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Proche-Orient, la guerre qui vient
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2757 Le 16/04/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)Une horloge arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jour. Même chose au Proche-Orient. A force d’annoncer la guerre, les analystes finiront par avoir raison. Depuis plusieurs mois, les indices de conflit s’accumulent. Qu’on en juge! Septembre 2007: bombardement israélien d’une installation nucléaire en Syrie. Février 2008: accroissement spectaculaire des capacités américaines de stockage pétrolier; assassinat le 12 à Damas du numéro 2 du Hezbollah. Mars: présence de bâtiments de la 6e flotte US au large du Liban. Avril: manœuvres israéliennes, les plus importantes jamais organisées dans le pays; annulation d’un voyage en Allemagne du ministre israélien de la Défense; mouvements de grandes unités syriennes; rappel de réservistes en Syrie. Avril, d’ailleurs, est le mois idéal pour lancer de vastes opérations. Le nom de la manœuvre israélienne laisse rêveur: «Turning point»,  le «tournant», une expression employée par Churchill pour célébrer la reddition de la 6e armée allemande à Stalingrad en 1943. De tous ces faits, aucun n’est en soi déterminant. Tous ensembles, ils impressionnent mais sans rien dire des évènements à venir. Si guerre il doit y avoir, où, quand et contre qui aura-t-elle lieu? L’ennemi d’Israël le plus immédiat est à Gaza. Si les FDI(1) veulent prendre leur revanche de leur échec au Liban, l’été 2006, contre le Hezbollah, elles doivent d’abord neutraliser le Hamas pour ne pas être contraintes de se battre sur deux fronts. Plusieurs sources font état de l’intention d’Israël d’envahir la bande de Gaza mais nul ne sait quand l’opération interviendra. Toutefois, les indices relevés donnent à penser qu’un affrontement entre Tsahal(2) et le Hezbollah n’est pas inimaginable, à condition pour Israël  d’en avoir fini avec le chaudron de Gaza. De ce chaudron s’échappent des vapeurs brûlantes. L’enfermement dont ils sont les victimes paraît aux «Gazaouis» de plus en plus insupportable. Jeudi dernier, Le Caire a interdit toute livraison de marchandises à Rafah, ville égyptienne proche de Gaza. Mieux vaut ne pas inciter les Palestiniens à forcer de nouveau la barrière qui les sépare de l’Egypte. La veille, des militants du Hamas avaient attaqué le dépôt de carburant de Nahal Oz, situé du côté hébreu de la frontière, tuant deux civils israéliens. Mardi 8, un accrochage dans le sud de Gaza a coûté la vie à un Palestinien et à un soldat israélien. Vendredi 11, cinq Palestiniens, dont deux adolescents ont été victimes des tirs d’un char. Ce matin-là, une unité israélienne a fait irruption dans le secteur central afin, dit le communiqué, d’y détruire des «infrastructures terroristes» et de contraindre les Palestiniens à se tenir éloignés de la clôture. Jour après jour, la situation se tend. Les tirs palestiniens de roquettes et d’obus de mortiers ne cessent pas. Israël se voit contraint d’agir sous peine de laisser le champ libre au Hamas pour parfaire sa préparation.. Une milice impressionnanteSelon un rapport d’un centre de recherche stratégique israélien(3), indépendant mais proche de l’état-major(4) et qui doit être rendu public demain, la branche militaire du Hamas progresse considérablement. Subventionnée par Téhéran, la milice améliore ses procédés d’infiltration en Israël. Elle réceptionne nombre de roquettes plus précises, plus lourdes et d’une plus grande portée, elle stocke des engins antichars d’un type éprouvé au Liban en 2006. Quatre-vingt tonnes d’explosifs ont été importées en huit mois. Venant d’Egypte et introduites à Gaza via plusieurs dizaines de tunnels, ces munitions servent à fabriquer des pièges puissants destinés à être enterrés le long des itinéraires. L’effort porte aussi sur la formation des combattants. Ils sont des centaines à suivre des stages au Liban, en Syrie, en Iran, dans les domaines du combat comme du maintien de l’ordre. 20.000 hommes seraient prêts à défendre Gaza contre un assaut israélien. A l’instar du Hezbollah en 2006, le Hamas veut exaspérer son adversaire pour l’amener à la faute. Les tirs de roquettes sont conçus pour attirer les FDI sur un terrain soigneusement préparé: Gaza! Une chose, en effet, est de tronçonner avec quelques chars la bande en plusieurs secteurs destinés à être traités un par un, une autre est d’inspecter à fond cet incroyable fouillis. A Gaza, constructions diverses, maisons, souterrains, impasses, ruelles, caves, positions de tirs, s’entremêlent sans logique apparente et sans plan disponible. Dans ces conditions extrêmes de combat urbain, l’enchevêtrement des combattants limite l’emploi des appuis et compromet la cohérence des actions de l’assaillant. Celui-ci, Israël en l’occurrence, risque à la fois de subir des pertes sensibles et de tuer des centaines de civils palestiniens, femmes, enfants, vieillards, jusqu’à créer une opposition déterminée, à la fois intérieure et étrangère, à toute opération majeure dans la bande de Gaza. Après 60 ans d’existence et quelques succès militaires signalés, Israël dispose d’un incomparable outil de combat, puissant, précis, manœuvrier. L’état-major, l’armée de l’air, l’encadrement des unités sont d’une qualité sans égal. Il n’existe quasiment pas d’armée au monde capable d’affronter Tsahal avec une once de succès. En revanche, deux milices, le Hezbollah et le Hamas, représentent désormais une grave menace pour l’Etat hébreu. A charge pour ce dernier non seulement de parer au danger mais de le supprimer. Exemple sidérant de tactique asymétrique, la menace à Gaza est fixe mais la forteresse, formidable. En son sein vivent, étroitement mêlés, combattants et familles. Pour vaincre, les Israéliens devraient instituer un régime de terreur avec otages et exécutions de masse. Bien sûr, il n’en est pas question. Au Proche-Orient, c’est donc plus que jamais l’impasse, fondée sur l’incapacité des uns et des autres à l’emporter militairement. Qu’elle est dérisoire la puissance des armes, s’il s’agit de frapper les esprits au cœur, de rallier les bonnes volontés, de surmonter les extrémismes! Devenue impossible, la guerre se meurt. Sans doute est-ce là une bonne nouvelle. L’ennui est que nul ne sait par quoi la remplacer…-----------------------------------------------(1) Forces de défense d’Israël.(2) Initiales en hébreu de «Forces de défense d’Israël» ou FDI.(3) Intelligence and Terrorism Information Center (ITIC) ou «Centre d’information sur le renseignement et le terrorisme», Tel-Aviv.(4) Ethan Bronner, «Hamas in Largest Arms Building Yet, Israeli Study Says», The New York Times, 10 avril 2008.


Le Hamas prêt pour l’épreuve de force

L'organisation paraît prête à mener une bataille urbaine d’envergure et de longue durée. Elle compte 20.000 hommes, articulés en cinq brigades, autonomes, bien structurées et encadrées, disposant de leur propre réseau protégé de commandement. Ces formations, conçues et entraînées pour le combat urbain, alignent tireurs d’élite, unités du génie, officiers de renseignement, système logistique élaboré. 7.000 roquettes sont stockées, d’une portée souvent supérieure à 20 km. Le terrain est soigneusement organisé, notamment en matière de positions de combat et de souterrains. Ces derniers sont utilisés pour les liaisons, les mouvements d’unités, le ravitaillement, les évacuations sanitaires.Ces miliciens ressemblent plus à des soldats réguliers qu’à des éléments disparates d’une bande armée. Ils portent casque, équipements, dispositifs de vision nocturne. Leur tactique n’est plus seulement celle de la guérilla; les hommes du Hamas, comme ceux du Hezbollah, recherchent l’engagement direct avec la volonté de causer des pertes sensibles à l’adversaire.(Cf. Barbara Opall-Rome, “Israel Prepares Military for Formidable Foe in Gaza Strip”, Defense News, USA, 24 mars 2008).

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