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    Economie

    Pauvreté et crise de l'immobilier en France : Les "zinzins" dans la hotte de l'abbé Pierre

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    La haute finance rejoint l'action humanitaire. UAP-Worms, AGF et GAN..., les institutionnels de l'immobilier livreront des appartements aux démunis. Les politiciens candidats à la présidence ont insisté.

    L'abbé Pierre, qui caracole en tête des sondages de popularité en France, peut se vanter d'avoir donné un joli coup de pied dans la fourmilière politicienne en imposant aux candidats à l'élection présidentielle de prendre concrètement position en faveur des plus démunis, et singulièrement de ceux qui, faute de ressources suffisantes, ne peuvent avoir un logement.

    En allant squatter, le 18 décembre, un immeuble de 10.000 mètres carrés, rue du Dragon, dans le Quartier Latin, avec plusieurs familles encadrées par l'association Droit au Logement, l'abbé fondateur des Chiffonniers d'Emmaüs a fait entrer l'hiver dans la campagne électorale.

    Dès que l'immeuble appartenant à l'un des plus grands promoteurs immobiliers parisiens, la COGEDIM, a été occupé, l'abbé a été reçu par le Premier ministre Edouard Balladur. Ce dernier lui a d'abord annoncé qu'il ne requerrait pas les forces de l'ordre pour faire évacuer les bâtiments, mais aussi que le gouvernement allait s'attacher à rechercher des solutions durables pour ceux qui n'ont plus rien.

    Jacques Chirac, maire de Paris et désormais principal adversaire politique d'Edouard Balladur, n'a pas voulu être en reste. Il a annoncé de manière assez spectaculaire qu'il entendait "réquisitionner" les immeubles vides dans la capitale et les affecter à des familles en recherche de foyer. S'il existe dans la capitale des milliers d'appartements et même d'immeubles libres, l'opération n'est pas si simple qu'il y paraît. Tout d'abord, nombre d'entre eux appartiennent à des particuliers, que la loi du marché ne peut contraindre à céder. Ensuite, quand on s'adresse aux investisseurs institutionnels (les fameux "zinzins") pour leur demander quelles offres ils peuvent faire, ce n'est pas toujours simple. Les immeubles concernés peuvent avoir besoin de gros travaux, ce qui empêche les prétendants à une éventuelle installation d'y procéder. Certains propriétaires, épouvantés à l'idée de voir leur appartement se déprécier si des locataires à faible revenu s'y installent, ont opportunément entrepris de lourds travaux d'infrastructure. La COGEDIM, propriétaire de la rue du Dragon, a agi de la sorte en démolissant toutes les facilités (sanitaires, fenêtres et planchers) de l'un de ses immeubles qui sera prochainement en voie de profonde rénovation.

    A peine débarqué de l'avion qui le ramenait d'un voyage de campagne dans l'île de la Réunion, Jacques Chirac a convoqué tous les partenaires économiques et sociaux afin de faire un point avec eux. C'est ainsi que les animateurs des associations caritatives concernées, une dizaine, se sont trouvés face à face autour d'une table à la mairie de Paris, le 23 décembre, pour un entretien avec les "zinzins". Ces derniers -AGF, GAN, UAP-Worms, Crédit Foncier, Crédit Lyonnais, Suez et Société Générale - ont garanti qu'ils allaient livrer 200 logements, tous installés dans des immeubles complètement vides. Une convention sera passée avec la ville afin qu'elle prenne en charge une partie au moins des travaux de rénovation.

    Les locataires potentiels, qui sont tous en situation de grande détresse et de précarité sociale, ne disposent pas de ressources permettant de louer un tel logement. Il est donc convenu qu'une allocation spéciale, l'Aide Personnalisée au Logement sera spécialement affectée à ces programmes. La ville de Paris sera également mise à contribution, et complétera le loyer de ses deniers propres... Nage-t-on en pleine démagogie et dans la provocation, comme le proclame l'abbé Pierre? Ou s'agit-il d'un vrai mouvement de solidarité, semblable dans son ampleur à celui qu'avait fondé le comique Coluche avec ses Restos du coeur, dans les années 80? C'est l'avenir qui le dira.

    Les conditions économiques et politiques sont bien entendu au premier plan. Si tant d'immeubles et d'appartements parisiens sont vides, c'est en raison de la crise de l'immobilier. Après le boom des années 80, les temps de la stagnation, puis de la régression sont venus. Les appartements étaient devenus impossibles à vendre. Et les investisseurs les ont délibérément laissés de côté, en attendant une reprise qui ne s'est pas manifestée. Les observateurs attentifs de la vie politique française auront également noté que la loi sur l'interdiction du financement des partis par les entreprises est passée à l'Assemblée Nationale juste avant les fêtes de Noël et que désormais les entreprises, y compris les "zinzins", ne pourront plus verser leur obole. Voilà de quoi aider les hommes politiques à y voir plus clair.

    Jean GUISNEL, Correspondant à Paris

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