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    Economie

    Où sont donc les centres d’alphabétisation?

    Par L'Economiste | Edition N°:2096 Le 29/08/2005 | Partager

    . «La carte arrive», répond Birrou. Pour la première fois en cinquante ans, une étude de terrain. L’absence d’informations, principal facteur d’échec«Depuis plus de deux ans, je tente de faire inscrire une adulte qui veut apprendre à lire et à écrire. Cela s’avère vite impossible». Ce lecteur de L’Economiste de Salé est très déçu par les programmes de lutte contre l’analphabétisme, tout simplement en raison de l’absence d’indications concrètes sur les lieux d’apprentissage. «Il n’y a pas encore de cartes détaillées des centres», d’après le secrétariat d’Etat chargé de l’Alphabétisation. Le ministre Anis Birrou souligne que ses équipes travaillent dessus... C’est-à-dire que cinq décennies après l’Indépendance, on saura enfin pour la prochaine rentrée des cours d’alphabétisation (septembre) quand, où et comment faire pour alphabétiser des proches. Pour la «petite» histoire, l’année qui a suivi l’Indépendance du Maroc a connu un élan national spontané, qui avait réussi à alphabétiser un million de personnes (selon les documents du département de Birrou). . Pour 300.000 DH…Pis, cela fait 50 ans que le Maroc a placé l’alphabétisation parmi «ses priorités». Et depuis, aucun travail d’identification pour faciliter la tâche au citoyen n’a été entrepris. On sait où se trouvent les hôpitaux, les écoles, les commissariats de police, mais on ne sait pas où se trouvent les centres d’apprentissage! C’est le bouche-à-oreille qui fonctionne, et encore. Entre voisins et membres de la même famille, l’information passe. Ceux et celles qui ne font pas partie du cercle (comme notre lecteur) sont exclus ou reçoivent l’information en retard. A qui s’adresser? Pourtant, c’est bien ce côté pratique qui fait qu’une bonne volonté publique réussit ou échoue. A propos d’échec, lorsqu’on cherche les causes, là encore, rien de profond, rien de percutant. Les experts se contentent d’invoquer le «contexte historique», «l’évolution institutionnelle»... C’est comme si on commençait à peine cette lutte.En fait, depuis le début, au moment de l’Indépendance, l’alphabétisation portait les germes de son échec: une information déficiente pour les gens. Puis, l’absence d’évaluation sérieuse sur les stratégies et les résultats explique pourquoi près de la moitié de la population est encore analphabète. Le Maroc «patauge» depuis l’Indépendance. Il n’a jamais «pris assez de recul» pour voir ce qu’il a réellement effectué. Enfin si, il l’a fait pour le premier programme social, le BAJ1. Ce travail avait été entrepris à la faveur du changement de majorité.. Irak, Syrie, Palestine, Cuba et nous…La lutte contre l’analphabétisme a été sporadique, souvent démagogique et diluée dans des considérations politiciennes. Résultat: cinquante ans d’action publique n’auront pas suffi endiguer ce fléau. Alors qu’il a été maîtrisé sous les régimes politiquement fermés des pays du Proche-Orient et à Cuba et ce, grâce à l’application très stricte du principe de l’obligation dans la scolarisation. En attendant les résultats finaux du recensement 2004, le taux d’analphabétisme au Maroc est évalué à 48%. En fait aujourd’hui, deux estimations circulent. L’une, bien vieille (48%), date de l’enquête des ménages du Haut-Commissariat au Plan de 98, et c’est celle-ci que nous retrouvons dans les données du Développement humain ou encore les rapports du World Economic Forum. L’autre (40%) est la projection du gouvernement pour 2004... Un petit peu de communication aurait pu améliorer le classement du Maroc auprès de ces organismes.En termes d’indice de développement humain, le Royaume n’a pas vraiment de quoi pavoiser. Il est classé 125e sur la liste du Pnud.A la base, le manque de chiffres actualisés ne permet pas d’avoir une appréciation réelle du fléau. Encore une fois, on attend le Haut-commissaire Ahmed Lahlimi et les statistiques détaillées sur le recensement 2004. Celles-ci détermineront le taux d’analphabétisme, les centres et les populations les plus touchés. Mais ces chiffres resteront insuffisants sans un diagnostic des causes de persistance du fléau. Le gouvernement vient enfin d’enclencher des actions d’évaluation: Qui fait quoi? Comment? Dans quelles conditions? Pourquoi l’analphabétisme per-siste…? Ce sont les prémices d’une politique rationnelle. Et qui dit prémices dit vulnérabilité. Le secrétariat d’Etat espère lancer une étude, la première du genre, sur le profil des populations analphabètes, leur comportement, leur réaction et les causes derrière la persistance du fléau.Concrètement, cette étude, dont l’appel d’offres n’est pas encore lancé, concernera un échantillon de 10.000 à 12.000 ménages. Elle identifiera l’origine et les causes de l’analphabétisme, la non-scolarisation et l’abandon scolaire et évaluera l’impact du fléau sur le développement économique et social du pays. Seront relevés l’impact sur la santé, l’éducation des enfants, la participation des citoyens à la vie publique, leur productivité, leur niveau de vie et leur bien-être. . Appeler un chat un chatD’un point de vue scientifique, les ratages de la politique d’alphabétisation ne seront identifiés qu’avec les résultats de cette enquête. En fait, le véritable chantier du Maroc ne commencera que bien après. Osons appeler un chat un chat.Le gros loupé de la politique d’alphabétisation a été, selon les experts, son décalage par rapport aux attentes et la réalité de la population cible. Pis, c’est que ces mauvais résultats ont eu des répercussions graves. Pauvreté (18% selon la Banque Mondiale), extrémisme, habitat insalubre… “Maintenant, la nouvelle tâche ne se limite plus à apprendre à quelqu’un à lire et à écrire, mais aussi à lui apprendre un métier et l’aider à monter son projet”, explique Anis Birrou. Depuis le déclenchement des campagnes d’alphabétisation Annour, sous la houlette de la secrétaire d’Etat Najia Tay Tay, un changement de conception s’est opéré. On a notamment opté pour l’horaire 15h à 17h, plus adapté aux femmes (qui constituent d’ailleurs les deux tiers du contingent des analphabètes). Dans peu, les cours passeront de 200 à 300 heures par an. Faute d’évaluation et de suivi sur le terrain, le nouveau système n’aura pas de retombées positives. On ne sait pas combien poursuivent leurs cours jusqu’à la fin du cursus, combien abandonnent, ce qu’ils deviennent... L’une des causes des loupés ne serait-elle pas le «Mépris social»? Un postulat alimenté par nombre d’observateurs. Birrou infirme: «mépris social, c’est trop fort», dit-il en fronçant les sourcils. Oui, c’est fort... Et si c’était là l’origine de tous nos maux? . Mépris social ou fatalité?D’ailleurs, l’idée de reformuler “lutte contre l’analphabétisme” en “éducation pour les adultes” est un premier pas pour ôter le côté péjoratif et la dévalorisation aux yeux des “apprenants”. Surtout pour les hommes que leur orgueil empêche parfois d’avouer qu’ils sont “oummiyine” (analphabètes). Il arrive que les filles abandonnent l’apprentissage pour la simple raison qu’il n’y a pas de toilettes dans le centre ou parce qu’elles doivent faire autre chose: ramener l’eau à la maison le plus souvent. L’Etat n’a de retour d’informations ni sur le financement qu’il accorde aux ONG et aux différents opérateurs, ni sur la nature et la périodicité des cours dispensés. Le nombre d’apprenants communiqués au secrétariat d’Etat reste lié à la bonne ou à la mauvaise foi des opérateurs. Après tout, qui va contrôler l’efficacité de ces allocations? Le secrétariat d’Anis Birrou a sollicité un groupe d’inspecteurs du ministère de l’Education nationale. Ces derniers seront formés aux spécificités des cours d’alphabétisation et feront des descentes sur le terrain.


    Critères d’alphabétisation

    Savoir lire, écrire et compter, c’est là la définition de l’alphabétisation retenue par l’Unesco en 1978 et sur laquelle se base le travail du Maroc. Selon Birrou Feu Hassan II en avait une meilleure définition: “L’alphabétisation, c’est tout faire pour une meilleure intégration sociale”.


    Combien ça coûte d’apprendre

    Chaque alphabétisé coûte 250 DH à l’Etat et ce, pour 200 heures étalées sur l’année. “C’est très insuffisant”, affirment les spécialistes. Cette somme sera revue à la hausse en raison de l’augmentation des heures de cours, qui passeront à 300. Par ricochet, il faudra augmenter la rémunération des 13.000 formateurs (dont beaucoup sont des licenciés chômeurs). Le salaire moyen tourne actuellement autour de 1.500 DH. Et avant toute chose, le département de Birrou compte réétudier la subvention publique dans son ensemble, son montant, les critères de distribution, le contrôle…Nadia LAMLILI& Mouna KADIRI

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