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    Pourquoi tant de rebondissements dans les conflits gaziers?
    Par Francis GHILES

    Par L'Economiste | Edition N°:2431 Le 27/12/2006 | Partager

    Francis Ghilès est Senior Fellow de l’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone. Correspondant chargé de l’Afrique du Nord au Financial Times, consultant international, il collabore régulièrement au BBC World ServiceLes fantômes de la Guerre froide hantent de nouveau les couloirs du pouvoir dans certaines capitales occidentales. Un espion russe (ou ex-russe) solitaire est empoisonné à Londres. Dans cette affaire, le mystère s’épaissit de jour en jour, mais il ne faut pas oublier que dans la capitale britannique vit le meilleur écrivain du roman d’espionnage, John Le Carré, qui a d’ailleurs fait l’essentiel de sa carrière d’écrivain, précisément avec des romans d’espionnage mettant en scène la Guerre froide! Pendant ce temps, des opposants au président russe Vladimir Poutine sont assassinés en Russie même; plus piquant: le Kremlin est dirigé, pour ne pas dire qu’il est aux mains, d’un ex-employé du KGB. Cette même Russie a coupé les flux de gaz vers l’Ukraine voici près d’un an et menace de le refaire au 1er janvier prochain, cette fois-ci vers la Géorgie et la Biélorussie! Pourtant, la Guerre froide n’est pas de retour.Il vaut la peine de relire, dans le climat de méfiance qui s’installe entre l’Europe, les Etats-Unis et la Russie, le discours que l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill fit à Fulton dans le Missouri en 1946 et dans lequel l’expression de «rideau de fer» fut employé pour la première fois. Il y parlait d’une Russie en expansion, dont le prosélytisme idéologique était constant et des nombreuses capitales européennes qui étaient passé sous le joug soviétique – Varsovie, Berlin, Prague et Budapest, pour ne citer que quelques unes d’entre elles.Le monde a beaucoup changé depuis, et ces capitales sont aujourd’hui celles de pays fermement ancrés à l’Ouest; la plupart d’entre eux, membres de l’Union européenne. Et tous professent leur attachement au capitalisme libéral. D’autres, en revanche, tels Kiev en Ukraine, Tbilissi en Géorgie et Minsk en Biélorussie ne sont plus en Russie mais ont des liens avec l’ancienne métropole de l’empire, Moscou. Ces liens ne peuvent être aisément coupés: liens de dépendance énergétiques et aériens, minorités russes importantes vivant sur leur sol qui les rendent moins que totalement indépendants. Certains de ces pays rêvent d’accéder à l’Union européenne ou à l’Otan, mais ces rêves n’ont aucune chance de se concrétiser dans un avenir proche.. Même Lukachenko est puni!Dans son discours de 1946, Churchill donnait au président américain de l’époque, Harry Truman, un conseil qui reste valable aujourd’hui: «ne vous laissez pas bousculer par l’ours russe, restez unis avec vos alliés (européens), tachez de tendre la main à l’URSS (aujourd’hui la Russie)… reconnaissez que ce pays, qui a un passé glorieux, est soucieux de son rang et souhaite jouer un rôle dans le monde». Or, malgré l’avertissement du «Vieux Lion», les pays européens et les Etats-Unis affichent leur désunion face à la Russie, d’où ils importent une part croissante du gaz qu’ils utilisent, et comme avec les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord aiment à donner des leçons sur mille et un thèmes qui fâchent. L’incohérence des Occidentaux en général face à la Russie offre une leçon parfaite de comment ne pas conduire une politique étrangère digne de ce nom. Alexandre Lukachenko est puni, lui qui est resté politiquement un proche allié de Poutine, maître d’un pays qu’il dirige d’une main de fer et dans lequel les élections sont systématiquement truquées.. Incohérence européenneLa Géorgie est «punie», elle qui fait mine de flirter avec l’idée d’entrer dans l’Otan, encouragée en cela par les Etats-Unis (mais moins par l’Europe). Les pays européens ne sont pas cohérents dans leur politique vis-à-vis de la Géorgie et de l’Ukraine. Sachant les liens complexes et anciens qui unissent toujours ces pays à leur ancienne métropole impériale, ils se doivent de faire preuve de doigté. A quoi sert-il d’encourager la Géorgie à penser même qu’elle puisse adhérer à l’Otan, alors que personne, ni à Washington, ni à Paris ou encore à Londres, n’est prêt a se battre pour Tbilissi? A quoi sert-il d’envoyer des milliers d’observateurs suivre les élections en Ukraine, alors que l’on sait la population de ce pays profondément divisée quant à la nature des rapports qu’elle souhaite forger avec l’Europe de l’Ouest et la Russie? A quoi sert-il pour l’UE de «punir» Alexandre Lukachenko pour des élections truquées, alors que la Biélorussie risque de s’effondrer économiquement si Gazprom met à exécution ses menaces d’augmenter le prix du gaz?Les pays européens sont incohérents vis-à-vis de la Russie: ils plaident sans cesse en faveur de la liberté du marché mais accusent la Russie d’ingérence quand Gazprom applique une telle politique. Ils accusent la Russie d’utiliser la manière forte vis-à-vis de la Géorgie, de l’Ukraine et de la Biélorussie: c’est sans doute vrai mais que voit-on en Irak et ailleurs? Qu’un prix des hydrocarbures donne aux pays qui en sont détenteurs plus d’influence économique, quoi de plus normal? La loi du plus fort, que l’on sache, a toujours prévalu. Ce qui rend la politique européenne et américaine incohérentes, c’est à la fois le manque de réalisme et d’acceptation de ce que la Russie considère comme ses intérêts stratégiques. Cette façon de mélanger constamment les questions politiques, de droits de l’Homme et économiques et la constante discordance des remarques de MM. Bush, Blair, Prodi, Chirac et Mme Merkel! Pourquoi blâmer les Russes pour les horreurs qu’ils commettent en Tchéchénie et se taire, depuis des décennies, sur la manière éhontée dont l’Arabie Saoudite traite ses immigré(e)s musulmans et non-musulmans?!Pourquoi s’inquiéter de la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Europe, alors que le manque d’investissement flagrant de Gazprom dans la production de gaz et les réseaux de transport est bien plus inquiétant à terme, car la Russie risque de n’avoir pas assez de gaz pour satisfaire ses besoins domestiques et d’importation? Pourquoi ne pas engager une politique plus proactive avec l’Algérie et la Libye? La Sonatrach algérienne, après tout, n’a jamais failli à ses engagements de vente de gaz à des clients étrangers – ni pour des raisons liées au terrorisme, ni pour des raisons de disputes commerciales, et pas davantage pour des raisons politiques. Pourquoi ne pas relire les grands classiques, dont le discours de Fulton?!


    Les factures explosent

    La semaine dernière, la Russie a fait savoir aux dirigeants géorgiens et biélorusses qu’entre le 1er janvier 2007 et début 2008, Gazprom, géant du gaz mondial, facturerait le prix du gaz que la compagnie vend à ces deux pays à un prix qui serait progressivement plus proche de celui du marché mondial. Ce qui augmenterait le prix payé par la Géorgie – qui a déjà été doublé en janvier dernier de 55 à 110 dollars pour 1.000 m3 de gaz - de 110 à 230 dollars. Pour la Biélorussie, la note serait plus salée, puisque le prix payé quadruplerait, de 47 à 200 dollars. Aujourd’hui, la Biélorussie bénéficie d’une ristourne qui équivaut à 3 milliards de dollars par an de la part de la Russie.La Géorgie argue que Gazprom ne devrait pas lui facturer son gaz au même prix que la compagnie russe le facture à ses clients européens, étant donné qu’elle est bien plus proche et que les coûts de transports devraient être moindres; elle pense aussi pouvoir acheter du gaz à l’Azerbaïjan voisine, mais, là encore, Gazprom se propose de réduire ses ventes de gaz a l’Azerbaïjan, ce qui ne permettrait pas à cette dernière d’augmenter ses exportations vers la Géorgie.Pour la Biélorussie, le coup serait dur, mais la Russie n’apprécie pas que son voisin de l’Est lui achète du pétrole brut à des prix plus bas que ceux du marché, le rafine et le revende à la Pologne au prix du marché international, s’assurant ainsi de substantiels bénéfices. Enfin, Gazprom souhaite acquérir la moitié du capital du gazoduc Beltrangaz, par lequel transite une partie du gaz pour les pays de l’Union européenne. Le Président biélorusse, Alexandre Lukachenko, n’a pas non plus tenu ses promesses d’intégrer économiquement son pays de manière plus étroite avec la Russie – notamment pour ce qui est d’une éventuelle union monétaire.«Sous la poigne énergique de Vladimir Poutine et grâce à ses importants revenus d’hydrocarbures, la Russie retrouve une place sur l’échiquier international qu’elle avait perdue sous la présidence de Boris Yeltsine. C’est certes un pays brutal, dont les dirigeants ont parfois des comportements de voyous. Mais ils ne sont en aucune façon comparables à ceux de Staline. La Russie a perdu beaucoup des territoires qu’elle occupait, souvent depuis le XIXe siècle, en Europe et en Asie, mais elle garde une influence importante sur la destinée de nombreux pays du Caucase, d’Asie centrale et de Russie d’Europe. Elle garde ce pouvoir grâce à la présence de troupes aguerries, à la force de minorités russes, et surtout grâce au contrôle sur certains gazoducs. L’idéologie communiste est morte, mais le nationalisme russe est en plein essor, souvent mâtiné de xénophobie comme on le voit vis-à-vis des Tchétchènes et d’autres musulmans ou chrétiens… dont le teint est trop mat«

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