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Culture

Pourquoi les forces extrémistes rayonnent…
Par Ouaffa Ghannam(*)

Par L'Economiste | Edition N°:2243 Le 28/03/2006 | Partager

Les opinions politiques et la religion sont, dans tous les systèmes de valeur, considérées comme les piliers fondamentaux d’une société. Tout en constituant un élément de différenciation de chaque système social, ces deux valeurs demeurent structurantes au sein d’une catégorie donnée de population et déterminantes de son style de vie. C’est pour cette raison que les chiffres issus de l’enquête menée par Sunergia pour le compte de L’Economiste nous donnent une occasion pour mieux comprendre le poids de ces deux paramètres et la tendance de leur évolution future dans la société marocaine du XXIe siècle.En effet, si pendant longtemps les groupes de population ont été caractérisés par des variables socio-démographiques, la complexité des comportements sociaux a imposé une approche plus qualitative, basée sur la mesure des opinions et des attitudes à l’égard de divers phénomènes sociaux (politique, religion, environnement, consommation…). La conjugaison de variables quantitatives et qualitatives a permis ainsi de mieux cerner les styles de vie des différentes catégories de population parce que ceux-ci constituent un système de repérage qui résulte de la culture et de la société. Les opinions, les centres d’intérêt, les activités de la catégorie des jeunes, face à la politique et à la religion notamment, s’expliquent par des connotations sociales influençant ce groupe démographique. Le premier élément révélé par l’enquête concerne les jeunes et la religion et, en particulier, des facteurs de pratique religieuse. Si aucun élément de l’enquête ne précise combien de jeunes filles ou femmes portent le foulard islamique… ou l’équivalent masculin, en revanche 57% des jeunes, toutes tranches d’âge confondues, disent être favorables à son port. Cette proportion est symptomatique de la signification du foulard. Nos jeunes souhaitent, en effet, voir leurs épouses, sœurs, etc, porter le voile, parce que l’apparence que ce signe extérieur de religiosité procure est quelque peu sécurisante.. Apolitiques ou dépolitisés?Quant à la politisation et les jeunes, les chiffres sont peu réconfortants quant à l’avenir de la politique dans notre pays; très peu de jeunes s’identifient à un courant politique (5%), ceux qui déclarent se reconnaître dans un parti sont si peu nombreux que cela s’avère insignifiant. Est-ce à dire que la politique et les politiques manquent à ce point de crédibilité, de consistance et de contenu dans leur discours, qu’aucun courant n’est en mesure de drainer cette catégorie, les jeunes, nécessaire au renouvellement et au rajeunissement des courants et des partis politiques! Nos jeunes sont-ils dès lors apolitiques ou dépolitisés? L’intérêt porté par cette catégorie de la population à la chose publique est grandissant, cependant, pour faire de la politique ou aimer la politique encore faut-il être informé, intéressé, sensibilisé. S’intéresser à la vie de la cité notamment par la participation aux élections résulte à la fois d’un héritage, mais aussi d’une expérience  et d’une éducation. L’apprentissage des jeunes de la démocratie passe aujourd’hui inéluctablement par la mise en place de plans d’action au niveau local,  par l’implication des jeunes dans les conseils municipaux notamment . L’introduction de l’éducation civique dans nos écoles ne serait-elle pas un facilitateur de l’apprentissage de la démocratie dès le plus jeune âge? Si les jeunes, en grande majorité 68%, n’ont pas confiance dans la politique, c’est parce qu’ils abordent la politique ou ont découvert la politique différemment de leurs parents qui eux, ont connu la colonisation, puis la lutte pour l’indépendance. C’était alors de vraies raisons pour faire de la politique. Mais aussi parce que au sein des formations dites de gauche ou de droite, si tant est qu’on puisse les identifier, les discours et les positionnements ne sont pas clairs, peu convaincants. L’absence de programmes clairs quant à l’avancée dans des domaines précis de la vie publique qui touche le quotidien des jeunes (social, éducatif, culturel, économique, etc.), que ce soit à droite ou à gauche, est frappante. C’est pour cette raison aussi que seules les forces politiques extrémistes suscitent réellement le débat, parce qu’elles ont su, grâce à des actions socioéconomiques concrètes, venir en aide à de nombreux jeunes, lorsque ceux-ci n’avaient aucune autre issue. C’est certainement là aussi l’explication à l’opinion d’une grande proportion de jeunes, qui pensent que les organisations islamiques comme Al Qaida ne sont pas terroristes , mais au contraire mécéniques, parce que, tout simplement, elles ont réalisé ce que les autres courants de pensée n’ont pas fait. . «Fils d’électeur, je ferai comme mon père»De plus leur origine sociale, leur milieu d’habitat ainsi que la tranche d’âge , ont un fort impact. Ainsi, plus on avance dans l’âge, plus la distance par rapport au vote est nette. Cette différenciation s’explique par le sentiment d’une certaine précarité et par la menace de l’exclusion sociale qui favorisent une attitude abstentionniste, excluant toute participation à la vie publique, qui n’a, à leur sens, pas su répondre à leurs attentes. Mais même si les jeunes maintiennent une distance envers la politique, voire nourrissent parfois une défiance vis-à-vis des hommes politiques et des institutions et, notamment ,vis-à-vis de leurs représentants (parlementaires), les jeunes ne sont pas pour autant totalement absents de la scène . Les mouvements associatifs, la lutte pour les droits de l’homme, les associations d’étudiants font office d’engagement  fort.Quels sont alors les éléments-clés qui permettraient de mieux cerner les contours de l’expérience politique et religieuse des jeunes marocains? L’influence et la tradition politique familiale est un premier facteur explicatif, un parent affilié à un courant politique a plus de chance de voir ses enfants suivre la même voie, mais aussi le niveau d’instruction, qui permet de mieux recadrer le rôle de la politique mais, aussi, de la religion dans la vie civique d’un individu.(*) Ouaffa Ghannam est professeur de marketing à l’ISCAE, Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises. Elle est également consultante et s’occupe notamment de la communication au ministère de l’Education nationale.Les titres et intertitres sont de la rédaction de L’Economiste.


Pourquoi on croit au «shour»

Age du mariage en net recul, indépendance financière fragile lorsqu’elle existe (plus de 80% des jeunes vivent encore chez leur parents ), absence d’emploi stable et de plan de carrière , retardant l’installation en dehors du foyer des parents; un discours politique peu crédible parce que sans programme et sans promesses sociales réalisables, pouvant redonner espoir en un avenir meilleur…Tels sont les facteurs qui expliquent que tant de Marocains croient aux pouvoirs occultes et, en particulier, au pouvoir des «changeurs de situation», sorcellerie et charlatanisme de toutes sortes.


Le champ national n’est plus un référentiel

Si l’on ajoute à une perception déjà altérée de la chose publique, l’ingrédient de la mondialisation , de l’ouverture du marché marocain , on comprend alors mieux le sentiment d’incertitude et de scepticisme vis-à-vis de la politique et de son apport dans la vie des jeunes . Le champ national n’est plus en mesure de servir de référentiel, encore moins dans un univers mondialisé.


Irrationnel: Se rassurer par tous les moyens

C'est vraisemblablement parce que ces jeunes vivent aujourd’hui dans un univers de référence dont les contours s’estompent, dans un Maroc en pleine mutation, à mi-chemin entre tradition et modernité, entre libéralisme et conservatisme, que de nombreuses valeurs traditionnelles se trouvent chahutées et projetées dans des pratiques religieuses très irrationnelles. Les visites régulières chez les fqihs, les actes de sorcellerie divers, peut-on considérer cela comme des pratiques religieuses? Ou simplement un acte rassurant, apportant des réponses à des questions sans réponses, celles concernant l’avenir? C’est probablement le manque de repères et l’absence d’un système de référence clair qui motivent les jeunes ados, mais aussi les jeunes adultes, à se livrer à des pratiques irrationnelles pour guider leur avenir.


Perception utilitaire de la femme

Le voile a dans notre société des fonctions nombreuses: pour une bonne proportion de jeunes marocains, le port du voile est un signe extérieur religieux, mais il constitue également, pour beaucoup d’entre eux, un repère, un facteur rassurant et un signe de confiance entre époux, de fidélité et de sagesse… spirituelle! Le port du voile symbolise alors le désir de se créer un repère, de se réapproprier des racines culturelles malmenées par la mondialisation pour se réfugier dans une valeur qui inspire l’assurance, le voile. Voilées, protégées, les jeunes filles sont ainsi moins exposées aux regards masculins provocateurs. Ce manque de confiance dans les femmes se retrouve dans le désir des hommes à être polygames. N’est-ce pas là une perception encore très utilitaire de la femme?

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