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    Tribune

    Plan d'urgence de l'emploi

    Par L'Economiste | Edition N°:224 Le 04/04/1996 | Partager

    Quel gouvernement ne rêverait pas d'un plan de lutte contre le chômage sans bourse délier. De son bureau en France, M.Alouah livre sa recette pour créer 300.000 emplois par an au Maroc.Chiffres à l'appui, il détaille les mesures à prendre sur 32 ans.


    Mon article du 9 février 1996 paru au Maroc et intitulé "Plaidoyer pour le Renouveau: Propositions pour lever les contraintes, insistait sur un certain nombre de mesures à prendre dans l'immédiat; le plan d'urgence pour l'emploi figurait en premier. La proposition que je préconise est la suivante:
    Les problèmes de l'emploi du fait de la globalisation de l'économie et des déséquilibres qu'elle génère, sont devenus d'une telle acuité que même les spécialistes mondiaux dans ce domaine paraissent quelque peut déboussolés par le nouveau visage que revêt le marché de l'emploi et par l'étendue insoupçonnée que les précarités des chômeurs développe dans le tissu social.
    La panoplie des remèdes qu'il convient d'administrer au monde du travail, infecté par un taux de chômage de plus en plus élevé, diffère d'un pays à l'autre selon ses structures économiques et sociales, son degré de développement et ses capacités à réagir et à se mobiliser pour infléchir la courbe de croissance du chômage dans l'attente d'une hypothétique reprise de croissance qui tarde à venir (c'est le cas de la France, l'Allemagne ayant opté pour la flexibilité des salaires). Au Maroc, nous qui n'avons jamais atteint le plein emploi compte tenu des problèmes dans lesquels nous nous débattons, allons-nous admettre qu'il y a pas assez de travail rémunéré pour tout le monde et nous adapter avec facilité à cette inexorable situation? Pourtant, tout reste à faire chez nous! Au fait, ce n'est pas le travail qui manque, c'est nous qui manquons de perspicacité et de clairvoyance pour comprendre que le monde du travail est entrain de changer radicalement sans que nous comprenions pourquoi ces changements mettent à dure épreuve nos croyances et certitudes d'hier. Il faut croire que nous n'avons pas assez d'imagination pour l'organiser autrement ! La mutation de notre société passe inévitablement par un changement intégral de nos mentalités.

    Nous avons toujours cru que l'état-providence sera toujours là pour maîtriser les flux et reflux de notre économie et nous venir en aide chaque fois que notre sécurité économique est menacée. Les limites du budget de l'état nous démontre malheureusement que notre état n'a pas les moyens pour résorber ce fléau des temps modernes qu'est le chômage.
    L'évolution de notre PNB (1.150 dollar) est désolante quand on la compare à celle de la Tunisie (1.800 dollar) et l'Algérie (1.690 dollar). Pour arriver à cet état, qu'avons nous fait de nos investissements et de notre labeur depuis l'indépendance de notre pays? Avons-nous fait les bons choix en matière d'investissement? Je crois que là dessus nous n'avons aucune illusion à nous faire ! En optant pour un tourisme de classe au lieu d'un tourisme de masse, nous subissons aujourd'hui les aléas des marchés des loisirs qui se popularisent de plus en plus, d'où des recettes en moins pour notre balance des paiements. Dans les domaines industriels, miniers, agro-alimentaire et textile, nos investissements n'ont pas produit l'effet escompté à savoir le profit pour permettre relance vigoureuse de la croissance et de l'emploi. Alors, comment traiter le problème du chômage dans notre pays? Je réponds sans équivoque que le chômage n'est nullement une fatalité à condition de s'atteler à l'ouvrage en faisant appel à notre solidarité collective et en nous organisant autrement.

    La population active urbaine au Maroc est de 4 millions environ, les fonctionnaire rétribués par l'état sont de l'ordre de 600.000; donc 85% des salariés sont dans les secteurs économiques privés. Cette répartition me pousse à suggérer les propositions qui suivent:
    1) Prenons tenu de l'importance du secteur privé, nous devons transférer le droit du travail à l'entreprise, la puissance publique jouerait le rôle d'arbitre entre l'entreprise et les syndicats, et organiserait des cycles de formation appropriés en recueillant les recalés de l'emploi. Pour que ce transfert se fasse dans de très bonnes conditions, nous avons besoin d'une structure organisatrice de l'emploi, je pense aux chambres de commerce et de l'industrie, leur rôle dans le suivi de ce que je vais proposer est capital.

    2) Prenons le chiffre d'affaires global réalisé par l'ensemble des employeurs au Maroc (personnes physiques et morales, entreprises privées et publiques, commerçants, sociétés de service etc), ce chiffre d'affaires est d'au moins 450 millions de Dirhams. Imaginons maintenant que chaque employeur puisse consacrer 0,9% de son chiffre d'affaires pour la relance de l'emploi, ceci donnerait un montant de :
    450 Mds DH X 0,9% = 4,05 Mds DH
    Si nous demandons aux employeurs de faire un effort pour relancer l'emploi, nous sommes aussi en droit de demander aux chômeurs de faire un effort pour les réintégrer dans le processus de production et de les réinsérer socialement. Vu que la flexibilité des alaires nécessite beaucoup de temps pour suivre les équilibres du marché du travail, je propose de fixer une grille de salaire capable réellement de relancer efficacement l'emploi. Elle serait comme suit:
    -SMIC ET SMAC - Jeunes: 750DH/mois
    - Ouvriers et techniciens qualifiés ou bac: 1.200DH/mois
    - Maîtrise ou Bac+2: 1.500DH/mois
    -Ingénieurs et Bac+4: 1.900DH/mois
    Remarques:
    1) Le SMIC peut paraître assez faible mais je préfère le mettre au même niveau que le SMAC de façon à rétablir une justice entre le travail agricole et le travail en zone urbaine. Ceci aura au moins l'avantage de stopper l'exode rurale qui fait des ravages nos cités urbaines.
    2) Les investisseurs étranger, cette nouvelle grille des salaires les poussera à venir au Maroc au lieu d'aller en Asie du sud-est.
    3) Les licenciements seront interdits sauf en cas de faute grave ou lourde.
    4) Les cadres et diplômes trouveront un travail pour les insérer dans notre société. Ils ne perdront pas leurs connaissances acquises à l'école et ne seront plus les rejetés de notre société.
    Le nombre des chômeurs au Maroc est de l'ordre de 900.000. La distribution de salaire que je propose permettrait d'embaucher théoriquement au moins 300.000 nouveaux salariés par an (salaires charges comprises). Un tel plan s'appliquerait donc sur une période de 32 années et ne coûterait à l'état aucun centime.

    Modalité d'application:
    L'originalité de cette participation est qu'elle n'est pas un nouvel impôt et elle est limitée dans le temps. Seule la chambre de commerce et de l'industrie déterminera en fonction du chiffre d'affaires de chaque employeur la quota d'emplois qu'il devra créer en fonction des qualifications qu'il recherche. Si l'employeur ne peut engager des sans-emploi, il devra payer à une caisse spéciale de participation et d'aide au chômage le montant courant sa quote-part. Sur 3 ans, si nous arrivons à placer 12.5000 nouveaux salariés par mois, nous serons les plus heureux du monde car nous aurons réussir à réduire le chômage de 50%. Cet objectif est des plus réalisables et il nous permettrait de constituer une réserve suffisante pour jeter les bases d'une caisse d'allocation chômage au Maroc. Un directoire dirigera cette nouvelle caisse, il sera constitué des représentants qui suivent:
    - Chambres de Commerce et d'Industrie.
    - Patronnât Marocain avec la CGEM.
    - Conseil National pour la Jeunesse et l'Avenir.
    - Syndicat.
    - Sécurité sociale.
    A partir de 1990 tous les salariés seront appelés à participer à l'effort collectif. Les listes de demandeurs d'emploi seront établies et une politique de l'emploi sera définie à la lumière des nouvelles données. Il va sans dire que la réorganisation des chambres de commerce et de l'industrie est essentielle. Elle aura besoin d'embaucher près de 5.000 salariés pour quadriller tout le territoire national.
    A ce jour les chambres de commerce n'ont jamais joué un rôle dynamique dans le développement de l'économie de notre pays. Elles doivent s'organiser de façon à être à l'écoute des entrepreneurs et commerçant, conquérir ensemble de nouveaux marchés à l'extérieur, former nos entreprises aux nouvelles techniques de management, constituer des banques de données pour tous les décideurs économiques, organiser toutes les corporations au Maroc etc
    Je reste à la disposition de tous ceux et celles qui veulent apporter leurs concours pour le progrès de notre pays. D'autres articles viendront compléter une autre façon de voir l'économie de notre pays, par exemple:
    - Le Maroc face au défi USA-Europe: L'élargissement de l'Union Européenne vers les pays de l'Europe Orientale risque de nous causer des déceptions et des déboires, n'avons-nous pas intérêt à nous orienter vers un partenariat avec les USA dans le cadre du HFTA ( traité de libre échange Nord-Américain)?
    - Demain le monétaire primera sur l'économique: Les désordres monétaires dus à un Système Monétaire International malade vont déferler par vagues successives sur l'Europe et sur notre économie. Entre un Dollar conquérant et une monnaie Européenne à l'état embryonnaire, que faire?
    - Réforme fiscale: Vers un taux unique pour l'impôt sur les sociétés basé sur le chiffre d'affaires réalisé. Ceci permettrait d'augmenter les recettes fiscales proportionnellement au taux de croissance de l'économie et de fusionner de la TVA et des impôts urbains.
    - Réforme du code du travail à préparer progressivement sur les vingt années à venir avec redéfinition du rôle de l'entreprise qui doit être obligatoirement source de profit. Le travail deviendra source de prospérité pour tous et un moyen de réalisation pour chacun de nous

    Mohamed ALOUAH
    * Ingénieur INSA Lyon, directeur de société-France Insonorisal

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