×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Economie

    Partenariat Maroc-UE dans l'agro-industrie : Les grands travaux pour se rapprocher de l'Europe

    Par L'Economiste | Edition N°:224 Le 04/04/1996 | Partager

    Le terrain pour le partenariat dans l'agro-industrie est propice. Les freins qui minent son développement sont cependant nombreux. Il est temps de penser à une politique agricole réaliste encourageant la productivité, l'intégration et le financement de l'agriculture.

    Ce n'est pas un hasard si le Colloque international sur le partenariat dans l'agro-industrie, qui s'est tenu à Marrakech du 28 au 30 mars 1996(1), n'a pas atteint pleinement ses objectifs, du moins sur la partie partenariat. En effet, souligne un participant, "les étrangers présents sont nos clients traditionnels. Le parterre ne correspond pas au thème du colloque sur le partenariat. Les nouveaux clients potentiels sont absents".
    Dans tous les cas, le colloque a été l'occasion pour les professionnels de faire le point sur les potentialités et les contraintes du secteur ainsi que sur ses nouvelles opportunités.
    En effet, le terrain pour la collaboration est propice. Un courant d'échanges et de coopération Euro-Maroc est déjà engagé et actif dans le secteur. Cependant, un effort de mise à niveau de l'environnement institutionnel et économique s'impose. A côté de cela, il est nécessaire de moderniser l'appareil de production, de structurer les systèmes d'approvisionnement et de commercialisation, de diversifier les débouchés à l'étranger ou encore d'optimiser l'intégration entre le secteur agricole et celui de la pêche et le secteur des industries agro-alimentaires. S'ajoute le besoin d'une politique agricole réaliste encourageant la productivité et le financement incitatif de l'agriculture traditionnelle et moderne. La meilleure manière de relever tous ces défis est la coopération étroite entre le secteur privé, le secteur public et les partenaires étrangers. Telle est la conclusion des différents ateliers tenus lors du colloque.

    Tirer vers le haut

    Il n'en demeure pas moins que le secteur, même s'il n'a pas été choisi parmi les grappes dans le cadre du Maroc compétitif(2) , affiche de bonnes potentialités. Et c'est ce secteur qui va tirer l'économie vers le haut.
    Le silence de M. Hassan Abouyoub, ministre de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole, sur les dates d'entrée officielles de la libéralisation du sucre, des oléagineux et des céréales est significatif. Son silence sous-entend que les mesures d'accompagnement tant attendues ne sont en réalité qu'une réorganisation du secteur par les opérateurs eux-mêmes.
    Ces filières sensibles prennent du retard par rapport au processus de libéralisation économique du pays. Si le partenariat devait leur permettre une amélioration de leur compétitivité, il y a peu de chances qu'elles puissent occuper un jour une position de leaders sur le marché mondial, le partage étant déjà réalisé. Le partenariat permettra tout au plus de préserver l'autosuffisance alimentaire.
    Dans tous les cas, les filières de l'agro-industrie marocaine sont en train de conduire une révolution. Le premier Salon de l'Alimentaire du Maroc (SAM 96), organisé du 29 février au 3 mars 1996, a été l'occasion de la voir sur place: nouveaux produits, fruits, emballages, procédés, mais aussi gros efforts de marketing.

    Mariage d'affaires

    A côté de toutes les stratégies de lancement de nouveaux produits, le partenariat ne demeure pas en reste. Certains groupes bien implantés dans différentes branches d'activité du secteur multiplient les associations et attirent les investisseurs étrangers qui, pour certains, veulent renforcer leur position sur le marché marocain et développer les créneaux jugés porteurs.
    "Le partenariat est un mariage d'affaires dans lequel les intérêts bien compris des deux parties sont analysés. Le respect mutuel et la confiance réciproque font aussi partie intégrante de la réussite du partenariat", souligne M. Bernard Dussert, Analyste Financier Principal à la Banque Mondiale.
    Par ailleurs, outre la présentation des potentialités et des contraintes des différentes filières, le financement du secteur a également fait partie des thèmes du colloque. Le secteur agro-industriel reproduit la plupart des phénomènes relevés au niveau de l'entreprise marocaine en général en ce qui concerne le financement de l'activité. Les fonds propres sont relativement faibles et le secteur est fort demandeur en crédits. L'endettement à court terme est très important, alors que le moyen et le long termes restent à un niveau réduit. L'activité agro-industrielle a des caractéristiques spécifiques, essentiellement au niveau de l'approvisionnement. Les produits agricoles étant saisonniers de nature, les entreprises sont tenues de concentrer leur approvisionnement au moment des récoltes, ce qui exacerbe les tensions de trésorerie lors de cette période.

    Mériem.Oudgiri. & Fatima.Mossadaq.


    Fruits et légumes: les opérateurs renforcent les liens


    Le partenariat, pour les produits frais et transformés, est une nécessité face à la mondialisation des échanges. Pour une mise à niveau des conditions d'accueil des partenaires étrangers, des réformes sont nécessaires.


    "Nous avons l'infrastructure hydraulique, nous avons le potentiel agricole et les hommes, et, s'il y a un secteur dans lequel le partenariat doit être réalisé à juste titre, c'est bien celui-là", souligne M. Mohamed Chraïbi, président de la FICOPAM, lors de l'atelier consacré aux fruits et légumes frais et transformés et aux plantes aromatiques. Si pour beaucoup d'opérateurs le partenariat est souhaitable et est une nécessité pour demain, le véritable handicap, outre l'accès aux marchés, est l'existences de deux discours: un discours "politique très généreux" et un discours du terrain. Les entraves au partenariat existent encore. L'Accord d'association Maroc-UE a figé certains produits dits sensibles "par des mécanismes extrêmement protectionnistes". Côté partenaires européens, "il y a quelque chose de biaisé et ce nouveau régime rend plus difficile le commerce international aux importateurs et aux exportateurs". Dans la pratique quotidienne, face aux contraintes d'équivalents tarifaires, de prix d'entrée, de contingents, "il va nous falloir encore nous battre sur ce domaine", avancent-ils. Selon M. Michel Schwartz, directeur des Importations de Pomona, "une négociation n'est jamais terminée, un accord n'est jamais définitif". C'est donc dès aujourd'hui que les partenaires doivent se préparer au prochain rendez-vous Maroc-UE prévu par l'Accord d'Association, et améliorer un certain nombre de dispositions de l'accord en vigueur. A cela, rappelle M. Fouad Benabdeljalil, secrétaire général de l'APEFEL, s'ajoute le projet de réforme des organisations communes des marchés des fruits et légumes en Europe qui est actuellement en cours de discussion.

    Partenariat, réalité tangible

    Dans le secteur des produits frais et transformés, le partenariat remonte à plusieurs années et "est une réalité tangible, car beaucoup de sociétés mixtes ont été montées et se sont développées". Dans le domaine des produits horticoles transformés, de nombreuses expériences ont été réussies. Par exemple, les unités à capital mixte ou totalement étranger opérant dans le secteur des condiments réalisent plus de 50% des exportations. C'est particulièrement le cas des olives et des cornichons. Dans le domaine des fruits surgelés, la présence de partenaires européens, notamment espagnols, est relativement dominante. La tendance a également gagné le secteur des fruits et légumes frais où de grandes sociétés opèrent dans la production, le conditionnement et l'exportation. Aujourd'hui, en dehors des produits sensibles contingentés ayant "fait l'objet de mécanismes extrêmement protectionnistes", et pour lesquels le marché européen est difficile d'accès, de nombreuses opportunités existent pour les autres produits. Il en est ainsi des fraises pour lesquelles "le Maroc est passé de zéro kilo il y a cinq ans à 25.000 tonnes de production aujourd'hui", les melons, les asperges, les variétés précoces de pêches, de cerises et les produits transformés. "Ces opportunités peuvent être exploitées dans le cadre du renforcement du partenariat technique et commercial existant".
    Pour les opérateurs, l'amélioration de la compétitivité, notamment sur le marché de l'UE, principal débouché du Maroc, passe par la résolution de plusieurs autres problèmes qui sont
    le manque de diversification de la production et de la structure commerciale et l'inadéquation des pratiques culturales. S'y ajoutent les faiblesses de l'infrastructure et de la gestion de la qualité, en particulier pour ce qui concerne les stations de conditionnement et les marchés de gros, ainsi que l'insuffisance de l'application des techniques modernes de gestion des risques.

    Faiblesse du marketing

    Dans un autre volet, il est souligné, ce qui n'est d'ailleurs pas une découverte, la concentration sur l'UE et particulièrement sur la France, des exportations marocaines. Mais, outre la diversification géographique, différents experts recommandent une adaptation des produits exportés au goût des consommateurs étrangers et l'amélioration de la qualité des variétés. Toutefois, cela suppose une réponse à plusieurs questions situées en aval, allant de l'accès à la terre à l'assouplissement des conditions de financement. De plus, l'introduction de variétés ou de techniques nouvelles ne constitue pas à elle seule la clé du problème. Il s'agit pour toutes les entreprises orientées vers les marchés extérieurs, et également désirant établir des partenariats, de mettre en place les moyens permettant de mieux gérer les risques, en particulier le renforcement des stratégies et des techniques commerciales.
    Du côté des partenaires et clients étrangers, il est relevé la faiblesse du marketing du Maroc. En effet, les campagnes de publicité sont rares. "Le Maroc doit sauvegarder sa notoriété et appuyer ses démarches commerciales auprès des grandes surfaces". L'adaptation de l'offre aux conditions des centrales d'achats est jugée insuffisante en termes de volume, de normalisation et de logistique. Désormais, pour mettre à niveau les conditions d'accueil des partenaires étrangers, des réformes s'imposent. Il en est ainsi de l'amélioration de l'offre de terres agricoles par la privatisation du domaine privé de l'Etat et par l'assainissement du statut des terres, de la protection juridique des obtenteurs afin que les producteurs marocains disposent de nouvelles variétés et semences ou encore de l'amélioration et la simplification des contrôles de qualité afin de réduire les délais, uniformiser la qualité et fiabiliser l'origine. Si le contrat de culture est considéré par les opérateurs comme "un leurre et un échec total", il est recommandé la mise en place d'instances d'arbitrage pour le règlement des conflits résultant du non-respect de ces contrats.

    Meriem OUDGHIRI.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc