×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Politique Internationale

Orchestres de variétés musicales : Bande de lycéens ou PME, un monde avec ses règles et ses coups bas

Par L'Economiste | Edition N°:41 Le 06/08/1992 | Partager

Le marché des orchestres de variétés musicales a ses propres vedettes qui dominent la scène et animent les grands mariages. Mais derrière les échos de l'orchestre, c'est tout un monde qui vit, plus ou moins bien, de la musique ou plus exactement de l'animation musicale. Un monde où l'on se forme seul, où la concurrence est vive, mais où on peut "réussir".

Fait marquant, les orchestres de variétés musicales, qui dominent actuellement le marché des mariages et des soirées de gala, sont de loin les plus structurés, tant au niveau des compétences artistiques qu'au niveau du matériel de sonorisation. Ce sont également des groupes qui existent depuis des années et qui ont donc réussi à consolider leur place dans le marché. M. Pinhass Cohen dirige un orchestre de variétés qui porte son prénom. Né à Ouarzazate, dans une famille d'artistes, M. Pinhass a maintenant 33 ans. Il est chanteur mais également batteur. Il raconte: "J'ai commencé à former mon propre orchestre dès 1979, avec 3 ou 4 musiciens... Actuellement, j'en ai 14". A la même période, M. Abdelmoughit avait à peine 14 ans. Il s'intéressait à la musique et au chant. Il y fait son chemin et arrive, en 1985, à former son orchestre de variétés. "Il est difficile de fidéliser les membres d'un groupe...", note-t-il. Autour des orchestres qui dominent la scène gravite un nombre indéterminé de moyens et petits groupes. Groupes qui, généralement, ne possèdent pas leur propre matériel de sonorisation.

Avant de former son propre orchestre, M. Pinhass, Juif marocain, devait lui-même apprendre les rudiments du métier. D'Ouarzazate, sa ville natale, il garde le sens des rythmes, le secret des battements forts et complexes des tambours et tam-tams. Ce n'est donc pas un hasard s'il est batteur. De son père, qui joue le luth, il a hérité son goût des échelles, des gammes et des tonalités. Mais tout ça ne fait pas un chanteur. "Avant 1979, j'ai côtoyé des chanteurs professionnels pour apprendre le métier et acquérir de l'expérience", confie-t-il. Même son de cloche chez M. Abdelmoughit: Il travaille dès l'âge de 13 ans au sein d'autres groupes de variétés et cumule les expériences. Il anime, pendant deux années et demie, des soirées dans un night-club. Et de temps à autre, il est invité dans les suites royales des grands hôtels pour chanter, à titre privé, devant les touristes du Golfe. "Je chantais la nuit, et le lendemain, je prenais le chemin du lycée", se souvient-il. Comment alors concilier études et travail artistique? M.M. Pinhass et Abdelmoughit répondent à la question en étalant leurs diplômes. M. Pinhass précise qu'il a un diplôme de dessin-bâtiment. Pour sa part, M. Abdelmoughit déclare qu'il a un Bac, lettres modernes et qu'il possède un BTS en tourisme et gestion commerciale. Il raconte qu'il a travaillé dans une banque pendant 5 mois et demi puis s'est arrêté. La raison? "je gagnais 2.000DH/mois. Je travaillais 8 heures et demie par jour. J'ai quitté ce job, car, pour mois, ce n'est pas rentable", explique-t-il. Dans les milieux des orchestres, on fait remarquer qu'un bon nombre de musiciens disposent d'un niveau intellectuel post-Baccalauréat. Certains d'entre eux ont un emploi stable. Ils travaillent pendant le jour et animent des soirées, la nuit. Il peut s'agir de fonctionnaires de l'Administration publique, d'enseignants qui ont l'avantage d'avoir de longues vacances, ou d'employés du secteur privé (représentants, agents commerciaux...). Au quartier "Jamaâ chleuh"(1), à Casablanca, un loueur de matériel-sono fait observer sur un ton détaché: "Le phénomène des orchestres a gâché l'avenir de plusieurs jeunes, licenciés ou non. Faute d'emploi ces diplômés, destinés à travailler dans l'industrie ou le commerce, s'adonnent à la musique des mariages, y prennent goût puis atteignent un point de non-retour...". Il estime que le créneau des orchestres reste désordonné et instable. Pourtant, c'est dans cette instabilité que Pinhass, Abdelmoughit et les autres ont fait leur chemin et sont, aujourd'hui, des "chefs d'orchestre". Dans la profession, le chef d'orchestre, c'est le patron. Il est le propriétaire du matériel de sonorisation. Il contacte les clients et gère sa clique de musiciens. Pour M. Abdelmoughit, un chef d'orchestre doit se comporter avec ses musiciens comme "un bon père de famille" . Bon, dans le sens matériel du terme. Car sinon, le chef risque de perdre ses musiciens au profit d'autres orchestres. "C'est l'argent qui fait la loi dans ce domaine", souligne-t-on dans la profession. En l'absence de contrat de travail, les chefs d'orchestre préfèrent parler de "fidélité". Tel musicien est fidèle parce qu'il n'a jamais songé quitter son patron pour travailler au profit d'un concurrent.

Par contre, un musicien infidèle saisit la première occasion pour faire allégeance au plus offrant. "Un musicien infidèle ne tient jamais sa parole. Le jour J, il peut laisser tomber l'orchestre et aller travailler ailleurs", fait-on observer dans la profession. Des chefs d'orchestre évoquent, nom et prénom à l'appui, des chanteurs ou des musiciens qui étaient sous leur direction et qui sont devenus, aujourd'hui, des concurrents. "Ils travaillent avec moi, apprennent le métier et arrivent à se faire un nom. Et puis, sans que je ne me rende compte, ils font leurs propres cartes de visite tout en continuant à travailler sous ma direction. Dans les mariages, ils font une clientèle derrière mon dos. Et un beau jour, ils me quittent...", raconte un chef d'orchestre, qui sait, de quoi il parle puisque les chefs d'orchestre d'aujourd'hui sont des musiciens d'hier. Evalué à 50.000DH, le matériel de sonorisation nécessaire, pour animer les soirées des mariages, comprend une table de mixage, des haut-parleurs, des micros et autres accessoires. Sa présence répond, avant tout, à une exigence commerciale: La pop-music, largement demandée dans les mariages, s'appuie essentiellement sur un matériel électronique. Les sons des instruments sont amplifiés, développés, voire dénaturés pour créer des mélodies nouvelles ou inattendues. D'où l'importance de la sonorisation.

La location du matériel-sono intéresse, en premier lieu, les groupes qui n'ont pas de capital de départ. A Casablanca, il existe plusieurs points de location: Derb Soltane, Saht Sraghna, Jamaâ Chleuh... Des particuliers s'emploient également dans cette activité. "C'est ma famille qui s'est chargée d'acheter le matériel. Je m'occupe de son exploitation", précise un jeune qui mène ce travail en parallèle avec ses études. Il explique qu'il a réussi dès la première année d'exploitation à amortir la valeur d'acquisition de son matériel. Le prix de location oscille autour de 300DH/6heures. Avec possibilité de louer le même matériel deux fois en une seule journée. L'après-midi de 15h à 20h et la nuit de 21h à 4h du matin. En haute saison, soit de mi-Juin jusqu'à fin Décembre, le prix de location peut atteindre des pointes de 500DH. Le Samedi-soir, un prix "spécial" est appliqué. "Spécial" dans le sens d'une augmentation qui varie entre 50 et 100DH. Les Lundi, Mardi et Mercredi sont des jours où l'activité du louage chute. Elle reprend son rythme à partir de Jeudi jusqu'à la fin de la semaine. Des professionnels de la location font remarquer qu'ils ont, de plus en plus, une nouvelle clientèle: les groupes de chant religieux. "Cette année, lors de l'arrivée des pèlerins de la Mecque, beaucoup de groupes de déclamation religieuse sont venus pour louer du matériel-sono", confie un professionnel du milieu. Pour garantir le retour de son matériel, le locateur garde la C.I.N. de son client. Un professionnel du milieu reconnaît qu'il s'agit d'un "moyen peu orthodoxe, à la limite de la légalité". Mais, il estime qu'on ne peut pas faire autrement. Les petits groupes se contentent de peu en animant des mariages modestes. Ils demandent à leur client juste de quoi payer le prix de location du matériel-sono et les frais de transport. Ils espèrent récupérer de l'argent au cours de la fête en incitant les convives à faire des cadeaux sous forme de billets. L'animation de la fête se transforme alors en "une séance de mendicité", conduite par le chanteur du groupe et appuyée par les miaulements du violon. Les grands mariages sont le domaine des grands orchestres, les plus structurés et les plus connus. Les prix d'une des trois nuits du week-end varient entre 20.000 et 28.000DH. Le tout dépend de la capacité matérielle du client, et surtout le lieu de la fête (Casa, Rabat, Agadir...). M. Pinhass fait remarquer que la majorité des mariages ont lieu le Samedi-soir. "Or, dit-il, sur les 3 mois d'été, il y a, tout juste, 12 Samedis-soir. Ce qui équivaudrait à 12 mariages?!" Les autres jours, les prix chutent. A tel point qu'un chef d'orchestre n'hésite pas à dire: "j'irai au prix que donne le client. L'essentiel est que je ne reste pas sans travail jusqu'au week-end." Le cachet des musiciens varie selon le "volume commercial" du mariage, 60DH/nuit chez les groupes débutants, 400DH/ nuit, sans compter les pourboires, chez les professionnels. Mais en règle générale, "il n'y a pas de prix fixe...", se contente-t-on de rappeler...

Abdelkhalek ZYNE

(1) Cf. L'ECONOMISTE n°7

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc