×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Président destitué de la Commune de Dar Bouazza : Ali Belhaj: "La Commune ne doit plus être considérée comme une annexe de la Préfecture"

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Ali Belhaj, président de commune en vue à Casablanca, jeune député de 33 ans, voulait faire de Dar Bouazza, commune rurale, une région industrielle et attirer les compétitions de surf. Ali Belhaj fait partie de la vague de destitutions qui a touché des présidents de communes. Il explique, dans un entretien accordé à L'Economiste, le déroulement de sa destitution, ses réalisations dans la région, mais aussi ses projets.

    - L'Economiste: Comment est survenue votre destitution?

    M. Ali Belhaj: La procédure de ma destitution a été viciée dès le départ, puisque la session a été tenue en mon absence et présidée par le caïd.

    L'article 7 du Dahir de 1976 prévoit la mise en cause des présidents de commune si les 2/3 des conseillers ou des élus le souhaitent. L'objectif est d'arrêter les défaillances ou les incompétences constatées dans l'exercice de la gestion communale. La limite est qu'il faut une continuité dans les hommes et les actions pour l'exercice de la démocratie.

    Toutefois, ce texte demeure flou sur les différentes modalités.

    En fait, qui convoque, préside et lève cette session? C'est le président de la commune, bien sûr.

    Le législateur a prévu cet article en toute bonne foi pour limiter les abus du président de commune. Malheureusement, dans la pratique, cet article 7 est devenu un outil de filtrage visant à écarter les "indésirables".

    - Quelle est selon vous la véritable raison de votre départ?

    - Tout simplement la zone industrielle de la région. L'autorité de tutelle a toujours été réticente à la réalisation de cette zone pour des raisons non avancées.

    La Commune de Dar Bouazza est cependant arrivée à dépasser tous les obstacles administratifs, et ce avec l'aide du Ministère du Commerce et de l'Industrie.

    Par la présence du premier ministre et du ministre du Commerce et de l'Industrie lors de son inauguration, la Commune de Dar Bouazza a affirmé son indépendance vis-à-vis de l'autorité de tutelle.

    - Qu'en est-il des projets déjà engagés à Dar Bouazza?

    - Nous avions entamé un travail de fond pour la réalisation d'un projet global autour d'un centre ville facile d'accès, une zone industrielle, un hôpital et des maisons de jeunes.

    Le lotissement et la vente des terrains à usage d'habitation et de commerce auraient servi à désenclaver la région, mais aussi à créer une véritable ville autonome octroyant du travail sur place pour les habitants, et ce grâce à la zone industrielle.

    8 demandes par lot

    Et cette zone industrielle?

    - Grâce à l'aide du MCI, nous avons loti la première tranche de 120 lots. Près de 850 demandes nous sont parvenues, soit 8 demandes par lot. Une partie était réservée aux RME, une autre aux jeunes promoteurs à un prix préférentiel. Enfin, une troisième a été réservée aux activités non polluantes, telles que la biotechnologie.

    Aujourd'hui, ce qui m'inquiète le plus, c'est que face à l'importance de la demande (850 demandes), les élus soient tentés de vendre les lots "au noir", ne déclarant qu'une partie de la transaction. Tous les critères objectifs, à savoir la création d'emplois, le caractère non polluant des activités, seront compromis. L'autre objet de mon inquiétude est le non-respect par les nouveaux responsables (qui étaient déjà là il y a 2 ans) de l'homogénéité architecturale du centre ville et du quartier d'affaires.

    Notre projet à long terme était le réaménagement de toute la côte allant de Casablanca à Tamaris, avec animation et restauration, à l'image de la côte espagnole. Plusieurs professionnels s'étaient engagés pour l'été prochain...

    - A côté de ces projets de grande envergure, avez-vous apporté un plus dans le quotidien de la population?

    - Tout à fait. La Commune a adopté quelques mesures pour améliorer les conditions de vie de la population défavorisée. La signature d'une convention entre la Commune de Dar Bouazza et l'OFPPT pour la formation du personnel de la Commune durant les week-ends a été citée en exemple par le ministre de l'Equipement lors d'une session au Parlement.

    Désarroi dans les bidonvilles

    Par ailleurs, nous avons institué avec l'aide d'une ONG une allocation de 300 DH en faveur des orphelins vivant avec leur mère, sous condition de scolariser l'enfant. Environ 120 enfants en ont bénéficié.

    Reste à savoir si le nouveau président de la Commune a les mêmes priorités, afin de conserver ces acquis.

    - Quel est le sentiment actuel de la population?

    - C'est l'inquiétude. J'ai la chance d'avoir créé plusieurs associations de jeunes. Je continuerai donc à agir dans ce sens.

    C'est cet esprit associatif autour d'activités sportives et culturelles qui peut sauver du désarroi les jeunes issus des bidonvilles.

    Désormais, mon action se focalisera sur ces jeunes démunis, car n'oublions pas que le taux de chômage de la Commune de Dar Bouazza est nettement supérieur à celui de Casablanca.

    Un débat national sur la corruption

    Comment, selon vous, la Commune pourrait-elle mieux jouer son rôle?

    - En fait, il est urgent d'adopter des mesures législatives pour que les communes deviennent de véritables outils de développement régional. Pour cela, la commune ne doit plus être considérée comme une simple annexe de la Préfecture mais une entité à part entière dotée de prérogatives propres.

    Mais le défi majeur du Maroc est la lutte contre la corruption des élus. Nous préparons un texte à cet effet, prévoyant des mesures de répression et de contrôle des élus.

    - Mais il existe déjà des textes sanctionnant la corruption?

    - En effet, mais il faut donner quelques exemples pour que les élus ne se considèrent plus au-dessus des lois. Il y va de la crédibilité de la démocratie auprès des citoyens. La présentation de ce texte au Parlement lors de la session prochaine sera l'occasion de lancer un débat national autour de ce fléau.

    Une troisième mesure concernerait l'adoption du scrutin de liste pour les prochaines élections. Les citoyens voteraient pour un groupe, ce qui assurerait une homogénéité des élus de la même commune, autour d'un même programme.

    - Est-ce par ambition personnelle que vous vous êtes engagé dans la politique?

    - Pas du tout. Je suis arrivé dans la politique tout à fait par hasard.

    Je me rendais régulièrement à Dar Bouazza et l'anarchie qui y régnait sur le plan de la construction mais aussi l'état d'abandon des plages m'ont incité à me présenter aux élections communales de 1992 dans cette Commune.

    Pour moi, l'objectif de base était de développer la région par la prise de décisions concrètes pouvant améliorer les conditions de vie des citoyens. Je conçois la Commune comme un outil de développement régional qui faciliterait la résolution des problèmes socio-économiques.

    Propos recueillis par Mouna KABLY & Meriem OUDGHIRI

    Le député et les beach boys

    Costume trois-pièces, un peu l'allure d'un golden-boy rescapé d'une tempête, Ali Belhaj affiche bien ses 33 ans. Selon lui, son projet de la zone industrielle de Dar Bouazza lui a été fatal. Le conseil communal l'aurait débarqué, en son absence. Limogé, Ali Belhaj raconte avec sérénité ses projets "qui lui tiennent à coeur", une aventure qui s'achève au bout de deux années d'exercice.

    MBA en poche, il intègre, en 1986, la Compagnie Financière d'Assurance, devenue depuis Wafa Assurance, et ce jusqu'en 1991. Un an plus tard, il se présente aux élections communales.

    Pour lui, le principal but était "le développement de la région par la prise de décisions concrètes pouvant améliorer les conditions de vie de la population".

    Une fois installé, Ali Belhaj se fixe comme objectif de désenclaver la région et ce par la construction de la route. Celle-ci se réalise par le biais d'une convention signée avec le Ministère des Travaux Publics, au début de l'année 1993. Le coût de la construction est estimé à 2 millions de DH dont les 2/3 financés par le Ministère et le 1/3 restant par la Commune. Disposant de peu de moyens, explique M. Belhaj, "nous avons mis en place un projet de centre ville avec 400 appartements et plus d'une centaine de commerces, ainsi que la représentation de diverses administrations. Les recettes des ventes serviraient à la construction de la route".

    Après l'achat du terrain et le lancement des appels d'offres, les travaux de la première tranche ont été achevés. La vente des lots a permis le lancement de la seconde tranche.

    "Ce projet aurait servi non seulement à désenclaver la région mais aussi à créer une véritable ville autonome, avec du travail sur place pour les habitants, toujours grâce à la zone industrielle".

    Par ailleurs, Dar Bouazza est une commune qui souffre de la défaillance en personnel médical, notamment de sages-femmes. Le nombre de handicapés liés aux problèmes d'accouchement reste très élevé, sans parler des cas de choléra ou de tuberculose. "A part l'APEI, institut privé, il n'y a rien", assure M. Belhaj. Avec l'aide d'une ONG, l'Association d'Aide aux Enfants Malades et des bienfaiteurs, environ 20 millions de DH destinés à la construction d'un hôpital, gratuit pour les défavorisés et les handicapés, ont pu être collectés. La commune a fourni le terrain; la construction et l'équipement hospitalier seront pris en charge par les ONG.

    "Le travail de la Commune a été accompli. A présent, ce sont les ONG qui mènent le projet. Celui-ci représente un enjeu vital pour Dar Bouazza, mais aussi pour la région de Had Soualem à Bouskoura. Et même Hay Hassani qui ne dispose pas d'un hôpital".

    Au niveau social, et avec des moyens modestes, des maisons pour jeunes et des terrains de sports ont été aménagés. L'école de surf a ouvert ses portes durant l'été 1993. Cours d'initiation ou de perfectionnement, formation de moniteurs et de juges, entraînements de haut niveau, le programme est chargé. La Commune de Dar Bouazza a pris en charge la construction de l'école. Depuis, les "beach boys" s'entraînent et organisent des championnats.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc