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Première approche statistique de l'informel : 480000 travailleurs, dont la moitié sont à leur compte

Par L'Economiste | Edition N°:43 Le 03/09/1992 | Partager

Il y a quelque 254.000 entreprises "non-structurées" en milieu urbain, estime une vaste enquête menée par la Direction de la Statistique. Pour l'exercice 1988, ces entreprises avaient produit pour un peu plus de 11% du PIB. Des chiffres colossaux, qu'il faut interpréter avec prudence.

LE travail de la Direction de la Statistique sur l'économie souterraine est la première enquête du genre et les difficultés conceptuelles pour sa réalisation sont considérables.
Ce travail, contrairement à celui sur les niveaux de vie par exemple, n'a pas fait l'objet d'une communication très active. Il est difficile de trouver des exemplaires des travaux, aujourd'hui. Pourtant, il ne semble pas que la Direction ou le Ministère Délégué auprès du Premier Ministre Chargé du Plan aient cherché à cacher les résultats, au contraire(1).

Valeur ajoutée: 20,6 milliards de DH

Les données avancées précisent les contours du paysage économique et social dans lequel évoluent les entreprises, structurées, non-structurées ou semi-structurées. Comme le fait remarquer l'introduction du rapport, le secteur dit traditionnel n'a pas disparu avec le développement économique moderne.
Au contraire presque, puisque le secteur informel a, à l'évidence, absorbé une partie non précisément chiffrée de l'accroissement de l'offre de travail(2).
Les quelque 245.000 entreprises non-structurées ont réalisé une production estimée à 30,937 milliards de DH et une valeur ajoutée de 20,632 milliards de DH. L'enquête calcule que cette valeur ajoutée représente 11,5% du PIB et que si on la rapporte uniquement aux branches d'activités relevées dans l'informel, cette valeur ajoutée du non-structuré se montera à 26% du PIB de ces branches.
Quelque 480.000 personnes, toujours selon les travaux de la Direction de la Statistique, travaillent dans le secteur informel et environ la moitié de ces personnes sont à leur compte. La proportion "d'employeurs ou associés" varie suivant la branche. Ils sont 39% des travailleurs de l'industrie non structurée, mais 66,8% du commerce informel et 48,4% des services "sous-terrains". On dit souvent que l'informel est un lieu d'apprentissage, mais les travaux de la Direction de la Statistique viennent contredire cette vision: il y a peu d'apprentis dans l'informel au sens où l'on entend le mot apprentis.
Par contre la partie qualitative de l'enquête fait ressortir que les entreprises de l'informel considèrent comme apprentis des travailleurs qui sont des salariés. "La période d'apprentissage est volontairement prolongée par les patrons", indique le rapport, qui explique ce prolongement par "une façon de réduire les charges salariales".

L'habillement et le commerce alimentaire

L'enquête note que les activités non-structurées sont fortement concentrées: il y a des sous-branches qui font l'essentiel de la production dans l'informel.
L'habillement, hors chaussures, représente par exemple 30% de l'informel industriel. Le phénomène est le même dans le commerce de détail: 30% de ce commerce est le fait de l'alimentaire et du tabac. Chez les services, la distribution entre le transport de marchandises, l'hôtellerie-hébergement et les services de réparation est plus égale. Cependant, c'est le transport qui arrive en tête, suivi de l'hôtellerie-hébergement. La réparation ne représente que 19% de la production informelle contre 28% pour le transport de marchandises.
La masse globale des investissements dans les entreprises non-structurées a été estimée à 503 millions de DH. L'enquête confirme que ces investissements ont été financés essentiellement sur le fonds propres de l'entreprise ou de l'entrepreneur. Logique, ce phénomène est confirmé par le fait que 90% des entreprises non structurées sont des entreprises individuelles, assurant environ 87% de l'emploi, de la production, des salaires et de la valeur ajoutée, observés dans l'informel.
Les entretiens avec les chefs d'entreprises non-structurées font ressortir que la tenue des comptes est primitive(3). L'enquête indique au passage que "l'un des critères les plus valables qui puissent être utilisés pour séparer les deux secteurs, entreprises structurées et entreprises non-structurées, est assurément la tenue de la comptabilité". 67% des entrepreneurs interrogés indiquent qu'il n'ont pas de notion sur la "gestion et la comptabilité de leurs unités". 17% des personnes interrogées expliquent qu'elles tiennent un registre de recettes et dépenses.

N.S.

(1) Une version brochée du rapport de la Direction de la Statistique sur le secteur informel a été réalisée dans les premiers mois de 1992. L'année d'observation est l'année 1988. L'enquête n'a été publiée qu'à un petit nombre d'exemplaires.
(2) Le décalage entre l'offre et la demande de travail dans le secteur moderne n'est pas aussi important qu'il devrait l'être, compte tenu de la croissance démographique et de l'exode rural. Une seule solution possible: le travail dans le secteur informel.
(3) L'absence de comptes précis a obligé les statisticiens à recourir à des méthodes spécifiques d'identification des ratios, longuement expliquées dans un chapitre de quelque 50 pages au début de l'ouvrage.

Précautions d'interprétation

LE travail, le premier donc dans ce domaine, souffre évidement d'approximations, longuement expliquées par le rapport. Ces approximations sont dues à la nature du sujet. C'est ainsi, note le document, qu'il a été relativement aisé de recueillir des données et déclarations sur les charges des entreprises. Par contre, explique le document, "lorsqu'on a à faire à leurs recettes, les chefs d'entreprises deviennent réticents et gênés, et partant, leur réponse est dans la plupart des cas loin de la réalité". Il ne faut donc pas attendre de l'enquête une vision exhaustive de l'informel. Il s'agit d'un sondage qui révèle, pour les sous-branches retenues, les montants approximatifs de productions, de valeur ajoutée, d'emplois,...
Les méthodes d'approche ont donc été diversifiées pour évaluer le CA, les recettes, les capacités productives,...
Trois branches d'études ont été retenues: industrie, commerce et services. Ne font pas partie des branches, comme le BTP, les branches relevant directement du secteur public, les sociétés constituées juridiquement, les entreprises soumises au BNR, les travaux à domicile, les activités ambulantes...
La nomenclature des produits et des sous-branches a dû être remodelée à cause des phénomènes de chevauchement.
C'est ainsi que les statisticiens invitent à la plus grande prudence lorsqu'il s'agit de rapporter leurs résultats sur les entreprises non-structurées à l'ensemble de l'économie: "le poids ne peut être évalué en raison de la non-concordance quant à l'agrégation de certaines branches". L'agrégation ne pourra être faite qu'à "travers la valeur ajoutée et l'emploi, seules variables pour lesquelles l'information est disponible".

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