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    Peinture : Boujemaoui : La caravane, son modernisme et ses sources

    Par L'Economiste | Edition N°:147 Le 29/09/1994 | Partager

    "La caravane" : tel est le titre de l'exposition du peintre Mustapha Boujemaoui, qui se tiendra à la Galerie d'art Meltem (Casablanca) du 4 au 29 octobre prochain.

    Parlant de son travail de peintre, Boujemaoui le définit comme celui d'un ethnologue de la culture universelle et d'un archéologue. Il est en quête de ce qui fonde pour le dépasser, "oeuvrer à la synthèse du passé et du modernisme". C'est la raison pour laquelle il a repris, dans ce qu'il appelle son "expérience picturale", un fragment de fresque de Al Waciti, artiste irakien célèbre pour ses miniatures, datant de 1237 (634 de l'Hégire): "Les séances d'Al-Hariri : troupeau de chameaux". Et il le retravaille indéfiniment, exprimant à travers la permanence de l'oeuvre la non-permanence de chaque événement et du passage. "Dans ce travail, je suis remonté aux sources. Je n'ai rien inventé. Le chameau, navire du désert, représente la notion de voyage, de découverte du monde et de curiosité..." dit-il. Prétexte à une réception jamais identique, le chameau se prête au symbolisme multiple : déplacement, mais aussi dialogue, communication, ouverture sur l'éternité. Etre de passage, il ne se fixe jamais. Résistant à la souffrance, il exprime la sagesse de l'infini de l'esprit, du temps et de l'espace. La caravane se déplace, au fil des tableaux où le peintre répète son leitmotiv dans les variations de l'espace et du temps, sous le regard qui se transforme selon les couleurs, la lumière, la dimension, les formes variables éloignées des rectangles et des carrés habituels, oscille entre les blancs, les gris, les bleus et les ocres.

    Des triptyques, fragments d'espace, assemblent les temps, à la recherche d'une unité mystique marquée par la culture originelle, la religion, l'unité divine.

    La peinture de Mustapha Boujemaoui est chant, poème, rythme musical. "Derrière toute oeuvre d'art il y a une mystique", dit-il, surtout quand, dans l'art pictural, elle est muette et invite à la méditation. C'est sans doute pourquoi elle dégage cette atmosphère de sérénité, où le temps, ouverture vers l'éternité, est scandé par des haltes, jamais limité par la mort.

    Animal sacré dans la tradition arabo-musulmane, le chameau exprime une symbolique variable selon les cultures, il est nomade du sens. Dans le travail de Boujemaoui, les signes se mêlent aux images, les points de couleur aux surfaces lumineuses, les traces à la foule des sentiments. Comme la peinture sur papier journal à la toile ou au travail sur bois. Comme les événements à l'éternité. Comme les verres à thé, transparents ou colorés, se détachent sur la suite ineffable des jours : qu'ils viennent du peuple (kas hayati) ou de l'élite (kas alballar), représentés par le peintre dans la transhumance du temps.

    Ici, tout est passage et recherche des lieux fertiles du dialogue. Les tableaux eux-mêmes déplacent leurs propres limites, se perdent sur l'espace des murs dans le refus d'un encadrement, leurs bords répétant souvent le travail de la surface.

    Car Mustapha Boujemaoui ne néglige rien. Si son oeuvre participe souvent de "l'écriture automatique", elle est aussi hautement réfléchie, méticuleusement construite pour créer un discours, un regard nouveau, invoquer une contemplation mystique.

    Mustapha Boujemaoui, originaire de la région d'Oujda, est diplômé de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Tétouan, puis de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles et de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Rentré au Maroc depuis 1982, il a enseigné les arts plastiques d'abord à Oujda, puis à Rabat où il travaille actuellement au Centre Pédagogique Régional. Il a exposé à Rabat en 1989 et 1992, au Caire (IVème Biennale des Arts) en 1993, avant cette exposition casablancaise.

    Thérèse Benjelloun

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