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    Economie

    Patron, je suis candidat

    Par L'Economiste | Edition N°:284 Le 12/06/1997 | Partager

    Peu de patrons et de cadres se présentent aux élections. Le jeu politique est devenu étranger à la gestion privée et publique. Pourtant, il a beaucoup à lui apprendre.


    "Chérie, j'ai perdu les élections".
    "C'est bien fait. Tu aurais mieux fait de garder l'argent des tracts pour nos vacances à Cabo". Le lendemain: "Mes chers collègues, avant de commencer la réunion, je vous annonce que j'ai perdu aux élections". "C'est bien fait. Il aurait mieux fait de s'occuper du projet export", pensent tout bas les chers collègues, et tout haut le patron.
    Et ce n'est pas fini. Notre candidat malheureux aux communales devra affronter les sarcasmes de ses amis qui le prennent pour un naïf.
    Car si les patrons et les cadres d'entreprise et de l'Administration n'ont pas été nombreux à se présenter aux communales, ceux qui ont franchi le pas apprennent beaucoup pour leurs affaires.
    A priori, il est souhaitable que les compétences accumulées, dans la banque ou l'industrie, servent dans la gestion de la chose publique, qui en a tant besoin.
    A posteriori, on constate que peu de cols blancs se sont engagés. Les uns associent encore la politique à la contestation. Longtemps, c'était considéré comme risqué. Ce ne doit surtout pas entrer sur les lieux de travail où chacun se déclare "apolitique". C'est un critère de promotion.

    Illusion, rétorque l'un d'eux, la politique, ce n'est que l'organisation sociale qu'il ne faut pas abandonner aux politiciens professionnels ou aux incompétents. C'est la politique qui, au niveau communal, néglige le nettoyage de la zone industrielle, autorise les constructions. C'est la politique qui, au niveau national, fait les lois, les impôts, les règles du commerce. Mais qui peut se plaindre des élus, quand il s'est tenu loin des élections. La démocratie américaine, c'est un vote loyal, mais aussi des individus et des groupes d'intérêts qui présentent des candidats ou financent les campagnes. Les élus arrivés au pouvoir renvoient l'ascenseur. C'est légal et même organisé, réglementé.
    Au Maroc, l'entrée en politique des patrons et des cadres n'a pas été massive, naturelle. Les partis sont parfois mis en cause: "Comment aller vers eux quand ils ne viennent pas à nous", disent les uns. Allons vers eux, disent les autres. Il faut faire avec. Ainsi des libéraux, férus de bourse et de flexibilité du travail, ont eu l'investiture du PPS et de l'OADP. Les cousins et les copains ont créé les liens, et les idéologies sont restées aux placards. Elu ou battu, notre manager aura appris à jeter les ponts vers les partis. Un jour, il créera un relais au Parlement.

    Ecouter, convaincre


    "Les partis n'ont pas renouvelé les hommes, leur discours", disent d'autres. "Ils n'ont pas de programmes et ignorent l'économie, le terrain".
    Le terrain, mais nos cols blancs le connaissent-ils eux-mêmes? Leur apolitique est le bureau propre et climatisé. En campagne, ils ont découvert la poussière, la chaleur, et même la marche à pied.
    Dur le porte-à-porte, quand on s'est habitué à ne communiquer que par mailings et notes de service... en français. Car la campagne se fait en arabe, mais dialectal, pas celui de l'arabisation qui alimente les politiques sur l'enseignement.
    Un bonne leçon pour nos managers qui auront besoin de mobiliser, reconvertir, comprimer leur effectif. Les patrons qui réussiront auront su convaincre leurs troupes, expliquer eux-mêmes les difficultés, s'accordent à dire les experts qui relèvent des coupures Directions-personnel. "Il faut des réunions à la chinoise", selon l'expression de M. Amar Drissi, qui a réussi son redéploiement, et avec un syndicat.
    Convaincre est un autre talent que les managers peuvent apprendre de la politique. Eux qui ne sont habitués qu'à commander, voilà qu'ils doivent écouter la base, électorale aujourd'hui, du travail demain. Car c'est du bas vers le haut que vient la légitimité politique en démocratie. Mais c'est du haut vers le bas que descend la légitimité. Dans l'entreprise et l'Administration, ce ne sont pas des démocraties, mais des autocraties, structurées par la sacro-sainte hiérarchie. Mais le marché leur impose de mettre en place des compétences, de déléguer.
    Même s'il perd les élections, notre candidat manager n'aura donc pas perdu son temps.

    Khalid BELYAZID

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