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    Plein emploi, croissance forte, profits : Les mythes qui embrouillent l'économie

    Par L'Economiste | Edition N°:103 Le 11/11/1993 | Partager

    Le congrès des entrepreneurs arabes qui se tient à Marrakech devra poser des problèmes de fonds: Où investir? Pour quel profit? Pour quel emploi? Un médecin reconsidère à l'occasion les grands concepts de l'entreprise et de l'économie, et quelques valeurs morales qui les entourent.

    “Il n 'y a pas de problèmes insolubles, il y a des problèmes mal posés " (proverbe).

    En cette fin de siècle, de nombreux changements ont lieu: effondrement du système communiste, chute du mur de Berlin, réunification allemande et depuis peu reconnaissance mutuelle entre Israël et l'O.L.P. Autant d'événements qui, il n'y a pas tellement longtemps, semblaient impossibles ou lointains. Il s'agit d'une restructuration majeure du paysage politique mondial. Mais ce qui est encore plus impressionnant est la rapidité avec laquelle ces changements sont survenus, prenant souvent acteurs et spectateurs au dépourvu.

    D'autres domaines sont concernés par des transformations tout aussi radicales. On peut citer la révolution dans le domaine des télécommunications, qui a permis de relier la planète par un gigantesque réseau. Les possesseurs de paraboles le savent bien, eux qui peuvent capter facilement plusieurs dizaines de chaînes de télévision en provenance de tous les continents. Ce qui était un coûteux exploit technique il y a quelques années est devenu un phénomène banal.

    Ce réseau sert aussi à faire circuler les informations économiques et financières instantanément, d'un point à l'autre de la planète, créant ainsi ce que certains ont appelé "le filage planétaire ".

    Discrètement, progressivement, nous sommes entrés dans le champ de l'économie globale. Qu'il s'agisse de l'économie de production ou de spéculation, le principe est simple: il s'agit pour les opérateurs d'être là où il se passe quelque chose. Un certain nombre d'opérateurs disposant de ressources financières impressionnantes spéculent sur les places boursières du monde entier à la recherche d'un bénéfice.

    Bénéfice: Le mot-clef

    Le bénéfice est le mot-clé dans l'industrie, cherchant elle aussi à améliorer la productivité, c'est-à-dire à produire davantage à un coût moindre. Informatique, robotique, bureautique, intégration ont permis aux machines de supplanter les hommes. Les machines travaillent mieux et plus longtemps. Elles ne font pas grève, ne se fatiguent pas et la qualité des produits fabriqués est toujours identique. La réduction de la part salariale dans le coût nous permet de payer de moins en moins cher les produits que nous achetons. On commence depuis peu à se rendre compte que le prix réel est la mise au chômage d'un nombre important d'adultes qui, de ce fait, doivent rejoindre la horde collectivité.

    Les facilités actuelles de communications permettent aux entrepreneurs d'acheter la matière première au meilleur prix, de faire fabriquer là où la main-d'oeuvre est la moins chère et de vendre le produit fini sur le marché le plus rentable. Ce qui est responsable dans les pays du Tiers-Monde d'une chute soutenue du cours des matières premières et d'une concurrence impitoyable visant à proposer la main-d'oeuvre la moins chère, en réduisant des salaires déjà insuffisants.

    Il n'y a pas que le Tiers-Monde qui est concerné et de nombreuses entreprises européennes ou américaines ont été obligées de délocaliser leurs usines pour rester dans la compétition. Des dizaines de milliers d'ouvriers ont payé de leur emploi cette augmentation de productivité. Même quand les entreprises restent sur place, elles sont périodiquement obligées de licencier quelques milliers d'ouvriers, en raison de l'intégration de la production, pour rester dans la compétition.

    Pour les ouvriers, il faut survivre

    Pendant longtemps, celle-ci a été courtoise. Aujourd'hui tout le monde se bat pour une part du même gâteau mondial et chaque fois que quelqu'un obtient un avantage, c'est au détriment de quelqu'un d'autre, ailleurs, qui a perdu sa part. Si pour les entrepreneurs le but est de faire davantage de bénéfices, pour les ouvriers il ne s'agit plus que de survivre. Car dans le cadre des règles du jeu économique mondial actuel, il n'y a plus assez de travail pour tout le monde.

    Si cette évolution est inexorable, elle n'est pas encore perçue par tous. D'où les combats d'arrière-garde menés par quelques-uns pour tenter de protéger leurs acquis le plus longtemps possible.

    Pour maintenir l'emploi, les politiciens d'extrême droite ont recours à une formule qui a fait ses preuves depuis le moyen-âge: accuser de tous les maux l'autre, l'étranger, (l'immigré), surtout s'il se distingue par sa couleur, sa langue ou ses coutumes. Pendant des siècles, l'Occident a ainsi désigné le Juif comme responsable de tout ce qui allait mal. Aujourd'hui, le juif est remplacé par l'Africain et l'Arabe en particulier. Le discours est simpliste: il suffit d'accuser les immigrés d'occuper injustement des emplois qui devraient rester réservés aux nationaux: renvoyons les immigrés chez eux et les problèmes disparaîtront. Or lorsque tous les immigrés gui ne seront pas assimilés seront renvoyés, il restera à faire face aux autochtones qui seront marginalisés. Si l'évolution continue dans le même sens, on verra à l'intérieur de chaque pays se créer des îlots de richesse et de prospérité entourés de larges zones de pauvreté. Ces "immigrés" de l'intérieur seront plus difficiles à exclure et à envoyer ailleurs.

    Revenu et travail

    Jusqu'à présent, on a lié le revenu au travail. "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front". L'homme échange la force musculaire contre l'argent. Sa vie s'articule autour du travail qui procure le revenu indispensable pour survivre. Le travail est garanti; il sépare l'adolescence de l'âge adulte; il permet d'envisager de fonder une famille, d'acheter sa maison, de penser l'avenir...
    Le problème de l'emploi et son corollaire le chômage seront d'actualité pour longtemps. Aucune politique économique ne pourra empêcher le nombre d'emplois disponibles sur le marché du travail de diminuer d'année en année. Chaque année un certain nombre de jeunes ne pourront pas intégrer le marché du travail. Cela veut-il dire qu'ils doivent aussi être exclus de la société?

    S'il n'y a pas une volonté nationale de les intégrer, ils se marginaliseront et seront responsables des perturbations que connaissent toutes les banlieues urbaines des grandes villes où se situent les concentrations de jeunes chômeurs; ou s'ils sont trop nombreux il y aura une crise de société. Pourtant toute société qui se respecte se doit d'offrir à ses jeunes l'espoir de vivre dignement. Dans les pays où cet espoir a disparu, on voit les jeunes partir à la recherche d'un emploi ou de moyens de survie. L'émigration a été une solution pendant plusieurs décades. Elle peut encore fonctionner temporairement jusqu'à ce que tous les pays soient touchés au même point par la crise. D'où la nécessité de trouver des solutions locales à cette crise internationale.

    Les obligations de l'Etat

    Tous les pays du Tiers-Monde vivent la même crise, certains avec plus d'acuité que d'autres. Dans beaucoup de pays africains, la crise économique a débouché sur une crise politique et sociale: l'Etat ne peut plus assurer ses obligations de stabilité et de sécurité, il ne peut plus payer ses fonctionnaires. La société a sombré dans l'anarchie, la violence et la corruption.

    Le Maroc est lui aussi concerné par les changements qui se produisent dans le monde. Comme dans nombre de pays en voie de développement les problèmes économiques sont aggravés par la démographie. Si le taux de natalité a diminué d'un tiers, la mortalité infantile a diminué de moitié en deux décennies. De sorte que notre population continue à croître à un taux trop élevé par rapport à notre croissance économique, ce qui est responsable d'un appauvrissement régulier et continu.

    La lutte contre la croissance démographique incontrôlée est le premier volet de tout programme tendant à améliorer les conditions socio-économiques de la société marocaine, sachant que le taux de natalité est corrélé avec le niveau général d'éducation de la population et avec le niveau de vie.

    Pendant longtemps, le Maroc a profité d'un contexte porteur, aussi bien sur le plan national qu'international. Les industries marocaines, centrées sur l'agriculture, le textile et le cuir, accessoirement l'exportation de tapis et objets artisanaux, ont été construites sur la base d'une main-d'oeuvre bon marché et faiblement qualifiée qui rendait nos produits compétitifs vis-à-vis de leurs concurrents européens ou asiatiques. Les produits fabriqués sont peu sophistiqués et à faible valeur ajoutée. La mondialisation de l'économie a introduit sur le marché des pays où le salaire est encore moins élevé qu'au Maroc et la productivité meilleure. D'où la nécessité de revoir ce dogme des bas salaires. Il faut encourager l'éducation et la formation professionnelle et orienter l'économie marocaine vers des secteurs à forte qualification professionnelle et forte valeur ajoutée. Une amélioration des salaires permettrait d'augmenter le pouvoir d'achat et éventuellement de relancer le marché intérieur.

    La compétition pour la productivité

    Le nombre des chômeurs au Maroc est estimé entre quinze et vingt pour cent de la population. Notre pays ne disposant pas d'un système de protection sociale généralisé comme en Europe, l'extension du chômage retentit directement sur l'économie nationale. Chaque année un certain nombre de jeunes arrivent sur le marché du travail: certains trouvent un emploi. Que deviendront les autres? Le C.N.J.A. qui se penche sur ce problème depuis un certain temps s'est rendu compte de la difficulté de créer des emplois en nombre suffisant chaque année.

    Cette création d'emplois accompagne habituellement une forte croissance économique. Or une croissance suffisamment forte pour résorber le chômage actuel est à écarter a priori dans un futur proche. L'amélioration de la productivité peut aussi permettre de stimuler la croissance économique. Mais très peu d'industries marocaines sont capables d'entrer aujourd'hui dans la compétition internationale. Par définition, il ne peut s'agir que d'industries modernes, à forte intégration technologique et par conséquent peu génératrices d'emplois.

    C'est pourquoi il ne reste que les secteurs traditionnels: agriculture, tourisme, textile, artisanat, prestations de services, etc.

    La manne des secteurs traditionnels

    La sécheresse a été responsable d'un exode rural important. La difficulté des conditions de vie en milieu rural, tant sur le plan économique que social, a poussé beaucoup de jeunes à l'émigration vers la ville ou l'étranger; ce qui affaiblit le secteur agricole, qui perd ainsi régulièrement ses éléments les plus dynamiques. Cette stagnation de la situation rurale est attestée en dehors des indicateurs économiques par l'échec relatif de l'enseignement en milieu rural et les difficultés d'adaptation des cadres, des enseignants et des membres des professions libérales: problèmes de logement, de transport, de vie sociale, de couverture médicale, etc.

    La sécurité alimentaire du pays est une donnée stratégique qui dépend de l'amélioration de la productivité rurale.

    Cette amélioration nécessite un arrêt de l'exode pour reconstituer un secteur rural dynamique, capable d'absorber par son développement la moitié de la population en quête d'un emploi.

    Le Maroc présente un déficit important en logements sociaux. En raison d'une spéculation intense, le prix du mètre carré est devenu hors des possibilités d'accès du Marocain moyen.

    Cette crise du logement est en train de modifier la structure et les traditions familiales, car l'homme se marie de plus en plus tard ou pas du tout, en l'absence de possibilités de logement. Les jeunes filles célibataires sont de plus en plus nombreuses. Ne trouvant ni emploi ni époux, elles sont contraintes à vivre avec des parents eux-mêmes touchés par la crise. Tout ceci crée un cercle vicieux de frustrations et de désespoir.

    Une politique de logements sociaux pourrait créer des milliers d'emplois pendant des années et résoudre un des problèmes majeurs qui menacent la cohésion sociale.

    Encore des milliers d'emplois dans l'enseignement

    Si beaucoup s'intéressent à la formation professionnelle et universitaire, peu de gens s'intéressent à la formation de base qui est pourtant primordiale.

    L'analphabétisme et l'illétrisme d'une partie de la population ne pourront pourtant laisser indifférent.

    L'éducation est devenue indispensable pour pouvoir survivre dans une société dans laquelle tout est codé. Comment envisager la vie d'un adulte ne sachant ni lire ni écrire, incapable de se retrouver dans le dédale urbain, incapable de prendre l'autobus ou le train, incapable de téléphoner, etc?; le pays consent un gros effort financier pour l'éducation: mais cet effort est insuffisant, car non seulement les adultes d'aujourd'hui restent illettrés, mais un enfant sur deux, né aujourd'hui, court le risque de ne pas savoir lire et écrire et devoir vivre ainsi en déphasage avec la société!

    Il faut trouver des solutions. Là aussi, il reste encore beaucoup à faire et on peut encore créer des milliers d'emplois dans l'enseignement primaire et secondaire.

    57 millions de touristes à Paris

    Le tourisme a longtemps été considéré comme un axe porteur. Il n'a pourtant pas subi l'augmentation que l'on pouvait espérer. La barre de trois millions de touristes par an a été franchie uniquement grâce au tourisme en provenance d'Algérie. Le tourisme provenant de l'Occident n'a pas encore retrouvé les chiffres d'avant la guerre du Golfe. L'Espagne voisine, possédant sensiblement les mêmes atouts au départ, a dépassé 40 millions de touristes par an depuis longtemps. La ville de Paris, elle, a reçu en 1992 57 millions de touristes.

    Pourtant le Maroc a de nombreux atouts: diversité des paysages et des ressources (ensoleillement, neige, mer, sable et désert...), monuments historiques, etc.

    Des nombreux débats consacrés à ce sujet, on peut tirer quelques conclusions: tourisme élitiste, manque de professionnalisme au niveau des prestataires de services de tourisme ou qui lui sont associés (agences de voyages, locations de voitures, restaurateurs, commerçants, artisans, guides touristiques, etc.).

    L'avantage que procure la proximité par rapport à l'Europe est annulé par le coût du transport vers le Maroc, beaucoup plus élevé que des destinations méditerranéennes comme la Tunisie ou la Grèce.

    Les tarifs pratiqués sont trop élevés et ne favorisent pas le tourisme de masse.

    Le Maroc a un très faible taux de retours en raison de la publicité négative que font les touristes occidentaux. une fois de retour chez eux.

    L'exemple récent de la Floride montre l'importance de ce type de publicité: l'assassinat de quelques touristes étrangers, fortement médiatisé, a suffi à faire fuir le tourisme vers d'autres destinations.

    Exploités, mal rémunérés

    Le Marocain est un homme fier et conscient de sa valeur. Le proverbe populaire le compare à un lion pour le courage et la dignité.

    Une très grande partie des salariés, qu'ils appartiennent à la fonction publique ou au secteur privé, estiment, à tort ou à raison, qu'ils sont exploités et mal rémunérés. L'absence d'un cadre syndical capable de faire aboutir leurs revendications a poussé de nombreuses catégories de salariés vers un sentiment d'échec et de repli sur soi. Chacun fait le minimum et tout le système s'est figé et stagne.

    Le marché du travail au Maroc souffre de la structure familiale de beaucoup d'entreprises, dans lesquelles l'embauche fonctionne, non seulement sur la base du diplôme et de la compétence, mais aussi sur les relations familiales, ce qui a tendance à fausser tout le marché de l'emploi et des rémunérations. A quoi sert de travailler avec acharnement pour être le meilleur, si au bout du chemin la récompense est soufflée par le neveu ou le cousin du patron?

    Habituellement la créativité, la passion et l'enthousiasme ont pour moteur l'intérêt individuel (gloire ou argent) et/ou l'intérêt collectif. Lorsqu'aucun bénéfice individuel ou collectif n'est à attendre, il n'y a pas de raison d'espérer une mobilisation des énergies. Pour dynamiser l'emploi et obtenir une meilleure productivité, il faut, non seulement appeler le citoyen marocain à davantage de responsabilité, mais il faut aussi et surtout normaliser les règles du marché, les rendre transparentes, valoriser le mérite et sanctionner l'incompétence.

    Encore les crises d'identité

    Le Maroc, comme d'autres pays, est confronté à un problème d'identité: on tente de le soumettre à une uniformisation dans le cadre du "nouvel ordre international" qui n'est rien d'autre qu'une tentative d'homogénéisation des sociétés du Tiers-Monde pour leur faire adopter comme seules et uniques valeurs de référence les valeurs occidentales: une société laïque, seule "apte à la démocratie", une société libérale dominée par le "libre jeu des lois du marché" (marché que les occidentaux dominent et où ils font la loi).

    Cette crise d'identité a longtemps été l'apanage des pays du Tiers-Monde. Mais le débat à propos du traité de Maastricht a montré que l'Europe, elle aussi, traversait sa propre crise: d'un côté l'espoir de créer un marché de trois cents millions d'habitants, capable de s'imposer sur la scène mondiale, et de l'autre côté la nécessaire abdication de souveraineté que cela implique. Tous ceux qui ont suivi les débats ont pu constater la passion qui les a animés.

    Depuis quelques semaines, l'arrivée de la chaîne de télévision américaine "T.N.T.", qui diffuse en français de vieux films américains, a relancé le débat au niveau de l'identité culturelle, cette fois-ci. Les Européens (et les Français en particulier) ont peur, à juste titre, de voir leurs productions culturelles audiovisuelles disparaître au profit de productions américaines ou japonaises. Il s'agit donc d'un problème commun à tous les peuples.

    L'exemple japonais est là pour nous rappeler qu'un pays peut parfaitement se moderniser et devenir performant, sans pour autant renier ses traditions et sa culture.

    Le "rêve américain" des années soixante qui a pu représenter l'idéal d'une société de consommation où l'accumulation de biens représentait la fin ultime a pu séduire pendant quelques décennies. Mais aujourd'hui la société de consommation, obligée de susciter chaque jour des besoins nouveaux pour écouler ses produits et créant de nouveaux produits pour répondre aux besoins induits, a atteint ses limites. Elle est entrée dans une crise structurelle, car se conjuguent simultanément la crise de l'emploi, le vieillissement de la population, l'augmentation des dépenses nécessaires au maintien des acquis sociaux et la chute de la natalité, n'assurant même pas le renouvellement de la population. Les pays arabes restent partagés depuis le début du siècle entre un désir d'imitation de l'Occident et un souci de ne pas renier les origines. Il doit exister une voie médiane entre l'exemple de la Turquie laïque, ayant choisi délibérément de renier son passé et son héritage pour tenter de s'intégrer totalement à l'Occident et l'exemple iranien, tentant un retour aux sources, vers un illusoire "âge d'or" arabe. Les choix importants ne peuvent être imposés à une nation. Ils doivent émaner d'elle et tout au plus peut-on ouvrir le débat sur les grandes options.

    Beaucoup souhaitent le passage du jour au lendemain à "la cité idéale" et sont déçus de constater qu'il y a des imperfections. Ils sont tentés de rejeter en bloc tout le processus. Il faut qu'ils sachent que la démocratie est un idéal et non une destination et que le chemin qui y mène est obligatoirement long et hérissé de difficultés. Plusieurs pays africains et de l'ex-bloc communiste, qui ont voulu faire l'économie de ce cheminement, le paient par l'anarchie et la guerre civile.

    Pour pouvoir défendre ses frontières, ses caractéristiques nationales et son identité, un pays a besoin d'être fort. Le Maroc a eu la chance de bénéficier d'une stabilité politique et d'une cohésion nationale exceptionnelles. Il faut renforcer ces données en continuant dans la voie des réformes entreprises depuis quelques années, ayant commencé par la constitution des comités de défense des droits de l'homme, la réforme constitutionnelle, les élections, etc.

    Il faut travailler à rendre la société marocaine plus équitable et plus transparente, comme vient de le souligner le dernier rapport de la Banque Mondiale concernant notre pays.

    Il faut surtout rendre l'espoir à la jeunesse marocaine, car elle constitue l'avenir aux sens propre et figuré. Une jeunesse résignée, lassée, vaincue d'avance ne peut faire face aux défis qui se poseront à elle. Et pourtant, inéluctablement, c'est sur ses épaules que reposera un jour le destin du pays.

    Par le Dr Nacer CHAIBI

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