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    Economie

    Privatisation de la BMCE : "La banque n'est plus un secteur stratégique"

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    Trois des administrateurs de la BMCE figurent parmi les sept membres de l'Organisme d'Evaluation, mais il y avait eu de belles batailles de principes autour du lancement de la privatisation de cette banque. Le président, M. Abdellatif Jouahri, donne son point de vue et surtout refuse de parer les banques du titre "d'instruments stratégiques de l'Etat".

    - L'Economiste: Est-ce normal que la BMCE s'occupe de rechercher ses propres partenaires dans la privatisation?
    - M. Abdellatif Jouahri: Ce n'est pas exactement nous qui recherchons notre ou nos partenaires; c'est la banque-conseil choisie par le Ministère de la Privatisation, la banque S.G. Warburg, qui en est chargée. Cela dit, notre contribution ne sera pas négligeable.

    - Une nouvelle fois, le noyau dur sera constitué après la mise en bourse, n'est-ce pas gênant?
    - Il ne sera pas constitué, mais simplement complété, car je pense que les partenaires existent déjà dans notre capital. Dans la mesure où l'on annonce le schéma global et les parts équilibrées, cela ne gêne pas une mise en bourse, car que veut l'épargnant au fond? La sécurité, la rentabilité et la liquidité. Les trois critères sont remplis, ce qui est le cas pour les titres BMCE, l'épargnant estimera qu'il fait un bon placement.

    Le Conseil d'administration recomposé

    - Beaucoup d'observateurs pensent que la composition du Conseil d'administration ne sera pas fondamentalement modifiée.
    - Cela dépend des futurs partenaires, qui voudront certainement un siège au Conseil. Tous les institutionnels publics, sauf la CDG, Bank Al-Maghrib, l'OCP, l'OCE, l'ONTS quitteront le Conseil. Cela va quand même bouleverser la composition. Les trois institutionnels marocains, la CIMR, Al Amane et la Royale Marocaine d'Assurances, resteront certainement. Resteront aussi les étrangers présents, je pense. De plus, la configuration finale de l'actionnariat déterminera celle du Conseil.

    - Les banques étrangères qui sont déjà présentes peuvent-elles accroître leurs participations?
    - Oui, bien sûr.

    - Quelle serait la bonne stratégie pour la BMCE: voir les participations des partenaires étrangers présents s'accroître ou bien voir arriver de nouveaux partenaires?
    - On verra les résultats de l'appel d'offres. Les présents, qui connaissent la banque, ont peut-être des chances de faire les offres intéressantes, encore que rien ne soit vraiment joué. Le travail d'audit du cabinet international Coopers and Lybrand a été excellent. Tous les aspects ont été abordés au cours de cet audit, les engagements, le commercial, l'audit interne, le contrôle, la communication... y compris les prévisions de notre plan à moyen terme. Donc, même les nouveaux candidats auront en main un document capable de guider de manière sûre leurs offres. Nous pensons même installer ici un bureau d'informations pour les institutions qui souhaiteraient approfondir leurs interrogations.

    Qui est le partenaire idéal?

    - Quel serait pour vous le partenaire idéal de la BMCE privée?
    - Celui qui a la volonté de participer et d'appuyer le développement de la banque.

    - Une nationalité plutôt qu'une autre? Une spécialité plutôt qu'une autre?
    - Il y avait autrefois des nationalités diverses au Conseil: des Belges, des Italiens, des Américains, des Anglais... La crise de la dette a provoqué des retraits. Je pense que l'Angleterre, qui reste la première place financière au monde, mais qui n'est présente dans aucune banque marocaine, serait un partenaire intéressant. L'Italie, notre voisine sur le sol de laquelle se trouve une importante communauté marocaine, serait aussi intéressante. Le système bancaire arabe est, de mon point de vue, trop peu présent au Maroc. En fait, je souhaite un tour de table qui reflète la confiance qu'il a dans l'avenir de notre pays.

    - Est-ce que vous approuvez la décision du Ministère de la Privatisation d'attendre pour divulguer le prix de l'action
    - Totalement. Il faut que l'opération se déroule dans la transparence que rien dans l'attitude des pouvoirs publics et de la banque ne permette des manoeuvres préalables.

    - Est-ce une bonne chose d'avoir exclu la candidature de banques marocaines" ?
    - Certainement. Je ne vois pas quel pourrait être l'intérêt d'une banque marocaine, qui ne disposera guère d'une majorité du fait du schéma prévu, d'avoir une simple participation à la BMCE, et qui sera déductible de ses fonds propres, aux termes de la réglementation en vigueur.

    Secteur stratégique: Notion dépassée

    - Avant le lancement de la privatisation de la BMCE, il y a eu beaucoup de débats sur son caractère stratégique, qui aurait dû, selon les partisans de cette thèse, interdire la privatisation. Qu'est-ce que c'est, en 1994, une banque stratégique?
    - C'est une bonne question. La notion même d'instrument stratégique perd beaucoup de sa signification. L'Etat, de plus en plus, se dessaisit de son rôle de producteur, il assume de plus en plus ses fonctions de régulateur, de contrôleur. Au surplus, la concurrence aidant, tout un chacun cherche à se rapprocher de la qualité de service, cherche à se rapprocher du défaut zéro, et nous sommes tenus au secret professionnel.

    - Mais une banque est regardée comme un instrument de l'Etat pour la politique monétaire, celle du crédit?
    - Ces politiques de régulation restent entre les mains de l'Etat, cela n'implique pas que les banques qui les appliquent doivent être des banques publiques. Au moment de l'Indépendance, la BMCE avait été créée pour aider le commerce extérieur. Mais en réalité, la BMCE n'a jamais eu de privilèges dans ce domaine. Il avait même été envisagé qu'elle serait un organisme réescompteur, ce qu'elle n'est jamais devenue.
    Très vite les choses sont allées autrement qu'on ne l'avait pensé dans les années 59-60. Avec le PAS, tout est allé encore plus vite, ce qui, a mon sens, a fait émerger davantage la notion d'instrument efficient plutôt que stratégique.

    - Et pour les opérations sur des matières stratégiques comme le pétrole, les céréales ou encore les opérations que l'on appelle "spéciales"?
    - Ce n'est pas parce que l'opération est stratégique en elle-même que l'instrument qui sert à faire cette opération doit l'être aussi. Publique ou privée, une banque est tenue au secret. Les instances d'administration de la banque n'ont pas à connaître le détail des opérations.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

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