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    Economie

    Première étude de l'association "Maroc 2020" : Enseignement à la loupe des managers

    Par L'Economiste | Edition N°:224 Le 04/04/1996 | Partager

    Alors que le ministre fait la chasse aux "planqués" de l'Education Nationale et que les syndicats veulent arracher des échelons à coups de grève la société civile s'interroge sur l'avenir de l'école. "Maroc 2020", qui regroupe quelques dizaines de jeunes managers en vue, s'est lancée dans des projections pour le 21ème siècle. Une approche particulière où priment l'efficacité et le rendement.

    Octobre 2020.
    Un père tire par le bras son chérubin qui traîne, regardant les vitrines des marchands de micro-ordinateurs. L'enfant sait déjà écrire sur son clavier. Kalila Wa Dimna, il connaît sur CD Rom.
    La rentrée n'est plus l'angoisse d'antan pour les familles marocaines. Chaque enfant y trouve sa place et ils sont 95% à être scolarisés, contre 80% en 1995, quand le père y entrait.
    Notre chérubin accomplira sa scolarité jusqu'à l'âge de 16 ans comme la quasi-totalité de cette génération 2020-2021.
    Son père n'avait pas eu cette chance. A son époque, vers 1995, ils n'étaient que 34% à finir leur collège. Cela s'appelait un fort taux de déperdition. En ce 21ème siècle, le Maroc s'est doté d'un système d'enseignement de pays développé. L'analphabétisme est vaincu et tous les jeunes sortis du collège savent lire, écrire et compter, converser sur leur métier en anglais sur Internet. La formation professionnelle revalorisée reçoit d'ailleurs 40% des jeunes et les lycées 40 autres pour cent. Dans l'école à papa, les proportions étaient 4% et 20%, le reste se perdait dans la nature. La Banque Mondiale ne manquait pas de nous gronder pour cela.
    Ce sont là les projections de l'association "Maroc 2020" pour l'Education Nationale. Deux de ses membres en avaient la charge: M. Mounir Chraïbi (X, Ponts), directeur général de l'OFPPT et Ahmed Chami (Centralien), directeur général de Microsoft.
    Cette étude de 40 pages est la première d'une série que l'association veut réaliser, pour contribuer aux interrogations stratégiques du pays. La fiscalité, la santé et le système financier suivront.
    L'idée a été inspirée à l'initiateur de l'association, Ali Belhadj, jeune homme d'affaires et député, par l'étude "Malaysia 2020". Elle avait reçu l'approbation de son pays et inspiré les grands choix de politique économique.

    Un facteur de production

    L'éducation a été le thème prioritaire en raison de son poids socio-économique et des passions stériles qu'elle suscite. C'est pourquoi le "projet pour la réforme du système éducatif et de formation" tourne le dos aux grandes envolées lyriques qui mêlent l'arabisation, la gratuité, le généralisation, sans rien proposer de concret. Le premier rapport de la grande commission avait d'ailleurs abouti à un texte démagogique qui ignorait jusqu'au mot travail. Il fallait contenter tout le monde, et ne rien changer à l'enseignement que tout le monde dénigre, et dont l'état ne peut supporter le poids.
    Le rapport 2020 pose, lui, le problème en termes économiques et utilitaires. "Le savoir est un facteur de production, et les activités prépondérantes ne viseront pas à produire et distribuer des objets mais du savoir et de l'information".
    Le tout est de rendre le savoir productif et de penser l'éducation comme un outil de productivité.
    Cette préoccupation économique affichée n'est pas exempte de souci social. Là encore, le concept est moderne: "l'exclusion", c'est-à-dire le chômage, est la résultante d'une mauvaise adéquation éducation/emploi. Il suffit pour s'en convaincre de compter les chômeurs diplômés en droit ou en littérature arabe. Quant à "l'ouverture sur l'extérieur", elle est rappelée par "l'organisation virtuelle" qui ignore les frontières et l'espace. Un modem, une connexion, et vous voilà au travail, à condition que vous ayez bien appris la langue anglaise.

    Des acquis appréciables

    Ces préalables posés, l'étude commence pas une analyse de l'existant. Les études de l'association se donnent d'ailleurs pour objectif de faire le point sur une réalité, souvent éparse.
    Les acquis du système éducatif sont "appréciables". Au lendemain de l'indépendance, le taux d'analphabétisme était de 90%; il est ramené à 43%. 4,5 millions d'élèves et d'étudiants sur les bancs absorbent 25% du Budget d'un Etat qui finance d'ailleurs 87% de l'enseignement (contre 11% pour les familles et 2% pour les entreprises). Il reste l'opérateur privilégié en dépit de toutes les initiatives privées qui pullulent, sur les écoles maternelles ou de management.
    Par cycle, c'est la dépense dans le secondaire (13-18 ans) qui absorbe plus qu'il n'en faut, eu égard aux moyennes internationales. D'où le rééquilibrage prévu pour le fondamental pour une meilleure "performance".
    Le mot est lâché dans un domaine où ne règne que la logique de la fonction publique: les enseignants évoquent leur paupérisation pour justifier leur manque d'ardeur et l'absentéisme. Le ministre, M. Rachid Benmokhtar, refuse cette logique. Il veut d'abord en découdre avec les poches de gaspillage qui s'appellent demi-services et surnombre.

    Rendement très faible

    Pour sa part, l'étude met en cause tout le système, usant de la comparaison internationale. Le Maroc a le plus investi entre 1980 et 1991, et a abouti à un taux de scolarisation de 40% et une durée moyenne de 5 ans. Le "rendement est très faible". L'efficacité n'est pas meilleure, illustrée par le taux de scolarisation et d'abandon: 23,5% des enfants atteignent la fin du secondaire.
    Pour en sortir, l'association propose une "charte nationale" avec une "conception globale du système éducatif et de formation". Le système d'éducation de base (fondamental en 2 cycles) doit former le citoyen, avec des capacités de calculer, communiquer, s'autoformer. Deux filières, l'une développant les "capacités d'abstraction" et l'autre les "applications pratiques" doivent être offertes aux élèves, en fonction de leurs aptitudes. Le redoublement doit être aboli.
    Au-delà, les 3 années de lycée doivent préparer à l'université. Sinon l'élève doit aller vers une formation professionnelle revalorisée, qui doit "devenir la règle" et ne plus être un recours pour les recalés, mais une filière attractive.
    Par ailleurs, "le défi majeur" sera celui de la formation continue, "la durée de vie d'un métier étant rarement supérieure à 4 ou 5 années".
    Même l'enseignement supérieur devra être touché par la professionnalisation, souhaite l'étude. Il a connu une dégradation progressive depuis les années 80 et a abouti à un taux de chômage difficilement supportable pour la société. L'université inadaptée à l'économie doit geler ses effectifs, réadapter ses cursus.
    Khalid Belyazid..


    Les propositions de "Maroc 2020" en bref

    Un individu épanoui
    Le système d'enseignement actuel ne prépare pas à la vie active, il ne produit pas des personnes épanouies, mais dépendantes et passives. L'élève reçoit une information du maître qu'il ne doit que mémoriser. L'individu épanoui doit être:
    · autonome (pour compter sur lui-même et s'autoformer, notamment via l'outil informatique),
    · proactif (esprit d'initiative),
    .communicateur: le siècle prochain sera celui de l'information, il faut apprendre à travailler en groupe, maîtriser les langues et l'ordinateur. La faculté d'analyse doit être développée. L'élève, puis l'adulte au travail devra comprendre et trouver des solutions, et non ressortir des solutions apprises.
    Enfin, l'individu de demain doit être intègre. L'efficacité n'est pas synonyme d'une machine sociale froide. "Dans une société à la dérive, où la frontière entre le bien et le mal a tendance à disparaître, il est important que l'école renforce son rôle moralisateur", affirme l'étude.

    Nouveaux programmes
    Lire et écrire ne suffit plus, l'école fondamentale doit assurer une culture générale élevée. En mathématiques, prévoient nos ingénieurs qui sont passés par là, les programmes doivent se concentrer sur la conceptualisation et la modélisation des problèmes, plus que sur la résolution. Pas besoin par exemple d'avoir appris la division par un nombre à 2 chiffres pour calculer l'âge moyen de la classe, quitte à utiliser une calculatrice; l'essentiel est de concevoir le problème.
    La langue des maths et des sciences est le français. Rien ne sert de s'accrocher à l'arabisation de principe qui a abouti aux absurdités que l'on sait. "Dans le supérieur et la formation professionnelle, ces matières sont enseignées en français. Ce n'est pas prêt de changer. Le français reste la langue des milieux de travail, des innovations, après l'anglais".
    Les filières littéraires ne doivent pas recevoir ceux qui n'ont pu faire sciences mais avoir leur système de sélection propre.

    La nouvelle pédagogie
    Pour moderniser, rien ne vaut un beau concept classique: le mode d'enseignement socratique est remis à la mode pour l'an 2020. "Les enseignants devront utiliser des questions directrices pour aider à développer leur propre appréciation du sujet. Ce style actif, participatif, a plus de chance de retenir l'attention des enfants que le mode "didactique" prédominant". L'autoformation doit être inculquée dès le jeune âge. Il faut apprendre à poser les bonnes questions pour trouver les bonnes solutions, "apprendre à apprendre", par un acte de réflexion. Le transfert de la tête de l'enseignant à la tête de l'apprenant doit être revu.
    Le rôle de l'enseignant sera alors de rester observateur, de proposer le sujet de réflexion, la méthode
    Le travail en groupe doit prendre le pas sur un système individualiste consacré par l'examen en solitaire et le concours.
    Enfin, les salles de classes ne sont pas condamnées à n'avoir que le tableau noir craquelé comme seul matériel pédagogique. Des centaines d'écoles américaines sont déjà sur Internet. Il faut donc introduire les CD Rom interactifs-ordinateurs. L'ennui, c'est que le budget de fonctionnement est absorbé à 95% par les salaires des enseignants.

    Le taux d'encadrement
    En 1993, il y avait 27,6 élèves pour un enseignant dans le primaire, 17,1 dans les collèges et 13,0 dans les lycées; et il y avait 32 étudiants pour un professeur (chiffres 1991) dans le supérieur. Apparemment, les classes ne devraient pas être si bondées. En fait, beaucoup "d'enseignants" se retrouvent dans des postes administratifs.

    Khalid BELYAZID.

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