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Ordures: Un désastre écologique en expansion à Casablanca

Par L'Economiste | Edition N°:896 Le 16/11/2000 | Partager

. S'il y a consensus sans aucune conscience, tout terrain vague a de fortes chances de devenir une décharge publique. Les déchets des hôtels et de l'aéroport sont les matières premières de luxe pour les exploitants de poubelles. Dans la misère, le rêve d'une fortune au milieu des orduresMers Sultan, il est 7 heures du matin. Certains habitants se réveillent aux bruits de frottements secs et rythmés. Cela se passe ainsi depuis des années: dès les premières heures de la matinée, Si'hmed, la cinquantaine aujourd'hui, passe un coup de balai dans les rues de ce quartier casablancais. Les rumeurs le disent un ex-milliardaire qui a perdu toute sa fortune dans le jeu et pour les femmes. Si'hmed ne prête aucune attention à ces rumeurs, il pousse sa charrette et balaie, balaie, balaie... Comme lui, des centaines de balayeurs à charrette sillonnent les artères de la métropole. Pourtant, Casablanca est sale. Mal payés, peu motivés, sans aucune couverture sociale, certains de ces employés communaux font très mal leur travail. «Ils ne gagnent pas plus de 1.000 DH par mois«, commente un gardien de voiture. «Nous essayons de les motiver afin qu'ils nettoient mieux les rues«, affirme un chef de famille qui ajoute: «Pourvu qu'ils fassent bien leur travail.«Le voeux de ce citoyen ne se réalise pas toujours. Au boulevard Anoual à Casablanca, la situation déborde. Après le passage du camion-poubelle, le spectacle est désolant. Les ordures rendent les trottoirs inutilisables. Des poubelles sont abandonnées au milieu de la chaussée, du boulevard, à côté des arbres... Non loin, se dresse une mini-décharge publique. Des tourbillons de vent alimentent cet espace en feuilles de papier et en poussière. Un petit chien fouille de ses pattes dans des sacs en plastique. C'est plutôt ici que l'enquête sur la consommation des Casablancais devrait se faire: oranges pressées, déchets animaliers, bouteilles de vin vides, boîtes de CD, ordures de chantiers de bâtiment, emballages de lait, chaussures de femmes de grande marque, sacs de fast-food... et des mouches, beaucoup de mouches, trop de mouches, même maintenant qu'il fait froid, des mouches mutantes? L'impressionnante quantité d'ordures donne à réfléchir sur les possibilités de recyclage.Ces deux mètres de haut de saleté étalés sur une centaine de m2 ne sont pas qu'une mini-décharge, ce sont aussi des toilettes publiques. En moins de 5 minutes, 7 personnes, de sexe masculin, adultes et raisonnables (?) de toute apparence sont venues se soulager face aux ordures. Les pipis, eux, seraient biodégradables mais pas les ordures solides! La Commune a bien voulu décongestionner les lieux il y a quelques semaines, après la parution d'articles dans L'Economiste et la Nouvelle Tribune, mais la mini-décharge a vite refait le plein. A son extrémité, un sentier faisant office de passerelle pour les voitures est de plus en plus étroit. «Des officiers de police vivent à cinq mètres des ordures«, assure un de leurs voisins. «Ils ont certainement passé des coups de fil à leurs amis de la Commune«, ajoute un autre, mais les ordures semblent plus puissantes que le système de solidarité intra-bureaucratique. «Les officiers s'en accommodent apparemment«, ironise un grand journaliste habitant le quartier de Derb Ghallef. Le visiteur qui trouve dégoûtant ce spectacle n'est pas au bout de ses peines.Quand il s'agit de saleté à Casablanca, le pire n'est jamais à écarter. D'un car de 2,5 mètres de haut en partance à Berrechid, la vue de la décharge publique et officielle de Casablanca est splendide: une vaste plaine avec une succession de collines d'ordures qui s'étendent à perte de vue sous un ciel d'automne bien pâle.Le paysage est sombre et derrière des colonnes de fumées, l'azur tourne au vert. L'horizon disparaît derrière d'épais nuages noirs... A la décharge publique de la route Médiouna, les troupeaux de moutons ont pris les habitudes des humains «qui vivent de la poubelle des autres«. A chaque livraison, c'est le rush général! Les déchets de luxe proviennent de l'aéroport et des hôtels. De ce côté de la ville, le coucher du soleil garde minutieusement la magie d'antan. Pour autant que le sentier ne soit pas barré par une vache morte, il est possible d'admirer, entre des collines d'ordures, non seulement des centaines de moutons dans un pâturage-poubelle unique mais aussi des milliers de mouettes. D'un coup d'aile soudain, toutes s'envolent puis reviennent se poser, majestueuses. Un spectacle magnifique... si ce n'était l'endroit où elles se posent! Le heurt de la beauté et de la laideur. En plus des moutons et oiseaux, il y a aussi des hommes. Cheveux noirs et yeux noisette, Kacem, 15 ans, vient de ramasser des emballages de colles. «Il y a des gens qui gagnent jusqu'à 5.000 DH pour une opération de ramassage qui dure trois jours!« annonce-t-il, poursuivant dans sa misère le rêve de la fortune soudaine. «Ne l'écoutez pas, c'est un gamin«, corrigent ceux qui, apparemment, sont bien satisfaits de la situation. Pourtant, précis, didactique et calme, ce garçon, qui suit des cours d'alphabétisation, oppose ses vérités à l'absence de statistiques et aux fausses appréciations.Les exploitants de poubelles tendent le cou pour voir passer les intrus: ils sont indésirables, surtout celui qui a un appareil photo... un léger vent d'ouest balaie tout sur son passage et ramasse les feuilles de papier à la croisée des pistes. Kacem et ses amis cherchent le petit joyau jeté dans les déchets, le jackpot. Casablanca disparaît sous ses ordures et Si'hmed, à Mers Sultan, pousse sa charrette et balaie, balaie, balaie...Anouar ZYNE

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