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    Economie

    Premier Forum Finance au Maroc : Une première: le rassemblement des intervenants dans la réforme

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    "Deux ans, ce n'est pas beaucoup pour mener une telle réforme". "Tout traîne en longueur, nous désespérons nos partenaires étrangers". Entre ces deux extrêmes, une réforme de fond en comble, mais réalisée de manière inégale, la création d'un marché des capitaux.


    L'Economiste organise, les 25 et 26 mai prochains, le premier Forum Finance entièrement consacré à la réforme du marché financier marocain. Ce Forum est accompagné d'une Exposition pour les entreprises qui désirent montrer leurs matériels, leurs procédés ou encore leurs nouveaux produits, d'abord à un public spécialisé de professionnels et, ensuite, le samedi 27 mai 1995, au grand public.
    L'exposition est prise en charge par la société ID-Com.
    Depuis dix-huit mois, le domaine financier est le plus remuant des différents secteurs de l'économie nationale, fortement soutenu dans cette dynamique par les privatisations.
    L'éducation du public a été particulièrement rapide et les grandes entreprises commencent à se faire un point d'honneur à jouer la transparence.

    Pourtant, il reste de multiples points obscurs ou en suspens, car l'instauration d'un marché de capitaux est un processus global par nature. Aussi demeure-t-il des points de divergence entre les différents intervenants, lesquels n'ont pas eu, avant ce Forum-Finance, l'occasion de se retrouver tous ensemble. Obligés de travailler par branches distinctes les unes des autres, les opérateurs ont du mal à éviter les soupçons mutuels: "Les banques veulent freiner l'instauration du marché" , se plaignent les plus volontaristes des sociétés de bourse. "Faux, répond le Groupement professionnel bancaire, sinon pourquoi aurions-nous créé ou favorisé la création de sociétés de bourse". Banquiers et sociétés de bourse se retrouvent pour critiquer le Ministère des Finances ou la Banque centrale: "Les fonctionnaires ne comprennent pas l'enjeu de la vitesse". "Attention, répondent les autorités monétaires, vous êtes responsables de l'épargne des gens, vous ne pouvez pas vous amuser avec cela". Si, de piques en réconciliations, le marché avance tout de même, le débat stratégique y perd beaucoup.

    Or, dans les points objet de discussions figurent autant des interrogations de stratégie que des questions très pratiques.
    Au niveau des points stratégiques, il importe de signaler le débat sur le déficit budgétaire, l'influence du marché primaire sur le développement du secondaire ou, au contraire, le développement du marché secondaire entraînant la croissance du marché primaire, le poids à venir de la Banque centrale...
    Du côté des questions pratiques se trouvent aussi bien les problèmes de maîtrise technique des procédés et des procédures, que la mise en place de réglementations ou encore la levée d'empêchements juridiques très éloignés du secteur, comme dans le cas des hypothèques...
    Le partage des thèmes en six ateliers différents a été réalisé sur les recommandations d'un comité scientifique de premier ordre, regroupant les principaux intervenants sur le marché (Cf ci-contre).

    Les points mis en revue


    . Le nouvel environnement réglementaire: Il s'agira d'étudier les textes mis en place et à venir mais aussi d'explorer les modifications de comportements des acteurs sur le marché, l'arrivée de nouveaux acteurs.
    . Casablanca, place financière internationale, rêve ou potentialité? L'évolution de la Bourse de Casablanca est encourageante, mais quels sont les contraintes et les atouts du Maroc comme marché émergent à la lumière particulièrement des incidents survenus sur les marchés émergents?
    . Les produits financiers sont-ils adaptés? La radioscopie des produits nouveaux qui se mettent en place sur le marché financier marocain, et recherche les formes, existantes à l'étranger ou à inventer, qui rendront le marché fluide et efficace.

    . Nouveaux produits, nouvelles machines, nouvelles normes: Les innovation techniques, notamment de téléinformatique, soutiennent fortement le développement des marchés de capitaux. Quelles est l'offre au Maroc, présente et à venir? Quelles normes et quelles formations doivent être mises en place pour la sécurité des opérations?
    . Les institutionnels dans la mobilisation des ressources: En partant des caractéristiques propres aux ressources financières du Maroc avec notamment celles des Résidents Marocains à l'Etranger, comment peut-on évaluer le rôle des institutionnels?
    . Les conditions d'éligibilité au nouveau marché financier: Les conditions que devront désormais remplir les entreprises pour se servir au mieux du nouveau marché. Ces conditions ont trait aux règles de contrôle, d'information et de transparence. Un domaine primordial et encore peu exploré au Maroc.

    Les vraies leçons de l'Histoire


    L'usage veut aujourd'hui que l'on date la réforme du marché financier soit à partir de la loi bancaire, soit à partir de la loi réformant la Bourse. En réalité, les racines sont plus profondes. Elles méritent d'être rappelées, car aujourd'hui les tentations sont grandes d'abandonner le bon sens budgétaire.

    Les racines des réformes financières remontent à 1977, lorsque SM le Roi avait indiqué que deux réformes devaient être faites: celle du secteur public et celle des Administrations. Cette année-là, en effet, la première sonnette d'alarme avait retenti: la hausse des dépenses publiques allait plus vite que le pays ne produisait de richesses.

    L'effet-ciseau durement sanctionné


    Tandis que M. Abdellatif Jouahri, qui sera le ministre des Finances des temps difficiles, poursuit ses investigations sur le comportement des entreprises publiques, l'invitation royale n'est pas perçue dans toute son urgence.
    Au contraire, pas plus les gouvernements politiques de coalition que l'opinion publique naissante ne parviennent à mesurer l'effet-ciseau des finances publiques.
    "Nous avons fait le contraire de ce que nous devions faire", commentera quelques années plus tard(2) un Hassan Abouyoub, encore haut fonctionnaire chargé du commerce extérieur et artisan, avec M. Guessous, puissant ministre du Commerce des années 80, de la voie détournée pour le PAS, celle du désarmement des rentes de situations commerciales.

    La sanction de la myopie budgétaire devait donc être le choc financier de 1983 avec, en mars, l'impossibilité de payer les factures des importations puis à partir de l'été le Programme d'Ajustement Structurel.
    Elément méconnu de cette époque, l'une des premières réformes proposées était... la réforme du marché financier. Les experts de la Banque Mondiale comme ceux du FMI préparent plusieurs rapports dans ce sens, soulignant que le système bancaire avait vu son rôle se réduire au point qu'il n'accompagnait pas suffisamment la croissance: il servait pour près de la moitié de son activité de mobilisation de l'épargne, de pompe alimentant le Budget. Cette remarque, mais avec une ampleur réduite, est encore présente dans les analyses d'aujourd'hui.

    Les banques prisonnières


    Une idée encore en cours veut que ce soit les banques qui aient bloqué la réforme. La réalité des faits est moins séduisante pour les esprits batailleurs: si cahin caha, MM. Jouahri, Berrada puis actuellement Moulay Zine Zahidi et le remuant M. Saaïdi ont réussi à secouer les comportements des entreprises publiques (en clair: à leur apprendre qu'elles ne pouvaient plus téter gratuitement les mamelles du Budget), en revanche, la réforme administrative est restée en panne. Seuls M. Jouahri en 1983-84, puis M. Chérif pour le Budget de 1995 ont eu l'audace de tailler dans la croissance du Budget de fonctionnement. Entre ces deux dates s'est imposée la navigation à vue, entre la pression des deux gouverneurs de Bank Al-Maghrib, MM. Mohamed Bennani et Mohamed Seqqat, pour amener le Trésor à se comporter comme un emprunteur (un peu) normal, et la possibilité d'inventer des recettes budgétaires, y compris la pénalisation de l'investissement avec la manne du PFI.
    Difficile dans ces conditions de parler de réforme du système financier puisque la réforme de la politique budgétaire n'est pas vraiment faite.

    Pourtant l'enjeu de départ poursuit encore la politique économique, avec ou sans le PAS: hormis une forte croissance des entreprises privées, point de salut, pas même pour le Budget et encore moins pour les chômeurs, et sans un marché de capitaux fluide, pas de croissance forte.
    Depuis que ce marché est remis à l'ordre du jour politique bien des raideurs dogmatiques ont été levées: les privatisations et les trois augmentations de capital d'entreprises privées ont montré que le public veut placer son épargne en bourse et que cette épargne existe bel et bien; des entreprises spécialisées se sont infiltrées dans les fissures de l'ancien système financier et réclament vigoureusement l'alignement rapide du Maroc sur ce qu'elles ont pratiqué à l'étranger, l'esprit de modernisation a trouvé en M. André Azoulay à la fois un porte-parole et un instigateur discret, un Comité de suivi public-privé, sous la présidence de M. Saâd Kettani, pousse à la roue... Mais il n'y a toujours pas de message politique clair qui fasse le lien direct entre la lutte contre le chômage ou la croissance des entreprises et l'instauration d'un marché fluide pour les capitaux.

    Nadia SALAH.


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