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    Politique Internationale

    Pauvreté: Veuves et divorcées en première ligne

    Par L'Economiste | Edition N°:325 Le 09/04/1998 | Partager

    Les familles dirigées par les veuves ou les divorcées sont les premières à pâtir de la pauvreté. La dernière enquête sur la famille effectuée en 1995 avait ressorti un constat alarmant. Près de 27,6% des ménages monoparentaux sont défavorisés.


    Tamou est veuve. Feu Larbi, emporté par la tuberculose, lui a laissé cinq bouches à nourrir. Les temps sont durs et le défunt père ne leur a laissé ni rente ni retraite. Il ne glanait ses revenus que de petites bricoles par ci par là.
    Aziza n'avait jamais eu à travailler. Sa fille de huit ans et son mari représentaient jusque-là son unique préoccupation. Jusqu'au jour malencontreux où le mari décide de refaire sa vie avec une autre femme et la répudie. Après une longue procédure, elle arrive à décrocher une pension alimentaire, mais celle-ci ne dépasse pas les 300 DH par mois, somme avec laquelle elle doit nourrir sa petite fille, payer le loyer, l'eau et l'électricité et affronter les besoins de la vie quotidienne.
    Des Tamou et des Aziza, il y a en des milliers dans le pays. Que ce soit en milieu urbain ou rural, la vulnérabilité à la pauvreté est plus accentuée chez les familles monoparentales. Quand on sait que 94% de ces structures familiales sont gérées par des femmes, cela n'est plus sujet à étonnement.
    Ainsi, bien que la vulnérabilité à la pauvreté touche près d'un ménage sur deux, ce sont surtout les ménages dirigés par les femmes qui sont les plus touchées: veuves ou divorcées, âgées, inactives ou au chômage et dépourvues de toutes sources de revenus.

    Selon la dernière enquête nationale sur la famille, effectuée par la Direction de la Statistique en 1995, les familles monoparentales compteraient dans leurs rangs plus de 874.000 veuves et 287.000 divorcées. Près de la moitié de ces familles (48,7%) ont vu leur niveau de vie régresser durant la décennie qui a suivi l'enquête. De plus, 27,6% des ménages monoparentaux dirigés par une femme sont défavorisés contre seulement 2,3% pour ceux dirigés par les hommes.
    Les rares études réalisées sur le divorce ou le veuvage montrent que les retombées négatives sont beaucoup plus assumées par la femme et les enfants que par l'homme. La raison en est connue: la femme marocaine reste associée à de faibles taux d'activité et d'alphabétisation. Les femmes sont en effet les premières victimes de l'analphabétisme. Le rapport du Conseil Economique et Social du Fonds des Nations-Unies pour l'enfance sur le Maroc avait déjà dressé un constat accablant. Le taux d'alphabétisation des femmes atteint difficilement 32% en milieu urbain et seulement 10% en milieu rural. Ce qui est d'autant plus préoccupant conjugué au fait que l'amélioration du statut de la femme passe par l'augmentation de son pouvoir économique et donc par l'accès à l'éducation.

    Les contraintes sociales, culturelles et économiques poussent les femmes à entretenir leurs enfants et à s'occuper des travaux ménagers. Une fois veuves ou divorcées, elles doivent rechercher une nouvelle source de revenu en se présentant sur le marché du travail. Quand elles ont des enfants mineurs en charge, la situation est beaucoup plus urgente. Le taux d'activité s'élève donc de façon spectaculaire pour atteindre 54%, alors qu'il n'est que de 35% pour les femmes mariées.
    En fait, la dissolution d'union met avant tout en évidence la précarité de la condition féminine. Jeune ou âgée, avec ou sans enfants, la femme divorcée ou veuve assume une responsabilité très importante dont elle n'a pas toujours les moyens.

    Ghassan KHABER

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