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Culture

Pour le Maghreb: Du temps perdu au temps à venir
Par Driss Alaoui Mdaghri, professeur et ancien ministre(*)

Par L'Economiste | Edition N°:2915 Le 04/12/2008 | Partager

Depuis plus de cinquante ans, les appels des politiciens à l’édification du Maghreb n’ont cessé d’être lancés en chœur. Depuis plus de cinquante ans, de toutes parts, de multiples voix dans les sociétés civiles réclament la construction d’un ensemble régional solidaire. Depuis plus de cinquante ans, de l’extérieur parviennent des appels à travailler en commun. Et pourtant, depuis plus de cinquante ans, on n’a pas arrêté de tourner en rond à la recherche d’un Maghreb introuvable, les alibis ne manquant pas de bloquer et de suspendre.Les discours incantatoires plus ou moins sincères tout autant que les lamentations et les regrets ne sont d’aucun secours. Les responsabilités des uns et des autres sont assez claires. Cela devrait inciter à un peu plus de pudeur ceux qui n’ont eu de cesse de promettre sans tenir, ceux qui freinent des quatre fers et ceux qui ne savent quoi faire et camouflent leur incompétence derrière les discours creux et les idées sans lendemains.L’équation maghrébine est complexe et les solutions malaisées, surtout quand on sait les Etats enfermés dans leurs calculs étroits, les sociétés civiles tentées par le chauvinisme le plus éculé sous couvert de nationalisme et les encouragements étrangers non dénués d’arrière-pensées inavouables? Et puis, il y a la lancinante question du Sahara qui n’en finit pas de pourrir les relations entre le Maroc et l’Algérie, tuant dans l’œuf, à chaque fois, tout projet communautaire. Jusqu’où va-t-on ainsi continuer ce jeu de massacre? Il faudra bien qu’un jour on se résolve à trouver une issue où les droits légitimes des uns et les intérêts des autres soient pris en compte pour aller de l’avant.Et puis... et puis... il y a, à s’unir, tant de belles perspectives en vue, tant de projets communs à lancer, tant de choses à faire et un tel avenir à construire! L’Union pour la Méditerranée, dont l’accouchement aura été quelque peu délicat et les ambitions initiales réduites de beaucoup, prouve à cause de cela précisément, que de ce côté-ci de la Méditerranée, l’union du Maghreb doit demeurer à l’ordre du jour en tant qu’impératif majeur.D’un travail constant au service du Maghreb, parfois aux premières loges, notamment en tant que responsable politique au moment du lancement de l’UMA, j’ai acquis la conviction que l’on pouvait faire du positif et du concret pourvu que l’on profite de toutes les fenêtres d’opportunité qui se présentent et que l’on ait la foi maghrébine chevillée au corps. Les connexions gazières et les interconnexions électriques en apportent un témoignage éloquent. Elles ne sauraient suffire pour dire qu’elles ont mis le Maghreb en route en dépit des blocages. Tout au plus, indiquent-elles la voie à suivre pour qui cherche des signes encourageants et veut faire œuvre utile. Il y a, certes, bien des raisons d’être circonspect, voire dubitatif, alors que l’on se plaît, de réunion en réunion, depuis des lustres, à sortir les mêmes idées des mêmes placards pour les agiter devant les yeux, mi-sceptiques mi-nourries des mêmes espérances, de foules blasées. Certaines méritent, en dépit de cela ou à cause de cela, que l’on travaille à les transformer en réalités tangibles.Je vois, pour ma part, cinq directions à prendre, dont l’effet multiplicateur peut être considérable et les retombées durables et où tous les acteurs peuvent trouver matière à déployer leurs efforts conjugués.En premier lieu, il y a la gestion concertée des risques qui ouvre aux autorités des espaces de collaboration forte. En effet, qu’il s’agisse des risques sécuritaires, notamment du terrorisme, ou des risques naturels, notamment ceux liés au changement climatique, il devient de plus en plus urgent que des actions coordonnées sérieuses soient mises en place ou approfondies pour faire face à des problèmes dont l’aggravation dans l’avenir est tenue pour sûre par nombre d’experts qualifiés. La mise en place d’organes de concertation permanents entre les départements et les services concernés peut constituer un point de départ utile et un cadre de réunion régulier où l’échange d’informations et la coordination de certaines actions peuvent se révéler féconds.Le lancement d’un projet éducatif commun au niveau du Maghreb représente, à son tour, un domaine privilégié, dont les effets positifs se feront sentir non seulement sur le plan régional, mais également sur le plan interne de chacun des pays concernés englués dans d’impossibles réformes de l’enseignement. Le terrain maghrébin peut offrir un outil pour contourner les obstacles internes, car il est entièrement à bâtir (voir exemple en encadré).Un troisième volet d’intérêt considérable résiderait dans le lancement d’un véritable projet industriel maghrébin, fondé sur la conjugaison des potentiels énergétiques et miniers, en particulier les hydrocarbures et les phosphates, qui aurait le mérite d’établir des bases solides pour un développement autonome et de doter le Maghreb d’une capacité d’influence économique à l’échelle internationale. Je sais que dans ce domaine les crispations sont nombreuses et les sensibilités à fleur de peau, mais rien n’empêche de commencer par un projet conjoint limité à renforcer au fur et à mesure afin de prouver le mouvement en marchant.La quatrième composante de l’approche ici proposée pour le Maghreb a trait au nerf de toute guerre, la composante financière.La récente réunion des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales du Maghreb à Tripoli sous la houlette du FMI a de quoi réjouir si les suites s’avèrent véritablement à la hauteur des ambitions. La mise en place d’une banque d’investissement et du commerce pour le Maghreb est de nature à favoriser le développement de mécanismes appropriés de financement des projets maghrébins dans de nombreux domaines. Encore faut-il que les fonds qui seront mis à sa disposition soient conséquents et que les modalités d’intervention soient souples. En tout état de cause, cette banque, dont l’idée remonte aux premiers pas de l’UMA, est la bienvenue pour donner un contenu concret aux projets maghrébins.Enfin, last but not least, il revient à la société civile maghrébine de faire entendre sa voix pour peser davantage sur les pouvoirs en place afin de les amener à inscrire l’idéal maghrébin en tant que priorité dans leurs politiques, non point une priorité discursive, mais une priorité effective servie par une volonté clairement exprimée et des actes concrets déployés dans le réel du vécu des gens. Des personnalités politiques à la vue longue et des militants convaincus pourraient prendre l’initiative, dans chacun des pays maghrébins, de créer un parti politique dont l’appellation aussi bien que le programme seraient totalement en adéquation avec l’idéal maghrébin. Là où ce n’est pas possible, en raison des limites apportées par l’Etat à l’activité politique, la constitution d’associations ou de groupes de pression partageant ces mêmes valeurs serait un premier pas. N’ayant guère la possibilité de développer dans ce bref survol les propositions faites ici, je me suis contenté de les effleurer en attendant des les détailler plus avant dans un cadre plus propice.D’avoir assisté à plus d’une centaine de réunions maghrébines à tous les niveaux, des sommets de chefs d’Etat aux réunions d’experts dans toutes sortes de domaines, j’ai acquis l’intime conviction que le Maghreb était non seulement nécessaire, mais également faisable.J’ai souvent rencontré le scepticisme des uns et le cynisme des autres pour me faire encore des illusions et croire que les difficultés peuvent être surmontées sans combat de longue haleine. Mais le combat, ici, en vaut la peine.Le Maghreb est en attente d’une ambition à la hauteur des enjeux.Incapables de nous unir, le sommes-nous davantage dans une Union méditerranéenne aux contours imprécis et aux ambitions bridées? Alors, que perdons-nous à essayer. Faisons ici le pari de Pascal ou, pour ceux qui préfèrent d’autres références, celui d’Al Maârri(1) et agissons pour un temps à venir.Je sais les hommes politiques aveugles quand le bénéfice n’est pas immédiat, mais je sais quelques-uns capables de voir plus loin que le bout de leur nez et de devenir des hommes d’Etat.Je sais les hommes d’affaires sourds quand le retour sur investissement n’est pas rapide, mais je sais quelques-uns capables de désintéressement et de vue à long terme.Je sais les intellectuels ou enfermés dans leurs tours d’ivoire ou engoncés dans leurs habits idéologiques, mais je sais quelques-uns capables de mettre la main à la pâte et d’agir pour le bien commun.Et je sais les peuples faciles à mouvoir au nom de bien des chimères, mais je les sais capables de vibrer et de se mobiliser pour une belle idée.Le Maghreb est une belle idée. Il est urgent que de partout montent des voix pour la faire advenir.----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(*) Ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé de l’UMA----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) «L’astrologue et le médecin disent chacun qu’il n’ y a nulle vie après la mortAux deux je dis: si raison vous avez, je n’ai rien perduEt si vous vous trompez, c’est vous qui perdez tout!!»


Ecoles maghrébines

Quelques pistes que les sceptiques de tous bords trouveront sûrement utopiques, mais que j’avance en toute connaissance de cause: des établissements soigneusement choisis dans chacun des pays du Maghreb seront chargés de dispenser des enseignements communs dans les domaines de la gestion et de l’administration publique. Il me plaît, à cet égard, de citer l’exemple d’un organisme maghrébin que j’ai eu le privilège de diriger au début des années soixante-dix à Alger, qui était un outil de coopération entre les écoles d’administration des pays de la région et qui montre que de telles actions sont possibles et permettent de construire des partenariats utiles. La plupart des disciplines enseignées dans ces institutions se prêtent très bien à cela. Les établissements créés dans ce cadre devraient recevoir des étudiants de tous les pays du Maghreb, disposer d’un corps enseignant mixte et dispenser le même type de formation en termes de contenu et de méthode. Ils constitueraient le moyen par excellence de diffusion d’une culture maghrébine commune qu’auraient en partage les futures élites décisionnaires de la région. Une école maghrébine de gestion et une école maghrébine d’administration publique en constitueraient les premières étapes.

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