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    Oujda/Contrebande
    Les psychotropes en tête des ventes

    Par L'Economiste | Edition N°:2655 Le 20/11/2007 | Partager

    . Les dérivés morphiniques aussi. Les médicaments transportés avec des insecticides puissants. Aucune traçabilité possibleLa contrebande continue de faire rage à souk El Fellah à Oujda. Le pire, c’est qu’il s’agit principalement de médicaments. Et pas n’importe lesquels. Les psychotropes arrivent en tête des médicaments les plus vendus dans cette ville de l’Oriental. Baptisé aussi «karkoubi», ce monstre indétrônable, toujours aussi prisé pour ses effets hallucinogènes, est à l’origine de l’augmentation de taux de délinquance et de criminalité. «Bien que la majorité des classes thérapeutiques soit disponible à Oujda, les psychotropes l’emportent haut la main», a indiqué Hayat Keddani(1), docteur en pharmacie, lors de la 1re journée nationale scientifique de la société marocaine de pharmacovigilance, tenue vendredi dernier à Rabat, sous le thème «médicaments au Maroc: usage et mésusage». Les psychotropes sont talonnés par les dérivés morphiniques, les corticoïdes sous toutes les formes galéniques, les antidiabétiques oraux et les insulines ainsi que les antihypertenseurs, d’après une enquête réalisée sur le terrain. Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), les antibiotiques ou encore les produits vétérinaires n’ont pas vraiment grand succès. A souk El Fellah, on trouve aussi les articles d’ostéosynthèse (produits pour réparation de fractures osseuses) outre les consommables de chirurgie: fils de suture, sondes, tubulures…L’enquête ne mentionne pas, par ailleurs, la vente du Viagra. Pourtant, ce comprimé aphrodisiaque y est disponible à 150 DH (cf. www.leconomiste.com).Les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme. Ils informent et sensibilisent pour mettre en œuvre des mesures efficaces contre la vente informelle des médicaments. Reste que cette situation n’est pas nouvelle.Oujda connaît depuis des années un trafic commercial important. Sa situation géographique fait d’elle un carrefour privilégié. D’abord entre le Maroc et les autres pays du Maghreb et d’Afrique du Nord d’une part, et entre le Maroc et l’Europe via Nador/Melila d’autre part. Ce fameux souk El Fellah devient dans la journée le théâtre de bien malheureuses transactions. Le vendeur incarne le rôle de pharmacien-conseil, avec prescription. Il fournit ainsi tous les besoins en médicaments sans aucune contrainte qu’il s’agisse ou non de médicaments autorisés (liste A). Après présentation des besoins en médicaments oralement ou griffonnés sur un bout de papier ou même sur une ordonnance (que les vendeurs ont appris a déchiffrer à force de pratique), il suffit de patienter dans un coin discret pendant que le vendeur cherche les médicaments dans un entrepôt secret. En cas de difficulté de déchiffrage ou ignorance de prix (les médicaments algériens sont échangés contre des marchandises), le vendeur s’adressera au pharmacien du coin. Plus grave encore: il suffit que le malade dit au contrebandier de quoi il souffre et il sera alimenté sur le champ. Pas moins de 20 produits sont vendus à souk El Fellah (Voir tableau). Prenons l’exemple de Daonil b100, il se vend à 60 DH alors que son prix PPM est de 86,30. Tandis que Ventoline aér est mis sur le marché informel à 35 DH contre 56,30. Les asthmatiques sont ravis puisque le Seretide qui affiche plus de 490 DH est vendu à moitié prix. La fluctuation la plus spectaculaire est celle de Rivotril dont le comprimé est cédé à 2 DH le comprimé au lieu de 38,20 DH. Selon l’étude réalisée par la Chambre de commerce régionale, l’écart oscillait entre 15,2% et 80,70% en 2004. Cet écart a tendance à diminuer actuellement avec l’avènement des génériques. Le taux de change a aussi une influence sur ces fluctuations de prix (1 DH =10 DA). Plusieurs saisies de Rivotril ont été effectuées par les services de la douane d’Oujda à fin novembre. Ces derniers ont mis la main sur près de 27.000 comprimés en 2006 et un total de 9.730 de janvier à septembre 2007 (voir tableau). Apparemment, les nombreux déplacements du Souverain semblent calmer le trafic, selon une source. En attendant, les autorités régionales tentent tant bien que mal de limiter la prolifération de la contrebande.«Souk El Fellah est le siège d’une automédication anarchique et très dangeureuse vu l’accès libre et illimité à toutes les classes médicamenteuses avec une méconnaissance totale de la part et du vendeur et de l’acheteur», relève Keddani. Les dates de péremption sont suspectes et généralement imprimées sur les boîtes et non en relief. Pis encore, la posologie demeure inconnue en l’absence de toute règle de prescription et de délivrance. Alors que dans le circuit légal tout lot ou tout produit objet de retrait doit être oté du marché national dans les plus brefs délais, à souk El Fellah aucun retrait n’est possible après sa mise en circulation (cas du Vioxx actuellement).Quelle est l’origine de ces produits? Pas de véritable source puisque aucune étude n’a été faite pour en rechercher la traçabilité. A souk El Fellah, toujours, il existe des produits à emballage européen (prix en euro) et même algérien (prix en DA). Cependant, cela n’indique en rien leurs origines. «Il y a des produits qui ont fait le même trajet que les passagers clandestins originaires du Niger ou du Sénégal, d’autres parviennent par les réseaux des trafiquants», est-il indiqué. Pour acheminer la marchandise, les contrebandiers utilisent plusieurs voies d’accès. Les conditions de transport, de stockage et de vente, sont les mêmes que toutes celles des autres marchandises de contrebande et aucun traitement de faveur ne leur est accordé. Les médicaments sont transportés avec les bidons d’essence et de gasoil cachés à l’intérieur des sacs de farine, stockés avec les dattes et les grandes marmites d’aluminium et vendus avec des insecticides puissants contre les cafards. Un véritable poison!


    Qui paie?

    Eduquer, sensibiliser sur le danger de la contrebande des médicaments et appliquer les textes de la nouvelle loi 17-04… sont les quelques recommandations des professionnels du secteur. La loi est claire. L’article 135 stipule que l’exercice illégal de la pharmacie est puni d’une peine d’emprisonnement de 3 mois à 5 ans et d’une amende de 5.000 à 50.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement. En cas de récidive, la peine d’emprisonnement ne peut être inférieure à six (6) mois et le montant de l’amende est porté au double. Il est recommandé aussi d’améliorer l’accessibilité des médicaments en encourageant les génériques et généralisant la couverture médicale outre l’implication des laboratoires fabricants pour combattre ce fléau. Il s’agit aussi de lancer une étude prospective sur le terrain à propos de l’utilisation des médicaments de la contrebande. Cette étude impliquera les médecins et les pharmaciens. Fatim-Zahra TOHRY------------------------------------------------------------------------------------(1 ) Commission préparatrice du centre régional de pharmacovigilance de l’Oriental.

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