Or, un peu plus d'un an seulement après l'accord sur l'autonomie de Gaza et Jéricho, les deux parties ont l'impression que 1994 a duré des siècles.

    L'année écoulée était censée démarrer par la réalisation de l'autonomie. Or, celle-ci n'est intervenue que le 4 mai: un retard fort significatif de l'atmosphère explosive de la région. On devait aboutir aussi à un vrai dialogue entre Israël et la Syrie - pays-clef s'il en est.

    La signature d'un accord de paix aurait forcément mené à d'autres signatures: avec la Jordanie par exemple, qui n'a jamais osé faire bande à part, vivant dans la crainte de son grand voisin, ou le Liban qui n'est plus aujourd'hui qu'un protectorat syrien.

    Pour les Israéliens, la désillusion provient du fait que l'autorité palestinienne n'a pas été en mesure - ou n'a pas eu la volonté - de mater le terrorisme.

    Celui-ci constitue d'ailleurs, selon eux, un ennemi commun pour Israël et l'O.L.P. La plupart des Israéliens ont du mal à admettre qu'Arafat soit en position de faiblesse. Ils préfèrent croire à son absence de volonté, plutôt qu'à une incapacité à agir. Même les heurts meurtriers qui ont eu lieu un vendredi de novembre, entre des policiers palestiniens et la foule sous influence des intégristes, n'ont pas eu de suite, sauf de décourager les Israéliens.

    Une faim non assouvie

    Dans l'optique des Palestiniens, les victimes sont dans les deux camps, la tuerie de la mosquée d'Hébron le 25 février dernier, bien que considérée par Israël comme l'acte totalement fou d'un colon isolé, reste dans leur mémoire comme un acte prémédité par l'Etat lui-même.

    Mais pour les Palestiniens, la désillusion majeure provient du fait que leur leader mythique n'a pas réussi à "leur livrer la marchandise". Il n'est pas parvenu à améliorer leur niveau de vie et à les sortir du marasme économique.

    Leur faim - et il s'agit bien là d'une vraie faim et non pas d'une faim allégorique - n'est pas assouvie, ce qui conduit certains d'entre eux à une violence extrême.

    Face au terrorisme, Israël se voit obligé de maintenir ses frontières fermées et les Palestiniens, dont la plupart travaillaient en Israël, se retrouvent privés de ressources. C'est l'histoire de la poule et de l'oeuf: le terrorisme mène à l'isolation de chacune des deux parties, ou cette isolation -que la fermeture des frontières rend tangible, mène elle-même au désespoir et au terrorisme? La question n'intéresse personne dans les territoires, inquiets pour leur survie de plus en plus difficile à assurer.

    Quant à l'accord d'Oslo, il n'a pas prouvé qu'un Etat palestinien souverain avec Jérusalem-Est comme capitale est à portée de main. Loin s'en faut: l'accord de paix conclu entre Israël et la Jordanie, dans lequel le premier a reconnu le "rôle historique" de la seconde en ce qui concerne la protection des sites religieux, a été considéré par les Palestiniens comme la révélation au grand jour de la vraie politique israélienne. Celle-ci aurait pour objet de semer la discorde entre les Arabes, et tiendrait la question palestinienne pour secondaire, les Palestiniens servant simplement d'appât pour attirer les pays arabes.

    Assad loin de Sadate

    Nul ne sait où l'on en est vraiment du dialogue israélo-syrien mené en secret, et le public se nourrit presque uniquement des divulgations publiées dans la presse. Il est certain cependant que les prévisions de Rabin pendant la campagne électorale de 1992, annonçant une paix conclue en six mois, ne se sont pas réalisées. Ni même en deux ans.

    Il est possible que le public israélien accepte sans joie de se séparer du plateau stratégique du Golan. Mais le président Assad n'est pas du genre à aider l'opinion publique israélienne.

    L'époque du président égyptien Sadate et son goût pour les gestes spectaculaires est loin. Assad, lui, préfère empêcher des journalistes israéliens d'assister à une conférence de presse donnée conjointement avec Clinton. Ne point céder aux pressions qui l'ont appelé à condamner le terrorisme. Surtout, il n'est pas prêt à rappeler aux nostalgiques la visite de Sadate à Jérusalem en 1977.

    Happy End

    Année de désillusion comment le nier? Mais comment nier aussi que le Proche-Orient a fait un progrès énorme? Certes, il s'est avéré que le "pays-clef" pour la paix dans la région n'est pas -encore- un pays mais un peuple, le peuple palestinien. Mais les conséquences de cette erreur ne sont pas toutes regrettables: les Jordaniens ont suivi les Palestiniens et, le 26 octobre, un traité de paix "facile à digérer pour les Israéliens" a été signé entre les deux pays. De plus, la reconnaissance d'Israël par un grand nombre de pays orientaux, comme le Maroc, la Tunisie, les pays du Golfe persique, et même les pays musulmans d'Extrême-Orient, a tout changé. Plusieurs bureaux de contact israéliens ont été ouverts dans des pays autrefois ennemis. Des relations économiques commencent à se forger grâce à la grande et somptueuse Conférence de Casablanca, organisée fin octobre avec la participation d'Israël. Enfin, la Ligue Arabe s'est prononcée pour la levée (du moins partielle) de l'embargo économique contre Israël. Et cette année s'est achevée par l'attribution conjointe du prix Nobel de la Paix à Yitzhak Rabin, Shimon Pérès et Yasser Arafat.

    L'espoir pour 1995 n'est donc pas entièrement dissipé. Shimon Pérès explique la désillusion par le fait que le processus de paix avec les Palestiniens a commencé... avec le "Happy End" d'Oslo.

    Le début du film n'a suivi qu'après. En même temps, les deux acteurs principaux du film savent fort bien que l'intégrisme est à la porte du studio et qu'ils sont bel et bien dépendants l'un de l'autre.

    Une interdépendance qui lie aussi Israël et la Syrie.

    Israël désire absolument se débarrasser du Hezbollah qui mène au Sud Liban, sans gêne, ses opérations téléguidées par Damas.

    Quant à la Syrie, elle désire sortir de son isolement grandissant dans le monde. Pour tous les deux, 1995 offre la possibilité d'achever ce long parcours de la paix en offrant le "Happy End"... à la fin.

    Evénements majeurs sur la scène internationale

    • Réalisation des accords d'autonomie à Gaza et Jéricho et accord de paix signé entre Israël et la Jordanie.
    • Echec international face à la crise bosniaque.
    • Risque de dislocation de la Russie face à la crise tchéchène.
    • Massacre de centaines de milliers de personnes au Rwanda, suivi de la mort d'autres milliers dans les camps de réfugiés au Zaïre.

    • Elections multiraciales en Afrique du Sud.

    Adar Primor, Ha'Aretz,

    Foreign editor, Israël

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