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Plan de lutte contre la sécheresse

Par L'Economiste | Edition N°:64 Le 28/01/1993 | Partager

Le programme de lute contre les effets de la sécheresse vient d'être renforcé avec la constitution d'un Comité Interministériel, présidé par le Premier Ministre, Comité dont les réunions seront hebdomadaire. Ce Comité doit suivre la situation sur plusieurs plans: l'approvisionnement des marchés pour les produits de consommation comme pour les intrants agricoles, le niveau de réserves d'eau (barrages et nappes), l'usage des eaux agricoles, la sensibilisation des consommateurs urbains, l'état des cultures et le comportement du cheptel.

Tanger, la plus mal logée

A la mi - Janvier, le niveau de remplissage des barrages est de 2,77 milliards de m3 et le taux de remplissage des barrages est de 28,9% contre 45% à la même date de I' année dernière Il s'agit en moyenne du niveau le plus bas de réserves observées depuis Février 1985. "Ce taux ne signifie pas grand-chose", précisent les experts de l'Administration de l'Hydraulique, "car sa valeur dépend de la taille de la retenue, des besoins sur les zones effectivement couvertes...".

S'ils se montrent comme tout le monde préoccupés, les ingénieurs de l'Hydraulique assurent que les villes ne peuvent pas manquer d'eau, à une exception, Tanger. Pour cette ville, le barrage de Hachef n'est pas terminé, le débit de ce fleuve a beaucoup baissé, la nappe de Chaf El Akab n'a pas été sérieusement rechargée par la Régie et le barrage d'lbn Battouta est à 12 % de sa capacité(2). Deux autres zones retiennent l'attention: Tétouan et Agadir. A Tétouan, il faut accélérer la mise en service de l'adduction à partir du Barrage Smir, et pour Agadir il faudra réhabiliter, forer ou équiper une dizaine d'ouvrages. De son coté, l'ONEP, qui vient au passage d'obtenir une surtaxe de 0,30 DH par m3 pour auto-financer ses projets d'équipement des petits centres ruraux, lancent leur programme normal et leur programme spécial sécheresse, soit des forages et renforcements de puits, des adductions pour deux fois l00 millions de DH(3).

Sous réserve que ces équipements soient faits et sous réserve du cas de Tanger, les projections du Ministère des Travaux Publics concluent à ce que jusqu'en Août prochain l'approvisionnement urbain sera normal.

Attention aux réseaux qui fuient

Néanmoins, des programmes de vigilance seront appliqués. Ils se présentent sous quatre formes: dans les ouvrages de production, sur le réseau de distribution, chez les consommateurs abonnés et chez les consommateurs publics.

Au niveau des ouvrages, les mesures sont classiques et déjà assez bien effectuées même en période d abondance: il s'agit de renforcer les opérations de maintenance. Sur le réseau en revanche, depuis la grande sécheresse de 81-85, l'effort s'est relâché et l'exemple d'Oujda, dont le réseau fuyait et gaspillait l'eau alors que les habitants en manquaient, n'est plus présent dans les mémoires. Le travail doit être repris, axé sur la lutte contre les déperditions, la surveillance de la qualité en cas de coupures, le report des extensions de réseaux, la modulation de la pression, et d'une manière générale la maintenance effective du réseau.

Les consommateurs abonnés reverront les campagnes d'économie d'eau, campagnes qui s'étaient ralenties ces dernières années. Pouvoirs devraient en outre être donnés aux gouverneurs pour prendre des mesures d'interdiction à valeur psychologique (arrosage, lavage des trottoirs et des voitures...). Du côté des consommateurs publics, le programme veut interdire la prise en charge des consommations privées des personnels administratifs et surtout des collectivités locales et introduire le gardiennage systématique des bornes fontaines, interdire le lavage des rues et particulièrement à partir des bornes d'incendie...

Brebis déjà sacrifiées

Quantitativement et à l'exception des travaux concernant la maintenance des réseaux, les mesures prévues ont des valeurs morales de mobilisation autour du problème de l'eau.

Parallèlement et de manière plus structurelle, deux dossiers doivent resurgir des tiroirs: le Code de l'eau et la lutte contre la pollution.

Le Code de l'Eau, un projet de texte vieux de plus de dix ans, doit d'une part moderniser le cadre juridique de la mobilisation de l'eau, notamment privée, et d'autre part réorganiser la gestion de cette ressource, étant entendu que le Maroc est et restera un pays pauvre en eau. Une note du Premier Ministre demande aux Administrations et particulièrement au Secrétariat Général du Gouvernement de remettre ce projet à I ' ordre du jour pour un prochain Conseil.

En ce qui concerne la pollution, l'un des effets de la sécheresse est précisément de concentrer les risques. Le programme arrêté veut renforcer la surveillance exercée principalement par les services de l'ONEP. Cependant, la législation reste vieillotte et peu efficace pour décourager les pollutions(4).

C'est évidemment en matière agricole que la situation est la plus alarmante. Après un manque à gagner évalué à 15 milliards de Dh, en 1992, l'agriculture se retrouve cette année dans une situation un peu plus grave.

En matière d'élevage, les spécialistes se disent "très préoccupés", bien qu'ils n'envisagent pas de situation d'abattage massif pour l'immédiat.

Les mécanismes d'approvisionnements subventionnés sont repris: 240.000 tonnes d'aliments composés. subventionnés à 50%; 10.000 tonnes d'orges d'importation à des prix accessibles", prise en charge des frais de transport des aliments et exonération des droits et taxes pesant sur les matières premières destinées à l'alimentation du bétail. En parallèle les services sanitaires devront renforcer les opérations de surveillance: le cheptel fragilisé est plus exposé aux épizooties.

Intégration revenus emplois

Cependant, aux mesures classiques devant peser sur les prix des aliments, une conception plus intégrée de lutte contre les effets de la sécheresse est lancée, avec les opérations de forage de puits, pour abreuver le bétail. Quelque 900 puits devraient être ainsi creusés par le Département de l'Equipement Rural du Ministère de l'Agriculture.

Cependant, les observateurs relèvent quelques "mauvais signes". Le premier est la hausse forte des aliments dits d'encombrement et le deuxième la baisse du prix des brebis(5) . La baisse des revenus agricoles après deux ans de sécheresse renforce le phénomène: la consommation de viande ovine a baissé en milieu rural, signalent les observateurs. La baisse des prix commence à gagner le circuit de la viande, avec au cours de l'avant-dernière semaine de Janvier, un recul de 3 à 4%, du prix de la viande ovine au stade gros.

Cette année, un volet spécial est consacré à l'emploi en milieu rural. La préoccupation se retrouve dans des programmes de protection de la forêt, d'épierrage, de petite et moyenne hydraulique. Il s'agit de distribuer des revenus et échange de travaux d'infrastructures ou de préservation du patrimoine.

Situations variables pour la grande irrigation

C'est sur les 14 périmètres irrigués que les mesures de gestion d'eau sont les plus importantes. La première mesure, déjà appliquée, est la limitation des turbinages pour l'électricité aux seuls besoins d'irrigation. Le deuxième stade, en fonction des réserves des barrages et des eaux souterraines mobilisables est la limitation de l'irrigation. Le principe mis au point en 81-85 est de garder une réserve incompressible dans les barrages et nappe jusqu'en Octobre (au cas où...!), et, avec le disponible, d'irriguer les arbres fruitiers capital long à reconstituer.

Ensuite, viennent les cultures "à impact socio-économique" en particulier celles qui sont en ,amont des cycles industriels, puis les autres cultures . Le maraîchage reste à part, étant généralement irrigué à partir de puits. Globalement, le niveau des nappes reste accessible.

Six périmètres, en raison des stocks d'eau, échappent aux restrictions: le Loukkos, le Gharb, les Doukkalas, l'Issen, le Massa et le Draâ.

D'ici Août prochain, la situation la plus mauvaise sera celle de la Tessaout aval, où les besoins ne seront satisfaits, au mieux, qu'à 46 et 48% sur la Tessaout amont. Sur le périmètre du Beth, les besoins seront satisfaits à 50%, sur le Neckor, ils le serontà55%,surleN'Fisà63%,dans la Moulouya à 73%, dans le périmètre des Beni Moussa à 75%.

Nadia SALAH

(1) C f L'Economiste du 21 Janvier 1993

(2) La recharge, ou le remplissage artificiel. de nappes phréatiques existantes est une technique originale de stockage d'eau, développée au début des années 80, et ce tout particulièrement sur le site de Chaf El Akab. La maîtrise technique et scientifique des opérations est considérée comme satisfaisante. La Régie a manqué de trésorerie pour réaliser ce stockage d'eau. Les restrictions appliquées à la zone de Tanger sont de 20% de la consommation naturelle depuis deux mois. Si la sécheresse devait persister jusqu'en Avril, Tanger souffrirait beaucoup.

(3) La surtaxe doit rapporter 200 millions de DH/an, mais permet de négocier des dons et prêts, notamment européens. En effet, les bailleurs de fonds se sont montrés réticents tant que l'administration n'avait pas démontré que le Maroc peut apporter sa contribution en finançant partiellement les équipements projetés pour les petits centres ruraux.

(4) Cf L'Economiste du 5 Novembre 1992.

(5) Paille et, dans une moindre mesure, fourrage sont des aliments d'encombrement, qui remplissement la panse, sans nourrir. Une botte de paille peut atteindre jusqu'à 30 DH aujourd'hui, contre 5 Dh dans les zones de production et 10 DH dans les zones de consommation, en période normale. Dans les souks, les brebis sont sacrifiées aux alentours de 250 DH alors qu'elles valent en période normale 1.000 DH. Les brebis sont les premières sacrifiées, car elles concurrencent l'alimentation des vaches, capital plus important.

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