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    Politique économique : Réflexions sur la gestion et méthodologie d'action

    Par L'Economiste | Edition N°:87 Le 08/07/1993 | Partager

    Les entreprises n'ont guère profité de la politique import substitution et quand arrive la libéralisation, il est nécessaire de faire un diagnostique en terme de points forts et points faibles. En effet, la libéralisation n'est pas incompatible avec une version stratégique et au strict contrôle de gestion, ou contraire...

    LA situation économique et sociale d'un pays n'est pas chose aisée à analyser. Elle met en jeu un certain nombre de contraintes dont la combinaison et l'optimisation relèvent d'une haute maîtrise des concepts qui les sous-tendent et d'une forte capacité dans leur mise en oeuvre. Il en est ainsi pour le débat entre I ' économique et le social par exemple; de même que pour le diagnostic à mener sur la situation, les stratégies à adopter, les méthodes à mettre en oeuvre et leurs chances d'aboutir. Enf1n, toute stratégie doit respecter une définition fondamentale: elle doit être pragmatique, orientée vers l'action et en même temps s'insérer dans un cadre conceptuel rigoureux, voire scientifique.

    C'est en tenant compte de ces prémisses que nous nous proposons de conduire une réflexion objective, en respectant les règles du diagnostic, à savoir, tenir compte des points forts et des points faibles, tout en utilisant la critique constructive, pourvu qu'elle débouche sur des propositions d'action. Cette étude abordera un certain nombre de secteurs économiques choisis parmi les secteurs productifs et financiers.

    Si l'on aborde la situation du monde rural, ce dernier qui se caractérise par des structures foncières relativement anachroniques, où prédominent pour 90% les terres bours, est actuellement un monde fragilisé par la sécheresse qui a entraîné une baisse de 66% des récoltes de céréales et des rendements dérisoires de 6 quintaux à l'hectare. L'objectif d'autosuffisance alimentaire est un objectif à conserver car le Maroc doit renforcer son atout agricole. Cette stratégie se justifie par le fait que le secteur industriel urbain n'offre guère de possibilités de développement d'emplois actuellement, et que la population rurale est elle-même un important débouché pour les produits industriels de consommation. Dans cette optique, il y a donc lieu d'intensifier le programme de lutte contre les effets de la sécheresse, d'augmenter le potentiel agricole et moderniser l'agriculture vivrière. Il est souhaitable de limiter les démembrements, d'accélérer le programme d ' irrigation en accordant une place importante à la moyenne hydraulique et d'encourager l'utilisation des engrais dont la consommation au Maroc reste inférieure à celle de nombreux pays similaires.

    L'élément humain qui reste fondamental doit être fortement impliqué. Une action de conseil, de formation et d'éducation doit être menée sur le terrain et centrée sur deux objectifs: amélioration des rendements, optimisation des exploitations et création de projets agricoles et agro-industriels développant l'intégration et la valorisation des produits et de la main-d'oeuvre locaux.

    Enfin, les techniques de gestion agricole devront être appliquées de façon à éviter les gaspillages et, disons-le franchement, les fautes commises dans certains établissements (SCAM, SODEA, COMAGRI,...).

    Le secteur de la pêche joue également un rôle économique et social important par le nombre de personnes

    * Directeur de Société, membre du Comité Central de l'OADP qu'il emploie, par le potentiel maritime de notre pays ( 1 million de km2) et par les investissements qui y ont été consacrés. Mais on remarque un certain nombre de dysfonctionnements qui caractérisent ce secteur. On peut les résumer de la façon suivante:

    - stagnation ou baisse des prises (391.000 t pour la pêche côtière et 103.000t pour la pêche hauturière);

    - effets d'entraînement faibles voire presque nuls: mauvaise distribution des revenus, faible impact sur la consommation locale, faible valeur ajoutée;

    - dégradation financière importante: surcapacité, surendettement avec près de 4 milliards de DH de crédits garantis par l'Etat, contrôle insuffisant sur les rentrées de devises;

    - politique d'investissement privilégiant uniquement l'acquisition de bateaux au détriment de l'infrastructure portuaire et de la conservation par le froid.

    Dans ce domaine, un plan d'action nécessite une stratégie de contrôle du secteur. Il s'agira de faire en sorte que la richesse produite, vendue, transformée et valorisée reste au Maroc et soit mise à profit par le pays lui-même.

    C'est ainsi que la production doit être systématiquement orientée vers les ports marocains et la consommation locale encouragée par des campagnes financées par les producteurs eux-mêmes. De même, l'investissement doit être orienté vers l'ensemble de la filière pêche - froid - conserveries et non plus seulement vers la capture, ce qui aura pour effet de renforcer l'intégration du secteur et de réduire les déchets et sous-produits sans valeur.

    Au niveau international, le Maroc peut renforcer sa position par une meilleure négociation des accords avec la C.E.E. dans le cadre d'un partenariat mieux considéré.

    Enfin, au niveau technologique, le secteur aura intérêt à promouvoir la qualité, l'application des normes sanitaires et la productivité.

    Le secteur des mines et de l'industrie minière présente également un intérêt économique et social pour notre pays qui se remarque à travers l'effectif employé, l'importance et la qualité des gisements et le montant des investissements qui y sont consacrés.

    Mais là aussi on remarque un certain nombre de dysfonction-nements que l'on peut résumer de la façon suivante:

    - baisse de la production phosphatière dans un environnement international agressif (25 millions de tonnes en 1988, 19 millions en 1992); chute des autres minerais allant de 10 à25%; améliorations insuffisantes des ventes d'acide phosphorique;

    - effets d'entraînement insuffisants: peu d'effets sur le tissu industriel, chute des cours provoquée par la course à la compétitivité, dépendance commerciale excessive à l'égard des marchés extérieurs, perspectives d'emploi faibles avec de sérieux problèmes sociaux (BRPM, Charbonnages...);

    - dégradation financière dans de nombreuses entreprises, surcapacité surendettement, entraînant des charges financières lourdes pour l'Etat

    - politique d'investissement p transparente et parfois discutable.

    Dans ce secteur, il est nécessaire d'adapter une stratégie fondée sur valorisation, la vision à moyen terme (par opposition au cours du jour) de manière à faire de ce secteur un pôle de développement en matière de technologie, de formation professionnelle et de gestion des entreprises.

    L ' effort de valorisation des matières premières minérales doit s'orienter dans le sens d'une économie de devises et de l'acquisition d'un patrimoine technologique. Au niveau de entreprises minières, actuellement e] difficulté et connaissant par conséquent une situation économique e sociale délicate et sensible, il import tout d ' abord d ' adopter une attitude d clarté et de transparence, de fourni toute l'information nécessaire sur le situation et de rechercher une solution en vue de parvenir à un plan de redressement. Ce plan doit résulter du diagnostic et d'une stratégie dans cadre d'une concertation entre le partenaires économiques, les partenaires sociaux et l'Etat dont le rôle en la matière est primordial.

    Enfin, la relation bas salaires compétitivité semble de plus en plus être une vue de l'esprit plus qu'une réalité économique. Dans une conception rénovée de l'économie minière, il importe de rechercher une nouvelle dynamique dans le sens salaires - productivité - qualité - performances qui est la dynamique moderne qu'adoptent de plus en plus de pays occidentaux.

    Abordons à présent le secteur industriel. Notre pays accorde un intérêt particulier à ce secteur dont la valeur ajoutée s'élève à 20 milliards de DH et qui connaît cependant un certain tassement toutes branches confondues: chimie, para-chimie, agro-alimentaire, industries métalliques, mécaniques, électriques, industrie auto mobile, ciment... A l'examen de données, on relève un certain nombre de dysfonctionnements à savoir:

    - les anciennes politiques de substitution aux importations suivies avant 1983, date du démarrage du Programme d'Ajustement Structure: n'ont pas donné les fruits escomptés Notre industrie n'a pas capitalisé d savoir-faire technologique, ce qui I rend tributaire de la technologie il portée au prix fort et en devises (assistance, kiow-how, maintenance...).

    - De même la protection n'a pas été mise à profit pour favoriser la compétitivité et les efforts de gestion et de rationalisation. Notre industrie n'a pas manifesté un grand intérêt pour les normes de qualité et le label "Maroc" a souvent été associé à l'image de non-qualité. La prise en main technologique n'a pas été effectuée et les principales adaptations se sont faites sous forme d'imitation, voire de contrefaçon.

    - La politique actuelle est orientée vers la promotion des exportations. L'accent a été mis sur l'industrie de la sous-traitance façonnage au détriment d'une politique volontariste d'industrie nationale. Cette situation a entraîné la fragilisation du secteur textile par exemple et de nombreuses autres branches orientées exclusivement vers l'export .

    - La composante main-d'oeuvre a été considérée comme étant la seule source de compétitivité pouvant engendrer des avantages comparatifs. Cette polarisation sur un seul facteur de production a entraîné une négligence des autres facteurs: qualité, innovation, modernisation des process, recherche et développement, études et méthodes, management, ressources humaines, qui occupent une part prépondérante dans la formation des coûts et dans la différenciation des produits.

    L'ouverture des frontières apparaît donc, de toute évidence, g comme une menace pour notre industrie qui la subit sans période transitoire et sans calendrier de désarmement douanier. Nous assistons actuellement à un afflux massif de produits importés mettant en danger l'équilibre de la balance des paiements et la pérennité du tissu industriel.

    Compte tenu de ce diagnostic et aux bilans dégagés par les différentes politiques, il y a lieu de définir une stratégie industrielle prenant en compte les intérêts des partenaires économiques, sociaux et d'un Etat stratège imprégné des problèmes d ' économie industrielle de notre pays . C'est ainsi que l'export, dont le rôle est important, doit être considéré comme une composante du paysage industriel et non pas comme un pilier fondamental au détriment des autres segments du tissus économique. Il doit s'appuyer sur un partenariat réel et durable qui ne doit plus se traduire par de simples ordres de sous-traitance renouvelables par la seule volonté du client qui dispose d'un pouvoir de i négociation léonin. L'industrie marocaine doit profiter du débouché local qui reste vaste, stable et inexploité. Notre pays gagnera à l'élargissement du marché intérieur en optimisant les facteurs salaires/production d ' une part être venus consommation d'autre part, d'autant plus que l'élasticité - revenus reste forte au Maroc.

    L'Etat apparaîtra comme le responsable de la politique industrielle, le stratège et l'animateur des acteurs économiques. Il doit jouer son rôle d'arbitre le cas échéant et doit prendre les mesures correctives qui s'imposent pour la réussite de la politique nationale de façon à préserver les intérêts de l'ensemble des partenaires.

    Mais il va de soi que l'initiative privée doit jouer pleinement son rôle. La politique industrielle ne doit ménager aucun effort pour son encouragement et son épanouissement: suppression des lourdeurs administratives, allégement du coût des crédits, résolution des obstacles fonciers, politique d'accompagnement au niveau des incitations, de la qualification ] professionnelle, de la recherche technologique des orientations sectorielles, modernisation des textes, formation permanente et recyclage des cadres de l'administration et des entreprises concernées...

    Le financement de l'économie et du Trésor public sont des aspects également primordiaux de tout programme économique. La politique monétaire poursuivie actuellement se caractérise par un contrôle strict des crédits à l'économie et de la masse monétaire. Au niveau des finances publiques, la part des ressources fiscales reste prédominante avec 78% des recettes du Trésor, ce qui n'empêche pas un accroissement des arrières de l'Etat.

    Le déficit budgétaire a certes été ramené à 1,7% du P.I.B., mais on ne peut rester indifférent devant l'ampleur du service annuel de la dette à partir de 1993 et jusqu'à l'an 2000 au rythme de près de 2,8 milliards de Dollars par; an.

    On constate la prédominance des recettes fiscales en provenance des salariés (I.G.R) et des consommateurs (TVA, douane, taxes pétrolières) alors que ce sont précisément ces catégories qu'il convient d ' encourager dans le cadre de I'amélioration du pouvoir d'achat intérieur.

    Certains choix industriels ont entraîné une dégradation au niveau des termes de la balance commerciale; retournement des exportations de produits miniers et alourdissement de la facture énergétique, renchérissement des importations des biens industriels d'équipement et de consommation.

    Face à ce diagnostic, il est nécessaire de rénover et de moderniser l'appareil de gestion des finances publiques en vue d'en faire un instrument plus eff1cace dans la dynamisation et le contrôle de l'économie financière.

    La fiscalité doit être réorientée de façon à sauvegarder le pouvoir d'achat des ménages et à encourager l ' investissement productif. L ' amélioration des recettes fiscales sera obtenue par l'élargissement de l'assiette et non par la pression des taux. Il convient également de mettre en place des instruments de mobilisation des capitaux à long terme pour des projets industriels capitalistiques financés en commun par les secteurs public et privé nationaux dans le cadre d'un partenariat. Des instruments adéquats devront également être élaborés en vue d'attirer et de rémunérer l'épargne pour ensuite la redistribuer dans les secteurs porteurs.

    Le système bancaire pourra être davantage modernisé en adaptant "la loi bancaire" qui doit devenir une opportunité de développement du système financier. Il lui sera proposé des objectifs qualitatifs, sectoriels et régionaux et non pas seulement des objectifs quantitatifs. Le système bancaire doit être générateur d'innovations en matière de produits proposés en vue d'accroître l'efficience du financement de l'économie.

    Les relations entre les banques et le public devront être améliorées de façon à favoriser la bancarisation génératrice d'épargne.

    Les méthodes actuelles d'octroi de crédits fondées uniquement sur les risques et les garanties devront être complétées par des études sur l'impact micro-économique réel des projets.

    La répartition de l'épargne entre le Trésor et les banques devra se faire en tenant compte des besoins de financement de l'économie et des entreprises, et ce en vue de contenir les taux d'intérêts dans des fourchettes raisonnables.

    Ces réflexions ont pour but d'ouvrir un débat avec les intellectuels, les économistes, les chefs d'entreprise, les cadres des secteurs privé et public de notre pays. Elles s'inscrivent dans une démarche méthodologique recherchant la rigueur et le pragmatisme. Elles essaient surtout de montrer que la libéralisation ne signifie pas absence de stratégie ou de vision à moyen terme.

    La libéralisation n'est pas incompatible avec un contrôle de la gestion des affaires et de I'économie du pays, qui doit aller de pair avec l'encadrement, l'animation, la promotion, la valorisation de nos ressources naturelles, humaines et financières. Enfin, dans toute stratégie de développement, l'homme doit rester le centre d'intérêt fondamental. Il est l'acteur et la finalité de toute politique économique. Le développement social touchant la santé, l'éducation, l'emploi, l'habitat, est donc intimement lié à tout développement économique.

    De ce fait, dans notre analyse stratégique fondée sur la promotion et la valorisation, les côtés social et humain doivent être menés de pair avec le côté économique. A défaut d'utiliser cette démarche, nous risquons de marginaliser une partie de la population et d'aboutir à un gaspillage du potentiel humain du pays.

    Dans notre pays, comme ailleurs, les femmes et les hommes sont des partenaires économiques et sociaux incontournables, et aucune démarche de développement ne peut être conçue ou mise en oeuvre sans leur participation et leur implication. 

    M. A.

    Dar Mouhcine AYOUCHE*

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